Mosaïque

Société d'horticulture,
d'ornithologie et d'écologie
de Charlevoix

CHRONIQUES
ORNITHOLOGIQUES

Par Michel P. Côté
oiseauxcharlevoix@gmail.com


INDEX DES CHRONIQUES

  1. Peut-on observer des pingouins dans Charlevoix ? En été ?
  2. Un héron nocturne : le bihoreau gris
  3. Au temps des fauvettes*
  4. Le monde numérique et les oiseaux
  5. Un pêcheur redoutable : le cormoran à aigrettes
  6. L'aigle pêcheur, un souvenir de jeunesse
  7. Ces oiseaux qui nous réunissent
  8. Le cardinal, ce nouvel arrivant qui se porte très bien
  9. C’est le plus beau de tous… le canard branchu !
  10. Familier, et méconnu : le goéland argenté
  11. Philippe et ses hérons
  12. Martin, ce grand pêcheur!
  13. La vie au «Parcours des berges», deux ans plus tard.
  14. Frédéric,  notre ami à tous
  15. L'eider à duvet, un habitué de nos reliefs rocheux
  16. La mecque de l’observateur d’oiseaux : Pointe-Pelée.
  17. Dans le merveilleux monde de Charlevoix, il était une fois…
  18. LA «CHOUETTE» RENCONTRE!
  19. La crécerelle d’Amérique, notre seul rapace diurne, fait le bonheur des observateurs
  20. Notre santé mentale et les oiseaux.
  21. Photographier ou ne pas photographier : là est la question.
  22. Notre bandit masqué des neiges : le jaseur boréal.
  23. Le grand pic, toujours impressionnant, domine nos forêts.
  24. Un classique : le canard Colvert.
  25. À nos mangeoires, la discrète sittelle à poitrine rousse.
  26. Comment observer les oiseaux, partie 2. Quel guide choisir?
  27. Guide pour débutant. Comment voir puis identifier un oiseau? Les jumelles.
  28. Ces pics qui nous donnent des maux de tête…
  29. La croisière s’amuse avec les oiseaux.
  30. La bernache du Canada : «la mal-aimée qui revient de loin».
  31. La bande des bleus, le geai.
  32. Un rayon de soleil dans nos mangeoires : le chardonneret !
  33. Le phare de Charlevoix : l’Île aux Coudres.
  34. L’hirondelle à front blanc
  35. L’embouchure de la rivière Jean-Noël à Saint-Irénée
  36. Si j’étais un oiseau, je voudrais être un aigle!
  37. Sur la route, avec les oiseaux
  38. Le commandeur qui montre ses galons : le carouge à épaulettes.
  39. La mésange à tête brune
  40. Le printemps est à nos portes, les corneilles sont arrivées!!!!
  41. Un rayon de soleil d’hiver à notre mangeoire : le gros-bec errant.
  42. L’omniprésente mésange à tête noire, fidèle compagne.
  43. Charlevoix s’offre un beau cadeau : un club d’observation des oiseaux.
  44. L’oiseau venant du nord : le « snowbird » québécois
  45. L’observation d’oiseaux : une maladie incurable…
  46. L’oiseau qui rend heureux
  47. Le garrot d’Islande, ce survivant qui aime Charlevoix
  48. L'urubu à tête rouge
  49. Le colibri à gorge rubis, et l’homme qui les photographie.
  50. Les oiseaux, trait d'union intergénérationnel
  51. Le retour du faucon pèlerin dans Charlevoix
  52. L’été de l’Aigle Empereur
  53. Le parcours des Berges de Clermont




Petit pingouin (alca torda)

Peut-on observer des pingouins dans Charlevoix ?
En été ?


Chronique du 9 juin 2024

Bien sûr que oui, nul besoin de se rendre, à grands frais, en Antarctique.

    Il suffit de s’approcher du fleuve et d’être attentif. Nos « petits pingouins » sont aperçus régulièrement aux abords des quais de La Malbaie, Cap-à-l’Aigle, Pointe-au-Pic, Saint-Irénée, près du phare de Cap-aux-Oies, et sur les rives de L’Isle-aux-Coudres. On les confond souvent avec les marmettes, qui sont de la même dimension, mais qui ont un bec beaucoup plus effilé. Les deux espèces cohabitent volontiers.

    Notre Petit Pingouin, nommé « Razorbill » en anglais, est un habitué de nos côtes. On l’observe pendant les 12 mois de l’année. Il n’est pas commun ni abondant, mais est observé régulièrement.

    L’oiseau de mer est assez petit : 40 centimètres tout au plus. Il est tout noir sur le dessus, blanc en dessous. Sa caractéristique principale se situe au niveau du bec, unique. Robuste bec, avec une ligne blanche qui part du devant de la mandibule (mâchoire inférieure), monte verticalement au bec qu’elle longe jusqu’à l’œil.

Petit pingouin
Petit pingouin
Petit pingouin
Le petit pingouin est facilement identifiable par la ligne blanche caractéristique qui traverse son robuste bec. La prochaine fois que vous verrez au loin des oiseaux noir et blanc qui flottent non loin du quai, sortez les jumelles. Vous penserez, pour un court moment, que vous êtes en Antarctique !

    C’est un oiseau de mer, ce qui signifie qu’il passe de nombreuses heures à chercher sa nourriture en mer. Le petit Pingouin est un bon nageur et un grand plongeur. On a déjà observé des Petits Pingouins à plus de 18 mètres de profondeur. Il niche directement sur le rebord d’une étroite paroi rocheuse, à même le sol. Le couple se relaie pour couver 1 seul œuf pendant un peu plus d’un mois. Le petit demeurera sur la paroi pendant 2 semaines avant d’accompagner ses parents en mer. Il nage en surface au début, puis graduellement volera sur des distances de plus en plus grandes.

Endroits où trouver le petit pingouin dans Charleoix
eBird : voici les endroits où le petit Pingouin fut observé ces derniers jours, tel que rapporté sur eBird. L’application, totalement gratuite, est votre guide indispensable pour trouver les oiseaux.

    Ces derniers jours, plusieurs bandes de petits Pingouins furent observées le long de nos côtes. Si vous consultez l’application eBird, vous verrez les endroits où l’espèce fut observée récemment.

    Ainsi, lors de votre prochaine tournée d’observation le long du fleuve, prenez quelques minutes pour bien examiner ces oiseaux noirs qui flottent, un peu en retrait, à une centaine de mètres du quai. Les jumelles vous feront découvrit nos pingouins. Vos amis seront toujours un peu sceptiques lorsque vous leur direz que vous venez d’observer des pingouins. Pas une mauvaise idée de traîner la caméra et un guide pour clarifier que vous ne perdez pas la tête après toutes ces heures passées au soleil.

Bonnes observations.


Michel Paul Côté

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Bihoreau gris

Un héron nocturne :
le bihoreau gris


Chronique du 19 mai 2024

    On le voit peu durant le jour, car il préfère chasser la nuit. C’est pourquoi les observateurs ne l’aperçoivent que rarement. Pourtant, il est bien présent dans Charlevoix. Il suffit de savoir où et quand le chercher.

    Jusqu’à tout récemment, on l’appelait Bihoreau à couronne noire, nom qui avait remplacé le nom « Héron Bihoreau ». Il en va ainsi des noms d’oiseaux. Un peu ennuyant, on y perd son latin, mais ça fait vendre des guides. Les experts vous diront que, justement, les noms scientifiques latins ne changent pas. NYCTICORAX NYCTICORAX ! Un nom latin qui est composé de deux mots grecs : NUX et CORAX. Cela signifie : corbeau de nuit. Il suffit d’entendre son cri, un couac qui ressemble étrangement à celui du corbeau, pour comprendre l’origine de son nom.

Bihoreau gris perché sur une patte        Le jour, il se perche discrètement sur une branche d’arbre, à l’abri des regards, immobile et pensif. Il sort au crépuscule, et est actif jusqu’à l’aube. Il croise sur son chemin ses cousins hérons qui se retirent pour la nuit. Il affectionne les endroits retirés, près de l’eau, et se confond avec la végétation. Mais il ne demeure pas toujours caché. Il se nourrit de petits poissons, de grenouilles, de crustacés, et doit sortir des quenouilles pour atteindre ses proies. C’est à ce moment, en soirée ou au petit matin, qu’on l’aperçoit. Il se déplace lentement, et peut demeurer immobile de longues minutes. Comme tous les hérons, c’est un pêcheur précis, redoutable, patient.
Le bihoreau gris, un pêcheur redoutable
Le «corbeau de nuit» est facile à identifier, une fois qu’on l’a trouvé et qu’il se trouve dans le viseur de nos jumelles. Pêcheur habile, il est discret et se cache dans les herbes hautes. Mais on peut, avec un peu de patience, l’observer au crépuscule et à l’aube, alors qu’il est actif.
Bihoreau gris    En l’observant, on remarque immédiatement l’absence de cou, contrairement aux autres hérons. D’une hauteur d’environ 65 cm, sa silhouette est caractéristique : le dos est voûté, la couronne et le dos sont noirs, les yeux perçants sont d’un rouge sang. Avec un peu de chance, on apercevra les deux plumes blanches situées à l’arrière de la nuque, fines et longues, qui flottent souvent au vent. Les ailes, ainsi que le robuste bec, sont gris, la poitrine blanche, les pattes jaunes. Somme toute, un très bel oiseau. Mais la rencontre d’un bihoreau est plus que l’observation d’un bel oiseau. Sa démarche, sa discrétion, ses habitudes nocturnes, tout cela rend l’expérience unique. On retient son souffle, on évite tout mouvement pouvant l’effrayer, et l’on pénètre dans son monde grâce aux jumelles. Parfois, l’observation ne dure que quelques secondes, parfois quelques minutes. Chose certaine, le souvenir de la rencontre sera permanent.
Bihoreau gris    Ce héron de nuit nous arrive assez tôt au printemps, et demeure chez nous jusqu’à la fin de l’automne. Son aire de distribution principale surtout aux États-Unis, un peu dans le sud des prairies canadiennes, et chez nous au Québec. Il affectionne les rives du fleuve Saint-Laurent., jusqu’à Baie-Comeau/Matane, le long de la rivière Saguenay jusqu’au lac Saint-Jean, et le long de la rivière Outaouais. Lors de deux recensements effectués par Québec Oiseaux en 1987 puis en 2013, on ne nota qu’environ 30 confirmations de nidification, et 124 nidifications probables. C’est peu, mais cela est fort probablement dû au fait qu’il s’agit d’un oiseau nocturne fort discret. Son nid est assez rudimentaire, quelques branches camouflées dans les roseaux, ou encore perché très haut dans un arbre lointain. Cela rend les confirmations de nidification difficiles à obtenir.


    Dans Charlevoix, comme à l’habitude, nous sommes choyés, car on y observe le « corbeau de nuit » assez facilement. Quelques baies, à marée basse, permettent de le découvrir. Baie-des-Rochers, Port-au-Persil, Cap-aux-Oies, Baie-Saint-Paul.

Bihoreau gris
    Mais si vous souhaitez maximiser vos chances d’admirer le bihoreau, c’est à L’Isle-aux-Coudres qu’il faut aller. L’île représente le site le plus riche de tout Charlevoix pour l’observation des oiseaux, et le bihoreau n’y fait pas exception. L’espèce y est abondante sur l’île : halte du pilier, parc de la Pointe du Bout d’en bas, au milieu de l’île sur les anciennes tourbières, chemin de l’Îlet, quai de Saint-Louis. Il suffit de faire le tour de l’île, lentement, en voiture ou à vélo, au crépuscule, ou à l’aube. Il est probable que votre tournée vous permettra d’observer plusieurs espèces de hérons, de canards, et souvent la grande aigrette.



Bonnes observations.


Michel Paul Côté

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Fauvette

Au temps
des
fauvettes*


Chronique du 5 mai 2024


    Mon intérêt pour l’observation des oiseaux n’est pas récent, remonte même à fort longtemps. Mes premières observations d’intérêt furent pour des oiseaux assez visibles, de bonne taille, vocaux, parfois colorée. N’ayant pas de jumelles, les plus petits oiseaux se cachant dans les buissons étaient moins intéressants.

    Mais ma première paire de jumelles a bouleversé tout ça. Il s’agissait de vieilles jumelles de l’armée, lourdes, beaucoup trop puissante. Mais ça permettait, en théorie, d’accéder à un tout nouveau monde. En théorie, car la ville, l’été, n’était pas un milieu idéal pour faire des découvertes ornithologiques.

    Puis arriva le printemps de l’année suivante. Par une matinée chaude du début mai, dans un parc municipal non loin de la maison, j’ai remarqué pas mal d’activités dans le petit boisé. Les arbres étaient encore en bourgeons, on voyait facilement des oiseaux se déplacer de branche en branche. Ils étaient nombreux, bruyants, mais assez petits. Je suis retourné à la maison chercher mes grosses jumelles et c’est à ce moment que j’ai découvert le monde fascinant des fauvettes.

Parulines
Elles sont colorées, voyantes, bruyantes, spectaculaires. Une fois dans la visée des jumelles, on est séduit et captivé.
    La migration printanière, à Montréal, peut amener près de 25 espèces différentes de fauvettes lorsque les conditions sont propices. J’avais entre les mains, ce matin-là, un billet gagnant de loterie, mes jumelles d’armée. Des oiseaux de toutes les couleurs, spectaculaires en plumage nuptial. Il y en avait partout. Ce fut un avant-midi qui a probablement influencé mon obsession pour l’observation des oiseaux. En après-midi, les oiseaux étaient plus rares. La semaine suivante, les feuilles étaient sorties, rendant l’observation plus difficile, et le nombre et la variété d’oiseaux avaient grandement diminué.

    J’avais été témoin d’un phénomène assez peu fréquent, ce que les anglophones appellent un « fall out », soit une arrivée massive d’oiseaux en migration, causée par des conditions météorologiques particulières.

    Bien sûr, vous savez que les fauvettes de jadis sont les parulines d’aujourd’hui. Le nom fut changé dans les années 80. Le même sort fut réservé aux pinsons, maintenant appelés Bruants.

    Les parulines arrivent du sud en mai, souvent d’Amérique centrale où elles passent l’hiver. Elles sont des millions à remonter vers le nord pour y passer quelques mois, le temps d’y élever une petite famille. Elles voyagent de nuit, se reposent et se nourrissent discrètement le jour, à l’abri des prédateurs, dans les buissons.

Fauvettes
    Plusieurs sites Internet permettent maintenant de suivre en direct les mouvements migratoires des oiseaux. Ce sont les radars météo qui captent ces mouvements nocturnes massifs. Voir https://birdcast.info/migration-tools/live-migration-maps/


    La paruline gazouille plus qu’elle ne chante. Plus d’une trentaine d’espèces sont identifiées au Canada, au moins 25 au Québec. Mais identifier les parulines est difficile, très difficile. Elles sont petites, furtives, se camouflent dans les buissons, et l’été assez silencieuses afin de ne pas attirer l’attention des prédateurs. De plus, à l’automne, rien ne ressemble plus à une paruline qu’une autre paruline. Ternes, brunes, pâles, mâles et femelles semblables. Même les experts sont confondus à cette période de l’année.

    Mais le printemps est différent. Pendant quelques semaines, les mâles arborent des plumages nuptiaux uniques, colorés, spectaculaires. Il s’agit d’attirer et de séduire la belle, ils sont donc plus visibles et bruyants.
    Ici, dans Charlevoix, les feuilles des arbres tardent souvent à sortir. Nos parulines se pointent chez nous au début de mai. Elles doivent traverser le fleuve de nuit, parfois avec un vent contraire. C’est pourquoi, au matin, il est possible d’en observer des quantités importantes dans les buissons, sur les rives du fleuve. Après avoir repris des forces, elles poursuivent leur vol vers l’intérieur des terres.

    Nous n’avons pas tout à fait la variété que l’on retrouve vers Montréal ou même Québec, mais il est possible d’identifier environ 20 espèces différentes.

    Au moment où vous lisez ces lignes, elles sont chez nous. Parc boisé du quai de Baie-Saint-Paul, Saint-Joseph-de-La-Rive, toute l’Île aux Coudres, le Parcours des berges de la rivière Malbaie à Clermont, la halte routière de Saint-Siméo. Tous des endroits exceptionnels pour être témoin d’un spectacle unique.

C’est le temps des fauvettes, sortez vos jumelles !!!

Bonnes observations!

Michel Paul Côté


* Parulines

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Merlin bird ID par Cornell Lab
© Cornell Lab Merlin®

Le monde numérique
et les oiseaux


 Chronique du 16 avril 2024


    Avec la parution de cette chronique dans la dernière édition papier de l’Hebdo « Le Charlevoisien », l’occasion était belle pour aborder le phénomène du remplacement du papier par le numérique, et pour faire le lien avec le monde de l’observation des oiseaux.

    Ayant fait carrière dans les technologies, j’ai depuis le milieu des années 90 adopté le virage numérique. Chaque année amenait des changements importants, toujours à l’avantage de l’utilisateur. Toujours plus de contenu, plus d’applications, plus d’information utile, plus de photos, et des accès à ces avantages de plus en plus abordables et rapides.

    Charlevoix est maintenant branché au WEB à la vitesse de la fibre optique. Et les résidents qui n’ont pas accès à un téléphone cellulaire, une tablette ou un ordinateur constituent l’exception depuis un bon moment.

    Aux États-Unis existe une université reconnue mondialement pour l’expertise de son département d’ornithologie. Il s’agit de l’université Cornell, située à Ithaca, dans le nord de l’état de New York. Le WEB a grandement contribué à bâtir la réputation de Cornell. Les chercheurs, vers la fin des années 80, ont développé une application « grand public » qui se nomme eBird. En fait, ils ont adapté une base de données développée par un Québécois, Jacques Lavallé, qui était utilisée par les observateurs d’ici. Au début, eBird permettait aux chercheurs universitaires du monde entier de noter leurs observations et de les envoyer dans la base de données de l’université via les réseaux de communication interuniversités.

    Mais une décennie plus tard, le WEB est apparu. Pourquoi ne pas faire participer les citoyens ? Ainsi des amateurs ont pu, sur leur ordinateur de maison, entrer les observations réalisées sur le terrain et les envoyer à l’université. C’est par milliers, puis par dizaines de milliers que les observations furent envoyées à Cornell. Puis est apparu le téléphone portable. C’est ce qui a tout changé, et qu’est arrivée la « science citoyenne ». eBird fut téléchargé des millions de fois, et c’est par dizaines de millions que des rapports d’observations sont reçus chaque année à Ithaca. Mais nous reviendrons sur eBird lors d’une prochaine chronique.


Obtenir Merlin
Choix de la base de données
Lorsque vous êtes sur Apple Store (IOS Apple) ou Google Play (Android), choisissez l'application suivante, développée et offerte gratuitement par l'université Cornell.
Lorsque vous choisirez la base de données à télécharger sur votre appareil, choisissez Canada et États-Unis

    Fort de ce succès, Cornell a développé une foule d’outils pour faciliter la tâche aux observateurs. Un de ces outils, le plus spectaculaire et le plus utilisé, est le guide d’identification qui se nomme MERLIN. Il s’agit d’un guide numérique qui est téléchargé sur un téléphone portable, quel qu’il soit. C’est totalement gratuit, et une fois téléchargé, l’on peut choisir la langue d’identification des espèces d’oiseaux. On choisit, selon le coin de la planète où nous habitons, une trousse régionale d’espèces d’oiseaux. Ici, on choisit la trousse du Québec, ou la trousse du Canada/États-Unis si l’on voyage.








Liste des oiseaux rencontés au É.U. et au Canada
Liste des oiseaux observés
On peut installer la liste des oiseaux rencontrés régulièrement au Canada et aux États-Unis. Il y en aura 717. Les noms sont en français.
Sur l’application, on peut noter les oiseaux observés. Merlin gardera une liste qu’il est possible de consulter par région, par année, ou encore une liste à vie. Sur l’exemple, on voit 183 oiseaux (Petit fils de 14 ans, sûrement influencé par le grand-père....).
    Mais il ne s’agit pas d’un simple guide numérique comme il en existe bien d’autres. Cornell possède la plus grande base de données au monde en ce qui concerne les chants d’oiseaux. L’étape suivante était de l’intégrer à MERLIN. Ainsi, depuis quelques années, il suffit d’ouvrir l’application sur son appareil, de choisir la fonction d’identification par le son (SOUND ID), de pointer le téléphone dans la direction générale du ou des oiseaux, et d’attendre quelques secondes.

    L’application entend, enregistre, identifie, et vous propose des oiseaux qui correspondent au son enregistré. Il y a quelques années, le taux de succès avoisinait les 50 %. Il dépasse maintenant le 90 %.









Page d'accueil de Merlin
La page d’accueil de Merlin propose, en français, différents types d’identification, soit à partir d’une photo, d’une description des caractéristiques observées, via l’écoute du chant en direct ou déjà enregistré (son), ou le guide traditionnel à partir d’illustration et de la description.

Une autre fonction fut également développée : l’identification de l’image de l’oiseau. Vous prenez une photo de l’oiseau avec votre téléphone, et l’application identifiera l’espèce. Ici encore, le taux de succès dépasse 90 %. Pour les photographes qui reviennent à la maison avec des dizaines de photos enregistrées sur la carte mémoire de leur appareil photo, parfois des centaines…, l’application permettra de mettre un nom sur plusieurs espèces non identifiées sur le terrain.

    Merlin m’a récemment identifié une espèce photographiée il y a 10 ans sur la côte du Pacifique, et que je n’arrivais pas à retrouver dans les guides traditionnels. Et pourtant j’ai beaucoup cherché, croyez-moi ! Il s’agissait d’une femelle d’une espèce de l’ouest, à l’automne. Une espèce de plus à ma liste !
Alors, n’hésitez pas. Quelques clics, quelques minutes de téléchargement, et un expert en identification des oiseaux établira résidence dans votre téléphone. Toujours disponible, toujours à la fine pointe des connaissances scientifiques, toujours de bonne humeur et très patient, il vous accompagnera partout et contribuera grandement au plaisir d’identifier de nouvelles espèces..







Bonnes observations!


Michel Paul Côté



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Cormoran à aigrettes (Phalacrocorax-auritus)
Mdf, CC BY-SA 3.0,
via Wikimedia Commons


Un pêcheur redoutable :
le cormoran à aigrettes


 Chronique du 2 avril 2024


    Un drôle d’oiseau, un mal-aimé, avec lequel on est tous familiers.

    On l’aperçoit partout le long des rives du Saint-Laurent et de nos rivières.

    Il est généralement posé sur une roche qui émerge ou perché sur une branche qui surplombe un plan d’eau. Rarement seul, il peut être accompagné par 5, 10, 30 congénères. Au loin, sa silhouette sombre est caractéristique, surtout lorsque ses ailes sont déployées au soleil afin de faire sécher ses plumes mouillées, à la suite d’une pêche sous-marine souvent fructueuse. Il nage presque comme un poisson, puissamment et rapidement.

    De loin, il semble tout noir. Il est souvent installé sur un rocher qui émerge à marée basse, ou une branche d’arbre mort qui surplombe un plan d’eau. Rarement seul, ses collègues partagent le même perchoir ou rocher, et tous les autres rochers des alentours.

On peut installer la liste des oiseaux rencontrés régulièrement au Canada et aux États-Unis. Il y en aura 717. Les noms sont en français.


    On le reconnaît aussi par l’habitude qu’il a de déployer les ailes alors qu’il est stationnaire sur son perchoir. Il les laisse ainsi pendant fort longtemps. Il profite de la brise et des rayons du soleil pour faire sécher ses plumes, à la suite d’une pêche qui est généralement fructueuse.

    Il s’agit du cormoran à aigrettes. Sa population se porte bien et son aire de distribution ne cesse de s’étendre. Rivière Richelieu, Lac-Saint-Jean, rivière des Outaouais, lac Saint-Pierre, tous les Grands Lacs de l’Ontario, l’Abitibi. Il arrive tôt au printemps, et quitte tard l’automne. C’est un pêcheur, un grand pêcheur. Il ira sans gêne chercher sa nourriture dans les piscicultures, ou se perchera sur les poteaux retenant les filets, attendant la récolte que la mer basse amènera, au grand désarroi des pêcheurs artisanaux et commerciaux. Il menace aussi un peu l’habitat de l’eider à duvet, au point que plusieurs provinces et états américains ont entrepris récemment des programmes pour en contrôler un peu la population. Il est encore trop tôt pour constater des résultats.

Tête du cormoran à aigrettes
La tête est caractéristique : Œil vert, tache orangée, bec long et puissant, avec la mandibule supérieure crochue, gorge blanche.
    Il suffit de lever les jumelles pour entrer dans son monde. Et quel monde ! N’étant pas de nature particulièrement farouche, il se laisse approcher sans trop de difficulté. L’oiseau noir n’est pas si noir que ça. En effet, il affiche une tache orangée sur la gorge.

    Le bec est long et brun, avec du jaune, fortement crochu à l’extrémité de la mandibule supérieure. L’œil est vert. Le dos est noir et gris, mais le soleil fait reluire des teintes verdâtres, bronzées, rouges, violettes. On discerne un peu de blanc sur les plumes noires de la queue. Lorsque vous apercevez un cormoran qui affiche beaucoup de brun et de beige sur la gorge et la poitrine, il s’agit d’un juvénile de la première année.


Cormoran à aigrettes en vol
Le vol est direct, droit, fort. On dirait presque une flèche.
      En vol, il mesure près de 85 cm. Les cormorans vivent beaucoup en colonies et se déplacent ensemble, adoptant la formation en V dans le ciel, comme les oies et bernaches.

    Ils nichent un peu partout : arbres, rochers, falaises, barres de gravier, autant le long du Saint-Laurent que le long des cours d’eau douce, un peu partout au Québec et dans les Grands Lacs de l’Ontario. Comme le héron, les cormorans vivent volontiers en colonies de plusieurs individus. Ce sont des « cormorandières1 ». On en recensait récemment plus de 150 au Québec, la plupart comptant plusieurs centaines d’individus, quelques-unes plus de mille.


    L’observation d’une « cormorandière » est une expérience sensorielle qu’il est difficile d’oublier. Premièrement, le bruit. Le son émis par le cormoran ressemble au grognement du porc ! 1000 porcs, c’est bruyant. Si le vent souffle depuis le site de nidification des oiseaux, c’est possiblement l’odeur qui sera votre premier indice. Le cormoran mange du poisson, et régurgite le résultat de sa pêche pour nourrir ses 3-4 petits… Mais cela vous coupera l’appétit. Finalement le spectacle : Des nids grossiers et assez volumineux, construits de branches et d’algues. Si la colonie s’est établie sur une falaise ou dans une forêt d’arbres morts, il y aura beaucoup de fientes au sol. Beaucoup…


    En période de nidification, le couple est exemplaire. Les 2 parents couvent les œufs pendant 25 jours. Lorsque vient le moment de se remplacer, l’oiseau qui arrive tourne autour du nid, se pose délicatement sur ce dernier, et démontre beaucoup de tendresse et d’affection pour le conjoint. Il dépose sa tête sous son aile. Une fois ce moment d’intimité passé, l’oiseau qui nichait prend son envol. Il semble heureux de se délier un peu les ailes en accomplissant quelques prouesses acrobatiques à basse altitude. Puis il part pêcher, souvent en groupe. Lorsque les oisillons viennent au monde, il y aura un va-et-vient régulier pour nourrir la famille, ce qui durera près de 6 semaines. Les petits seront totalement autonomes vers l’âge de 10 semaines.


    Lors de votre prochaine excursion sur les rives d’un de nos cours d’eau, laissez-vous séduire par le cormoran.

Bonnes observations !


Michel Paul Côté

Notes :

  1. Cormorandière : colonie de cormorans. Lieu où nichent les cormorans. Néologisme construit sur le modèle de héronnière. Ce dernier terme est quelquefois utilisé pour parler d’une colonie de cormorans.


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Aigle pêcheur (Balbuzard pêcheur)
Par RoySmith - Travail personnel,
CC BY-SA 4.0


Balbuzard pêcheur
(aigle pêcheur)
Pandion haliaetus

L'aigle pêcheur,
un souvenir de jeunesse


   Chronique du 12 mars 2024 


    J’ai été élevé à la ville, mais un oncle possédait des terres dans la région de Plaisance. Sur ces terres se trouvait un chalet. Chaque été, nous y passions plusieurs semaines, à faire le plein d’air frais et de nature. Le chalet était situé sur une longue presqu’île assez étroite. Mon oncle étant un chasseur, il avait aménagé de nombreux lacs artificiels un peu partout sur ses terres. Cet endroit était un paradis pour l’observation des oiseaux. Il m’avait donné de vieilles jumelles de l’armée, et un guide d’oiseaux écrit en 1947 par Claude Mélançon : « Charmants voisins ». Je possède encore ce livre, compagnon de mes premières observations. En page 195, on y voit le balbuzard fluviatile, appelé communément «l’Aigle pêcheur», vedette de cette chronique.
    Les eaux entourant notre presqu’île regorgeaient de poissons. Tôt le matin, je partais à l’aventure, seul, jumelles au cou. J’avais à peine 8-9 ans. Pas très loin, un immense arbre mort avait gardé de longues branches qui surplombaient les eaux. Et au bout d’une de ses branches se trouvait un ami, toujours fidèle à son poste, à 8 h 30 le matin. C’était un aigle pêcheur. Il me fascinait. De son côté, je le laissais probablement totalement indifférent. Mais il tolérait ma présence.


Aigle pêcheur tenant une proie dans ses serres.
L’Aigle pêcheur, appelé officiellement le Balbuzard pêcheur, offre toujours un spectacle inoubliable aux observateurs et photographes. Après avoir saisi sa proie, il la place adroitement entre ses deux pattes et vole vers une branche d’un arbre mort pour la manger, ou vers le nid pour nourrir les petits.


   

   
       
    L'aigle pêcheur, maintenant appelé Balbuzard, peut ressembler à un goéland lorsqu’on l’aperçoit de loin. Mais quand il plonge, le doute n’est plus possible. Avec une envergure d’ailes de 1,8 mètre, les ailes et le dos bruns, le dessous de la gorge et le poitrail blanc, et un bec recourbé typique des rapaces, il est facile d’identification.


Balbuzard pêcheur en vol
Balbuzard pêcheur en vol.
En vol, au loin, son plumage sombre sur le dessus et blanc au-dessous fait penser à un goéland. Mais aussitôt qu’il se rapproche, l’identification est facile.

    Je m’installais confortablement toujours au même endroit, et je l’observais pendant environ 90 minutes.
L’aigle pêcheur est un rapace qui aime l’eau. Il se nourrit uniquement de poisson. Il survole lentement une étendue d’eau, à basse altitude. Lorsque la proie est aperçue, il s’arrête, se place au-dessus de sa victime, relève les ailes, et se laisse tomber sur le poisson, relevant ses griffes au dernier moment pour saisir solidement sa proie. Il arrive souvent que l’aigle se retrouve sous l’eau. Mais, quelques coups d’aile, et le voilà qui remonte à la surface et tente de prendre son envol.

Aigle pêcheur avec sa proieC’est souvent difficile, car les poissons sont gros et lourds. Mais notre pêcheur est fort et finit par surmonter la gravité. Il n’aura pas à aller bien loin, car il déguste son poisson sur sa branche, juste devant moi. Un peu goinfre, il dépèce rapidement le poisson, laissant retomber au sol ce qu’il considère comme moins appétissant. De toute façon, il a l’embarras du choix, car les poissons sautent partout à la surface de la baie de Plaisance. Pendant notre rencontre de 90 minutes, il pouvait attraper 2, parfois 3 poissons qu’il mangeait devant moi.


Puis, vers 10 heures, il attrapait un dernier gros poisson, le plaçait habilement la tête vers l’avant entre ses puissantes griffes, et il s’envolait de l’autre côté de la baie. Il ne revenait pas en après-midi. Mais il était toujours au rendez-vous le lendemain matin.

    Je sais maintenant que c’était probablement un mâle, et qu’il retournait au nid retrouver la femelle pour nourrir les 2 à 4 petits. Un nid, très gros, composé d’un treillis de petites branches, situé souvent au sommet d’un arbre mort. Il pêchait probablement à un autre endroit en après-midi.
Après son départ, je m’avançais parfois pour observer les restants de poisson que l’aigle avait laissé tomber sous l’arbre. Les grands hérons bleus ne tardaient pas à arriver. Ils étaient d’ailleurs souvent sous les branches de l’arbre en même temps que l’aigle. Un repas gratuit, sans effort.
Lorsque je repassais dans ce secteur en après-midi, les hérons avaient quitté les lieux. Mais les oiseaux noirs trouvaient tout de même suffisamment de nourriture autour des arêtes de poisson. À la fin de journée, il ne restait plus rien, si ce n’est qu’une odeur nauséabonde. Mais à 8 ans, cela importe peu.

    Dans Charlevoix, on rencontre occasionnellement le Balbuzard pêcheur. Il n’est pas fréquent, préférant les cours d’eau reculés et poissonneux de l’arrière-pays. Mais avec un peu d’effort, on l’observera.
Pour ma part, je compte bien l’été prochain retourner à Plaisance. Les terres de mon oncle furent transformées, il y a très longtemps, en parc national (parc national de Plaisance). Ce parc est réputé pour la richesse des observations d’oiseaux qu’on y fait. Notamment l’aigle pêcheur qui y est toujours présent.
Mais ça, je le sais depuis longtemps.

Bonnes observations!


Michel Paul Côté


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Jeunes et ainés s'activent à la fabrication des nichoirs

Ces oiseaux qui nous réunissent


 Chronique du 8 novembre 2023


Dernièrement, madame Nancy Boies me contactait pour m’informer que je pouvais aller chercher les nichoirs d’hirondelles bicolores et de merlebleus que les résidents des Centres d’hébergement de Charlevoix-Est avaient assemblés au cours de l’été. Nancy est éducatrice spécialisée au CIUSSS et s’occupe des résidences de Charlevoix-Est. Il y a un an, elle me contactait pour tester la possibilité que ses résidents puissent assembler des nichoirs, tout comme le font les élèves des écoles primaires de la région.

Beau projet qui permettrait possiblement à nos aînés de se divertir, et de mettre à contribution des habiletés de bricolage depuis longtemps abandonnées. Rien de certain, mais nos aînés méritent certainement que l’expérience soit tentée.

Nous avons donc lancé le projet. Une vingtaine de « kits » furent préparés par la Société d’horticulture, d’écologie et d’ornithologie de Charlevoix (SHEC). Pièces précoupées, sablées et percées, vis, tournevis, teinture, etc. Il ne manquait que les mains pour assembler le tout.

Nancy a mis à contribution les 3 merveilleux moniteurs en loisirs qui ont accompagné les aînés dans la maîtrise de l’assemblage.

Et ce fut un beau succès. Les mains de nos aînés ont montré qu’elles avaient la mémoire des gestes posés tant de fois dans leur vie. Hommes et femmes ont participé, les hommes faisant l’assemblage, alors que plusieurs dames se sont mises à la teinture. Plusieurs nichoirs sont agrémentés de dessins de fleurs.
Du beau travail effectué avec fierté.

Si bien que la direction des résidences a procédé à l’installation de 12 poteaux sur lesquels plusieurs de ces nichoirs furent installés, bien à la vue de tous. Il est facile d’imaginer le plaisir que les résidents vont retirer, au printemps prochain, en observant les oiseaux s’installer et élever leur petite famille.

Cet hiver, le projet des nichoirs reprendra dans Charlevoix, pour sa deuxième année. L’an dernier, ce sont 125 nichoirs qui furent construits et assemblés par nos élèves du primaire et de la polyvalente de Baie-Saint-Paul. On peut d’ailleurs voir le résultat de leurs efforts au parc du « Parcours des berges » où 55 nichoirs furent installés. Avec un taux d’occupation de plus de 35 % dès le premier été, le ciel du parc était grouillant d’activités.

L'école secondaire du Plateau se joindra à l’effort de construction en 2024. Et les élèves de L'Ise-aux-Coudres assembleront plusieurs nichoirs qui seront installés sur l’île, grâce à l’implication et au dynamisme du conseil de ville. Ainsi nos oiseaux permettent à trois générations de citoyens de vivre une passion commune.

Un merci tout spécial à Gilles Jean qui commandite ce projet multigénérationnel.

Bonnes observations!


Michel Paul Côté


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Cardinal

Le cardinal,
ce nouvel arrivant
qui se porte très bien


 Chronique du 18 octobre 2023


Régulièrement, des lecteurs me contactent  pour me dire qu’ils ont  aperçu un cardinal près de leur mangeoire. On veut savoir si c’est fréquent, et surtout comment faire pour qu’ils demeurent fidèles au lieu visité.

Cardinal

La rumeur veut que cardinal tire son nom des cardinaux, dans la religion catholique, qui portent des soutanes rouges lors des grands événements. Impossible de ne pas le remarquer immédiatement dans son plumage éclatant.

Cardinal

Le cardinal n’est pas un oiseau que l’on rencontre fréquemment dans Charlevoix. Mais il est remarquable. Long de 20 centimètres, le mâle est rouge éclatant, la face noire, avec un bec rouge solide, capable de broyer les graines les plus dures. Il porte fièrement une huppe rouge.

Femelle du cardinal

La femelle est toute aussi belle, moins flamboyante. Huppe et bec sont roses. Elle nous surprend et nous charme toujours lorsqu’elle se présente à la mangeoire.

La femelle, moins flamboyante que son compagnon, possède un plumage plutôt grisonnant, avec des teintes rosées sur la huppe, les ailes et la queue. Son bec est rose.
Abondant aux États-Unis, le cardinal est arrivé dans l'extrême Sud du Québec il y a environ 60 ans. On l’observait rarement le long de la frontière américaine, dans les basses terres du St-Laurent.
Dans le volume de Claude Mélançon «Charmants Voisins», rédigé en 1947, aucune mention n’est faite de cette espèce.



Puis lentement, son aire de distribution s’est élargie, pour atteindre la région de Montréal dans les années 80. L’espèce affectionne les forêts broussailleuses, les jardins boisés et les parcs urbains. C’est un grand amateur de cimetières. J’ai habité sur l’île de Montréal pendant plusieurs décennies, et le chant caractéristique du cardinal est vite devenu un compagnon quotidien dans les années 90.
Depuis près de 30 ans, les mangeoires se sont multipliées au Québec. Le cardinal a profité de cette abondance de nourriture pour élargir son territoire. Étant donné que c’est un oiseau qui passe toute l'année chez nous, il a su profiter des graines offertes pendant l’hiver. Sa nourriture étant constituée d’insectes, de fruits et de graines, on se rend compte que le réseau de mangeoire est fort important pour sa survie l’hiver.
Et le cardinal ne fait pas que survivre, mais il se porte très bien chez nous.

Quelques chiffres.

Lors du dernier recensement des oiseaux nicheurs du Québec effectué de 2010 à 2014, on a observé l’espèce sur 403 parcelles, par rapport à 88 vingt ans plus tôt. Lors des recensements de Noël, le premier Cardinal fut aperçu en 1964. En 1990, lors du même événement, on en rapportait 90. En 2014, le nombre d’individus observés fut de 1500… Entre 1990 et 2014, la croissance de l’espèce au Québec fut de 700%. C’est l’espèce d’oiseaux nicheurs qui a connu le plus grand taux d’augmentation.
L’urbanisation de la vallée du St-Laurent et l’expansion du réseau de mangeoires sont les 2 raisons qui expliquent ce succès.

Un couple exemplaire.

Le cardinal n’est jamais seul. Monogames exemplaires, le couple passe chaque moment de leur vie ensemble.
Aux mangeoires, le mâle insiste pour se servir avant sa compagne. Elle ne semble pas s’en offusquer. L’accouplement se produit vers la fin de l’hiver, après un rituel de séduction qui dure quelques semaines. En plus de lui chanter la pomme, le  mâle offre de la nourriture à sa douce, les becs s’effleurent à chaque bouchée.
Le nid est discret, profond, formé de brindilles et d’écorce. C’est la femelle qui le construit. La femelle va couver les 2 à 5 œufs pendant 2 semaines. Le mâle est attentif à ses besoins et lui apporte continuellement la nourriture.  Les oisillons demeureront au nid pendant 11 jours et sont nourris par le couple. Puis c’est le premier envol. Ils demeureront quelques semaines autour du nid, puis iront faire leur vie ailleurs.
 Le couple peut avoir 4 couvées par an. Cela explique en partie la croissance rapide de l’aire de distribution du Cardinal au Québec.

Dans Charlevoix, les observations sont occasionnelles. Au moment d’écrire ces lignes, l’application eBird ne rapporte aucun cardinal sur notre territoire. Mais l’oiseau y est bien présent, particulièrement sur les basses terres longeant le fleuve. Car on rencontre rarement un cardinal à une élévation supérieure à 200 mètres. Soyez à l'affût. L’île aux Coudres, Baie St-Paul, La Malbaie, Clermont. Le cardinal est présent.
Et pour répondre à la question: comment l’attirer et le fidéliser à notre mangeoire? Il y a un secret: les graines de carthame. Il en raffole, ne peut y résister. Cette nourriture est toutefois dispendieuse. C’est pourquoi les bienheureux qui réussissent à attirer et retenir le cardinal utilisent souvent une mangeoire spéciale à cardinal, qui empêche les autres espèces de dérober ces précieuses graines.

Bonne chance, et tenez moi informé de vos observations.


Michel Paul Côté

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Canard branchu

C’est le plus beau de tous…
le canard branchu !


 Chronique du 27 septembre 2023

Il y a des injustices dans la vie. Les canards ne sont pas épargnés par cette triste réalité.

Si l’on pose la question à savoir quel canard est le plus beau de tous, la réponse est unanime : le canard branchu. Il n’y a pas de deuxième place qui s’approche, même de loin, de cet oiseau spectaculaire.

Le plus beau de tous : le branchu! Aujourd’hui, le 15 septembre 2023, j’arpente lentement la plateforme longue de 1,2 km qui traverse un superbe marécage du parc national de Pointe-Pelée, dans l’extrême Sud de l’Ontario. Encore Pointe-Pelée ! J’y étais en mai pour la migration printanière, j’y suis encore retourné pour la migration d’automne. Mais les passereaux sont déjà partis, et les canards tardent un peu.
Je me contente d’observer le vol de bandes de centaines d’étourneaux qui se rassemblent pour le grand départ. Le marécage est tranquille. Un héron, deux aigrettes, une sterne qui fait du sur-place avant de plonger pour capturer un poisson. Tiens, un martin-pêcheur vient nous distraire pendant quelques minutes. Au loin, au-dessus des quenouilles, un rapace se rapproche. C’est un superbe pygargue, en chasse. Mais il change sa route et s’éloigne.
Un banc. Petite pose.
Alors que je regarde un peu distraitement les nénuphars qui perdent leur éclat vert avec l’arrivée de l’automne, un mouvement attire mon attention. Jumelles.
Le branchu est devant moi, à moins de 20 mètres, totalement indifférent à ma présence.
C’est un mâle en plumage nuptial. Le plus beau canard, celui qui donne des complexes à tous les autres.
Je passerai 30 minutes à l’observer. Il se nourrit d’herbes aquatiques, et grimpe sur une branche qui flotte. Il se laisse admirer.

Branchu en vol
Branchu sur une branche
Le mâle arbore son plumage nuptial caractéristique de septembre à mai. Il n’y a que pendant les mois d’été qu’il est un peu moins spectaculaire, pendant la mue.

La tête semble avoir été peinte par un artiste qui aimait les couleurs et les contrastes : Bec rouge et blanc, avec des narines orangées, œil rouge, joues vertes, longue huppe noir et blanc, croissant blanc au bas du cou. Il ne laisse personne indifférent.
Légèrement plus petit que le colvert, on le prendrait pour un canard barboteur, car il passe son temps sur l’eau des marécages. Il n’en est rien. Les biologistes le classent dans la catégorie des canards percheurs.

En effet, ce canard, qui passe l’hiver aux États-Unis, nous revient en avril et établit son nid dans un trou d’arbre qui se trouve non loin d’un plan d’eau. La femelle décide de l’emplacement. D’ailleurs, le canard branchu ne refusera pas d’établir résidence dans un nichoir installé non loin d’un plan d’eau.
Le nid est rendu confortable par le duvet qu’elle arrache de sa poitrine. Elle pondra entre 12 et 15 œufs qu’elle couve pendant 28 jours. Le mâle joue un rôle de figurant dans ce couple éphémère qui s’est souvent formé pendant la migration. Il disparaît rapidement afin d’aller rejoindre d’autres mâles avec lesquels il passera l’automne, souvent en bandes importantes.
Les petits, aussitôt sortis de leur coquille, grimpent à l’intérieur du nid, grâce à leurs petites griffes, jusqu’à l’ouverture, et se précipitent au sol. Le nid se situe souvent à cinq ou six mètres de hauteur, parfois plus, mais presque tous les petits survivent sans problème à ce saut dans le vide. Aussitôt au sol, ils se dirigent vers le plan d’eau, tout près. Ils seront guidés par la femelle pendant environ 4 semaines et apprendront à se nourrir et à voler. Vers la fin de l’été, chacun part de son côté, vers les États-Unis. Les femelles reviendront dans le secteur où elles sont nées.

La situation du canard branchu est assez stable depuis 30 ans. Jadis classée espèce menacée, des mesures strictes de protection adoptées par le Canada et les États-Unis vers 1900 ont permis à l’espèce d’effectuer un retour. Si bien que la chasse est permise depuis 50 ans, sans que l’espèce soit menacée.

Dans Charlevoix, on rencontre le branchu à l’occasion, surtout dans nos lacs un peu marécageux. Il apparaît régulièrement, tous les printemps, dans un bassin du parcours des berges de Clermont. Il y était présent la semaine dernière. Chaque observation est mémorable.

Pour l’instant, je savoure chaque seconde de ma rencontre avec cet oiseau spectaculaire.

Bonnes observations!


Michel Paul Côté

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Goéland argenté en vol

Familier, et méconnu :
le goéland argenté


 Chronique du 13 septembre 2023


Goéland argenté en volIl se reconnaît facilement : l’oiseau est blanc, les ailes grises avec une pointe noire. Le bec jaune est robuste, avec un point rouge sur les dessous. Les pattes sont rosées. Il mesure environ 60 centimètres, ce qui en fait un goéland assez gros par rapport aux autres espèces de goélands.
Il est partout. On penserait qu’un goéland est un oiseau de mer, mais ce n’est plus tout à fait vrai.
Bien sûr, il accompagne les bateaux de pêche en nombre importants, souvent des centaines, se nourrissant des rejets que les pêcheurs retournent à la mer.
Mais cet oiseau a su s’adapter à tous les environnements, à tous les climats, à tous les temps. Ville, campagne, bord de mer, lacs, rivières, il s’installe et prospère partout. Sa population se porte bien et est continuellement en légère croissance, année après année.
Ses préférences alimentaires sont variées. Poissons, crustacés, œufs, gros insectes, oisillons d’oiseaux de mer, et détritus. Et c’est cette affection particulière pour nos détritus qui a permis à l’espèce de s’installer et de prospérer en milieu urbain, là où les dépotoirs abondent. L’oiseau est aussi un charognard, se nourrissant volontiers des cadavres très variés que la mer lui offre lors de la période de basse mer.
Il niche souvent, mais pas toujours, en colonie. Un simple nid au sol fabriqué avec des herbes. La femelle couvre environ 28 jours, les jeunes quittent le nid peu après l’éclosion. Ils volent à environ 50 jours. Les parents les nourrissent continuellement, car l’appétit des oisillons est sans limite. Les petits, à l’arrivée des parents, vont demander leur nourriture en attaquant littéralement le point rouge situé sous le bec du parent. Le parent ouvre alors le bec et régurgite le repas…

Le goéland argenté est intelligent et opportuniste. S’il capture des moules, au lieu de perdre son temps à tenter de percer la dure carapace, il les laissera tomber du haut des airs sur les roches de la rive et laissera la gravité briser la carapace pour libérer sa nourriture.
Son vol est à la fois puissant et habile, lui permettant de planer, de faire du sur place, et même de reculer pour bien apercevoir sa proie et la saisir en plongeant sous la surface de l’eau. Ou même de s’immobiliser dans le vent, au-dessus d’un bateau de pêche qui relève ses filets. Il semble profiter des déplacements d’air générés par les bateaux de croisière en mouvement pour planer pendant des heures dans leur sillage, à l’affût des rejets de nourriture.
Et bien sûr, plus près du quotidien des citadins, il ramasse rapidement les frites qui traînent autour des poubelles des restaurants «McDo». On s’en plaint, mais il fait un excellent travail pour garder propres nos lieux publics.
Ce qui est particulier chez ce goéland est l’agilité de son vol. Lors de déplacements avec les autres goélands, on se surprend qu’il n’y ait pas de collision. Les mouvements d’ailes sont rapides, précis. Pourtant, il se transforme en ballerine en se posant délicatement à la surface de l’eau. On dirait une plume.

Ici, dans Charlevoix, on l’observe partout. Dans les champs, sur les bords de rivières, autour de nos lacs, et bien sûr tout le long de la côte. Le meilleur moment pour l’observer : pendant les heures de mer basse. Il se régale d’éperlans au printemps lorsqu’il nous arrive des États-Unis, quoiqu’une bonne partie de la population de goélands argentés demeure avec nous pendant l’hiver, fréquentant les dépotoirs et le bord de mer.

Bonnes observations.


Michel Paul Côté

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Grand héron

Philippe et ses hérons


 Chronique du 15 août 2023


Dimanche dernier, c'était l'anniversaire d'un vieux copain, Philippe.

Un des avantages d’avancer en âge est qu’on peut compter sur de vieilles amitiés. Philippe fait partie de ce groupe restreint.

Philippe able
Philippe Sable est un guide de chasse qui s’est établi récemment sur l’île. Grand amateur de plein air, il fait partie de l’équipe de la SHEC qui collabore avec le conseil de ville à promouvoir et développer sur l’île les activités ornithologiques.

Les hasards de la vie ont fait que Philippe et sa conjointe Diane sont venus s’établir à l’île aux Coudres récemment. Secteur La Baleine, avec vue sur le fleuve.
Il m’a contacté quelques jours avant son anniversaire (il n’aime pas trop en parler…) : « Michel, je vois dans mon télescope 2 grands hérons, 2 grandes aigrettes et 1 héron vert ».
Évidemment, lorsque je me suis pointé chez lui dimanche, une petite tournée d’observation s’imposait. La notion de petite tournée est très vague chez les amateurs d’oiseaux. Et l’île aux Coudres est probablement le meilleur endroit dans Charlevoix pour observer les oiseaux, peu importe le moment de l’année. Bien ancrée dans le fleuve, l’île attire et retient beaucoup d’espèces qui fréquentent la rive sud, mais ne traversent pas vers les montagnes de Charlevoix.
Nous devions, Philippe et moi, compléter le recensement des sites d’observation de l’île dans le cadre d’un projet proposé par la SHEC et adopté par résolution par le conseil de ville de l’île. Le potentiel ornithologique de l’île est immense, et les élus municipaux veulent en faire profiter la communauté. Nous aurons l’occasion d’en parler beaucoup dans les prochains mois. À suivre.
Après avoir arpenté l’île dans tous les sens, pendant quelques heures, nous avons emprunté le chemin des Coudriers pour revenir à la maison pour le souper d’anniversaire (Il n’aime pas en parler…)
C’était mer basse. On distinguait au loin, quelques hérons. On a décidé de se garer le long du chemin et de ressortir les jumelles, juste au cas.
Pas 1 héron, pas 3 hérons, mais beaucoup de hérons… Tu en vois combien ? Après quelques secondes, Philippe me répond : 20.
On avance de quelques centaines de mètres en voiture et l’on observe la section suivante de la côte. Même résultat. Une autre centaine de mètres, même chose, avec en plus une grande aigrette. En tout, il y avait plus d’une centaine de grands hérons le long de la batture, tous espacés d’environ 30 mètres.
Pourquoi tant de hérons à cet endroit ?

Grand héron
Grand héron avec poisson
Grand héron
Grand héron
Grand héron
Le grand héron : En anglais on l’appelle le grand héron bleu, parfois le grand héron gris. En français, c’est le « grand héron ». Mais son plumage caractéristique démontre bien pourquoi les anglophones utilisent les mots « bleu ou gris » dans son nom.

Tout le monde est familier avec ce grand échassier que l’on observe partout au Québec. 
Chez l’adulte, le dessus de la tête est blanc, avec une bande noire qui s’étend du bec jaune jusqu’aux plumes noires qui se situent à l’arrière de la tête. Le dos est bleu-gris, la poitrine blanche, striée de noir. Mâle et femelle sont assez semblables, la femelle étant légèrement plus petite que son compagnon.
On le retrouve un peu partout en Amérique du Nord, partout où il y a des plans d’eau. Il mesure 1,20 mètre et peut peser jusqu’à 2,6 kilos. Ailes déployées, son envergure atteint 2,2 mètres. Son mouvement d’aile est lent et puissant.
Il affectionne particulièrement les vasières, les zones humides, les tourbières, les zones d’estran. Il se tient bien droit, se déplaçant par grandes enjambées. Il se nourrit surtout de poisson, parfois de crustacés. Le spectacle d’un immense poisson capturé par le bec implacable du grand héron est impressionnant. D’un geste rapide et précis, le héron bascule le poisson dans le sens de son long bec et commence à l’avaler, lentement. Il est fréquent de voir le long cou de l’oiseau se déformer au fur et à mesure que le gros poisson fait son chemin du bec à l’estomac.
Il nous revient du sud vers la mi-fin avril. Le nid est volumineux, plus d’un mètre parfois. Le couple s’occupe de la construction du nid, partage le temps de couvaison de 4 œufs qui seront pondus, et se consacre à l’immense travail que constitue l’alimentation de 4 héronneaux affamés pendant plusieurs semaines. Généralement, seulement 2 héronneaux survivront à cette période difficile de leur vie.
Le grand héron est un oiseau qui vit en colonie, appelée héronnière. C’est un endroit en forêt, retiré, loin des regards et de l’activité humaine. Le héron ayant peu de prédateurs, c’est la météo qui est son principal ennemi. Les pluies abondantes et le froid printanier nuisent grandement au taux de survie des petits.
Si je reviens à ma question : pourquoi tant de hérons sur l’île ? Une explication pourrait être la migration. Les hérons migrent souvent par groupes, parfois de très grands groupes. Mais il est trop tôt pour la migration…
Il y a sûrement une héronnière sur l’île quelque part. Probablement dans le coin des tourbières… Nous ne l’avons pas encore trouvée.
Si jamais vous connaissez la présence d’une héronnière sur l’île, SVP me contacter à l'adresse suivante : oiseauxcharlevoix@gmail.com.
L’objectif est d’étudier et de protéger l’endroit.
Et si vous croisez Philippe sur l’île, jumelles au cou, vous pouvez lui souhaiter un joyeux anniversaire, même s’il n’aime pas en parler, et lui confier vos observations.


Michel Paul Côté


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Martin-pêcheur

Martin, ce grand pêcheur!


 Chronique du 25 juillet 2023


Les observateurs qui fréquentent les rivières, les lacs, les étangs et les marécages poissonneux de Charlevoix sont familiers avec cet oiseau que l’on rencontre régulièrement lors de nos voyages de pêche ou excursions en canot. Leur apparition est toujours très visible et bruyante. S’il y a de l’eau avec des poissons, il y aura un couple de martins-pêcheurs. C’est pourquoi on rencontre le martin-pêcheur partout au Canada et dans une grande partie des États-Unis.

Quel drôle de physique, fort différent des autres oiseaux ! Le corps gris-bleu est solide et trapu, avec une tête qui semble très grosse, surmontée d’une huppe qui bat au vent. Un long bec noir complète le portrait. La gorge est blanche, de même que le poitrail. Un collier bleu-gris brise ce blanc. La femelle montre un peu de roux sur la poitrine.

Mais ce physique inhabituel est un atout, car il permet à Martin d’accomplir des prouesses exceptionnelles alors qu’il est en quête de poisson.

On l’aperçoit souvent perché sur une haute branche surplombant un lac ou une rivière, à l’affût. Il plonge volontiers de plus de 15 mètres de hauteur, tête première dans les eaux limpides et profondes, et ressort généralement avec un poisson dans le bec. Parfois, il survole un ruisseau, s’arrête en vol, fait presque du sur place pour bien identifier la proie, puis plonge. Il rate rarement sa chasse en eau peu profonde.

En vol, le battement d’ailes est fort, rapide, laborieux, saccadé. Et les déplacements sont souvent accompagnés de cris retentissants, qui ressemblent à des sifflements. De toute évidence, il ne craint pas d’effrayer ses proies par ses cris. Il se nourrit évidemment de petits poissons, insectes aquatiques, salamandres.

Il nous revient du sud pendant la deuxième moitié du printemps, alors que les cours d’eau sont libres de glace. Le mâle arrive en premier et retourne généralement au lieu de nidification utilisé les années précédentes. Les martins-pêcheurs nichent sous la terre, dans de longs terriers creusés généralement dans la partie élevée d’une falaise de sable. La falaise doit être abrupte, souvent plus de 60 degrés, ce qui assure une certaine protection contre plusieurs prédateurs. Le terrier est un long couloir étroit, parfois plusieurs mètres. Au besoin, le mâle creusera un nouveau terrier, mais il est plus simple de remettre en état un terrier endommagé par l’hiver. Il défend avec férocité son terrier contre les prédateurs et ne tolère pas la présence d’autres martins-pêcheurs.

Drôle de physique, mais parfaitement adapté à la pêche. Son plumage bleu-gris assez éclatant, la poitrine blanche avec un peu de roux pour la femelle, l’immense bec noir et la grande huppe hirsute, le tout accompagné d’un cri strident lors de ses déplacements, tout rend cet oiseau fort sympathique.

À l’arrivée de la femelle, le mâle démontre ses talents de chanteur, il effectue quelques acrobaties aériennes, et, bien sûr, met en évidence ses talents de pêcheur. Il n’en faut pas plus, on s’accouple. La femelle pondra entre 6 et 10 œufs, qu’elle couve pendant une quinzaine de jours. Le mâle la nourrit, la remplace parfois, et dort à ses côtés la nuit.

Les jeunes naissent nus, sans même un léger duvet. Lorsque les plumes arriveront, elles auront la couleur gris-bleu des adultes. Au début, le mâle apporte la nourriture aux jeunes, car la femelle doit demeurer auprès d’eux pour les réchauffer, le temps qu’ils acquièrent leur plumage.

Ensuite, les deux parents feront un aller-retour continuel pour nourrir toute cette marmaille.

Après quelques semaines, les parents incitent les jeunes à prendre leur premier envol. L’apprentissage de la vie et de la survie durera encore 3 semaines. Le couple enseigne aux jeunes comment voler, chasser, pêcher, et même comment transporter les proies.

Les parents vont pendant cette période s’assurer que les jeunes sont suffisamment nourris, le temps qu’ils deviennent totalement autonomes.

Puis c’est le départ. Les jeunes quittent le couple et s’en vont séparément, chacun de leur côté, poursuivre leur apprentissage. Ils passeront le reste de l’été à se nourrir, à explorer seuls différents territoires, avant de partir à l’automne pour le sud des États-Unis et l’Amérique centrale.

Au Québec, notre ami Martin rencontre de plus en plus de difficultés à s’établir. Depuis 30 ans, les escarpements sablonneux tendent à disparaître. Érosion naturelle des berges et activité humaine ont un impact négatif sur l’espèce. Curieusement, les nouvelles réglementations qui obligent les sablières à planter de la végétation dans les carrières et sablonnières abandonnées ont contribué à éliminer un habitat de reproduction essentiel.

L’espèce n’est toutefois pas menacée, car elle continue de se reproduire loin des milieux habités.

Bonnes observations.


Michel Paul Côté


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La vie au «Parcours des berges»,
deux ans plus tard.


 Chronique du 11 juillet 2023

Il y a maintenant 2 ans que j’ai le plaisir de publier cette chronique sur nos oiseaux.

Beaucoup de développements depuis ces 24 mois. Charlevoix s’est doté d’un club d’observation des oiseaux grâce à l’implication de la SHEC (Société d’Horticulture, d’Ornithologie et d’Écologie de Charlevoix). La société compte 150 membres, en croissance. On y adhère en visitant le site shecharlevoix.com.

Plusieurs projets ont vu le jour, notamment l’installation de centaines de nichoirs de merlebleus et d’hirondelles, avec la collaboration de la commission scolaire, des résidences pour personnes âgées et des municipalités

En 2021, ma première chronique avait comme sujet le parc du Parcours des Berges de Clermont, ainsi que Doris Martel, qui depuis des années parcourt le parc tous les matins, beau temps mauvais temps, notant toutes ses observations.

Je profite de cet anniversaire pour revenir sur cette première chronique.

Il est important de souligner la transformation que la municipalité de Clermont a apportée au parcours des Berges afin d’en faire une destination prisée par les oiseaux et les observateurs. Les sentiers furent refaits récemment, un asphalte qui est impeccable. Les oiseaux ont maintenant l’embarras du choix, car 55 nichoirs furent installés le long des sentiers. Une plate-forme d’observation est maintenant disponible afin de faciliter l’observation et la photographie des oiseaux fréquentant le premier bassin.

Finalement, le pavillon d’accueil fut rajeuni afin que des cours sur l’observation des oiseaux puissent être donnés aux Charlevoisiens qui s’intéressent aux oiseaux. Un tableau, fixé sur le pavillon, permet à Doris de nous informer tous les matins des observations du jour.

Des investissements que le maire Luc Cauchon et le conseil de ville ont accepté de faire afin de rendre ce lieu encore plus attractif aux résidents et aux oiseaux.

La rivière

Le parcours offre différents habitats, notamment celui de la rivière. Le sentier permet de l’observer de très près, et les oiseaux y sont très nombreux. Canards, harles, garrots, morillons sont toujours au rendez-vous.

On peut penser que lorsque la migration du printemps prend fin, le parcours des Berges perd un peu de son intérêt. Il n’en est rien, bien au contraire.


Les outardes

Il est probable qu’en juillet vous ayez le plaisir de parcourir les sentiers en compagnie de plusieurs familles d’outardes. Les petits grandissent à une vitesse surprenante, et ils s’envoleront bientôt.


J’ai demandé à Doris, toujours fidèle au poste, de fouiller dans ses archives et de m’envoyer ses propres photos des oiseaux qui élèvent leur petite famille au parc. Toutes les photos de cette chronique proviennent de Doris.
Les mammifères

Il n’y a pas que les oiseaux qui occupent le parc et y élèvent leurs familles. Chevreuils, renards, marmottes, castors, porc-épic, ratons, ce ne sont que quelques-uns des résidents du parc.

Pourquoi les oiseaux qui élèvent leur famille? Parce que juillet est ce temps de l’année pendant lequel on peut facilement admirer le résultat de nos efforts à créer des environnements propices à la reproduction des oiseaux, et surtout c’est le moment où les oiseaux s’affairent devant nous à élever les oisillons et les rendre autonomes.

La nidification

Il n’y a pas que les nichoirs qui servent de résidence. On voit des bouches à nourrir un peu partout : dans les branches, sous les corniches, dans les quenouilles du lac, et bien sûr dans les nichoirs.

Tant d’efforts pour arriver ici au printemps, dans le froid et souvent encore la neige, pour se trouver un partenaire, un logis, bâtir un nid, pondre, couver, puis nourrir des petits affamés et sans défense, tout en repoussant les assauts des prédateurs et de dame Nature. C’est remarquable, et juillet est la démonstration de ces exploits.

Admirez donc les photos de Doris.

En espérant avoir le plaisir de vous rencontrer sur les sentiers, ou bien encore lors d’un cours offert gratuitement au pavillon d’accueil.

Au plaisir,

Michel Paul Côté


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Bruant à gorge blanche

Frédéric,
 notre ami à tous





 Chronique du 27 juin 2023


S’il y a un chant d’oiseau que tout le monde reconnaît facilement, c’est bien celui du bruant à gorge blanche.
Ça ne vous dit rien? Et si je vous dis : «Où es-tu, Frédéric, Frédéric Frédéric»? Voila, vous le reconnaissez immédiatement! En fait, il ne s’agit pas de l’onomatopée utilisée par les générations antérieures d’observateurs. Il s’agissait de «Cache ton c..., Frédéric, Frédéric, Frédéric…». Mais bon, c’est votre choix.
Très jeunes, nos parents nous ont appris à reconnaître ce chant sans cesse répété par un oiseau qu’on observe difficilement à cause du feuillage dans les arbres. Effectivement, c’est un oiseau qui passe son temps en forêt. Il arrive chez nous au printemps, et il nous quitte à la fin de l’été.
On le retrouve partout au Canada, sauf à l’ouest des Rocheuses. Il habite tout le Québec, jusqu’à la forêt septentrionale et la taïga. C’est un oiseau emblématique de la forêt canadienne.
Même si certains experts estiment que leur population a baissé de 50 % depuis 25 ans dans certaines régions situées au sud de son aire de dispersion, l’espèce demeure abondante en Amérique du Nord. Environ 140 millions d’individus. Au Québec, il est moins abondant dans le sud de la vallée du Saint-Laurent, dans les grandes plaines et les érablières, préférant la forêt nordique.

Ce qui le distingue des autres bruants, c’est la demi-lune blanche qu’il porte sous le menton. C’est unique à ce bruant, ce qui rend l’identification facile, une fois l’oiseau bien en vue. Sa poitrine est grisâtre, la tête striée de blanc, et il porte un point jaune entre le bec et l’œil.


Bruant à gorge blanche
Bruant à gorge blanche

Facilement reconnaissable lorsqu’il se montre, la demi-lune blanche est la caractéristique unique de ce bruant.
Notez le point jaune à l’avant de l’œil, plus facilement observable aux jumelles.

Il s’agit d’un robuste bruant, qui passe une grande partie de son temps dans les taillis. Il niche au sol ou sur des arbustes bas. Son plumage brun le camoufle parfaitement pendant la belle saison. Il se nourrit d’insectes, de baies sauvages, de bourgeons et de graines nuisibles. Il arrive chez nous début mai, et nous quitte pour le sud des États-Unis à l’automne.

Le bruant à gorge blanche pond de 4 à 6 œufs. La femelle va couver pendant environ 13 jours. Les oisillons demeureront 12 jours au nid. Il arrive que le couple produise 2 couvées par saison, mais c’est plus fréquent au sud de la province, là où la saison chaude est plus longue.

Il chante beaucoup en début et en fin de journée, bien qu’on puisse l’entendre à tout moment.

Lors de chaudes journées d’été, alors qu’il y a beaucoup d’humidité dans l’air, il sera particulièrement vocal au crépuscule.

L’oiseau est curieux. Il répond souvent à l’observateur qui imite son chant, et peut même à l’occasion s’approcher pour mieux voir l’intrus au chant bizarre que vous êtes.

Le son aigu émis par l’observateur qui «embrasse le dessus de sa main» est également un bon moyen de l’attirer. C’est vrai pour bien des espèces d’ailleurs, car ce son ressemble aux cris de détresse émis par les oisillons lorsqu’ils appellent les parents. Évidemment, il ne faut pas abuser de cet appel. Je vous annonce qu’en présence d’inconnus, embrasser bruyamment le dessus de sa main est parfois mal vu.

En période de migration, il arrêtera volontiers pour quelques jours à votre mangeoire afin de faire le plein d’énergie. Les graines de tournesol qui jonchent le sol sauront le satisfaire. Il ne sera pas seul, car il se déplace en groupe.

Compagnon de toutes nos randonnées en forêt et de nos crépuscules passés sur la galerie, le bruant à gorge blanche est un ami fidèle qu’on se plaît à écouter, à défaut de pouvoir l’observer facilement.

Bonnes observations!


Michel Paul Côté


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Eider à duvet

L'eider à duvet,
un habitué de
nos reliefs rocheux


 Chronique du 13 juin 2023


S’il existe un oiseau qui représente l’arrivée de la belle saison pour les habitués du bord du fleuve, c’est bien l’eider à duvet.
    Il se pointe en avril, et ne nous quittera qu’à l’automne.
Il s’agit d’une espèce de canard plongeur de la famille des anatidés. C’est le plus gros de tous les canards.
Au Québec, on le retrouve le long du fleuve, entre Charlevoix et Rimouski, où se trouvent environ 12 sites de reproduction. La plupart de ces sites sont des aires protégées, surtout des îles, à accès restreint ou simplement interdit.
    Nous sommes chanceux, car il est commun chez nous, et facilement observable. Il suffit de se rendre aux abords du fleuve, ils sont devant nous. La zone entre le phare de Cap-aux-Oies et Saint-Irénée constitue une vraie pouponnière pour cette espèce. Il s’observe aussi, en moins grand nombre, jusqu’à Baie-Sainte-Catherine.
    Il y a quelques jours, sur la batture de Saint-Irénée, parmi les roches qui émergent à mer basse, ils étaient fidèles au rendez-vous. Très nombreux, probablement plus de 40 individus. Le plumage blanc des mâles est très visible, et leur cri assez caractéristique. Un léger gémissement interrogatif, sans cesse répété.
Il est probable qu’ils ont inspiré quelqu’un au gouvernement pour la création des CPE au Québec. En effet, les femelles regroupent les petits qui sont au nombre de 4 ou 5 par femelle, et les accompagnent pendant les premières semaines de leur vie. On observe souvent plusieurs femelles qui gardent avec attention de 20 à 30 petits.

Eider à duvet mâle Eider à duvet femelle
Eider mâle: Il est facilement reconnaissable. Le relief côtier de Charlevoix constitue un des rares endroits au Québec où l’on peut l’observer facilement de la berge.
Eider femelle: toutes brunes et abondamment rayées, les femelles se regroupent souvent pour surveiller les petits. Il est fréquent d’observer des groupes de 30 oisillons qui se déplacent sous l’œil attentif des mères.

    L’espèce niche dans les herbes basses en bordure de l’eau, et aime bien fréquenter les milieux rocailleux, se déplaçant lentement dans une eau peu profonde, se nourrissant de moules. Les petits se nourrissent d’invertébrés trouvés dans les algues.
    Nous sommes actuellement en pleine période qui permet d’observer ces familles très unies.

    L’eider à duvet mâle est évidemment facilement identifiable. C’est un gros canard, au cou assez fort. Il se reconnaît facilement, car il est le seul canard aux côtés noirs et au dos et poitrine totalement blanche. En vol, le dos et l’avant des ailes sont blancs. La tête est blanche, avec une calotte noire. La femelle, quant à elle, est totalement brune, avec des stries étroites et plus claires. Les deux sexes montrent un front fuyant vers l’arrière.
    Cette espèce fut longuement chassée pour la qualité de son duvet qui est assez unique et recherché dans les vêtements, édredons, oreillers, sacs de couchage. Heureusement, l’espèce est maintenant protégée. La récolte du duvet est effectuée par des spécialistes sur les sites de nidification, sans causer de préjudice aux eiders. Et l’utilisation du duvet est moins répandue que jadis, car le duvet est très dispendieux et difficile à trouver. Il faut dire que de nombreux produits synthétiques ont graduellement remplacé le duvet comme isolant.
    Ainsi, l’Île aux Lièvres, l’île aux Fraises, les îles du Pèlerin, l’île aux Basques et l’île aux Pommes constituent des aires de protection qui assurent que l’espèce puisse se reproduire en toute tranquillité, à l’abri de la prédation et des chasseurs.
    Profitez des mois de juin et juillet pour aller sur les côtes de Charlevoix. Vos chances d’observer ces beaux canards accompagnés de leurs petits sont excellentes.

Bonnes observations.


Michel Paul Côté

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Photo aérienne de la Pointe-Pelée

La mecque de l’observateur d’oiseaux : Pointe-Pelée.

 Chronique du 22 mai 2023


Le printemps est une période de grande effervescence pour l’amateur d’oiseaux. Nos amis reviennent du sud. La migration printanière est souvent spectaculaire, car beaucoup d’espèces passent par chez nous en peu de temps. Ils sont nombreux, ils sont bruyants, ils sont colorés, car ils ont revêtu leurs plumages nuptiaux.

En Amérique du Nord, c’est par centaines de millions que les oiseaux remontent au nord, pendant la nuit, pendant les quelques semaines que dure la migration printanière. Ils suivent des couloirs de migration établis depuis des millénaires, toujours les mêmes. Les radars des services météorologiques américains suivent ces mouvements et publient quotidiennement les grands déplacements. Les amateurs étudient attentivement ces cartes, et surveillent la météo.

Si un front froid est annoncé pendant ces grands vols nocturnes, les amateurs jubilent. Les fronts froids amènent des vents nord-ouest qui rendent plus ardue la progression. Si les oiseaux sont surpris par des vents contraires alors qu’ils survolent une grande étendue d’eau, alors c’est souvent l’hécatombe pour plusieurs. Épuisés, ils peinent à progresser contre les forts vents. La traversée qui devait durer de 2 à 3 heures se transforme en marathon. Aux premières lueurs du jour, les oiseaux voient au loin la terre. Souvent une pointe de terre qui avance dans l’immense cours d’eau. C’est l’objectif ultime, se rendre à cette terre ferme. C’est une question de survie.
Aussitôt la rive atteinte, on s’y laisse littéralement tomber, épuisé.
Ce phénomène se nomme en anglais un «fallout».

Il est courant d’observer de grands hérons, des rapaces, des parulines, des bruants, des laridés, écrasés au sol, les uns à côté des autres, immobiles, tentant de récupérer sous la chaleur des premiers rayons de soleil. Après quelques heures, les forces reviennent graduellement, et les oiseaux tentent de se déplacer brièvement vers les arbres les plus près. Là, on mange, on se repose, on fait le plein d’énergie, avant de reprendre la route dans un jour ou deux.
Mais où trouve-t-on de tels phénomènes? Au Texas, à High Island, sur les bords du golfe du Mexique. C’est un endroit mythique.
Plus près, toujours aux États-Unis : Cape May.

Mais il existe aussi au Canada un endroit tout aussi reconnu pour y observer le même phénomène. Il s’agit de la Pointe-Pelée, en Ontario, sur les rives du lac Érié.

En mai, les oiseaux qui migrent par les couloirs centraux des États-Unis entreprennent la traversée du lac pour atteindre leur territoire de nidification situé plus au Nord.
Pointe-Pelée porte bien son nom. Il s’agit d’une longue pointe de terre qui s’avance dans le lac.
Une cible de choix pour les oiseaux.

Une cible de choix également pour les amateurs qui viennent y observer le phénomène chaque printemps. Ces inconditionnels des oiseaux viennent du monde entier.


Ma première visite au parc national de Pointe-Pelée remonte à 1970. Quelques centaines d’observateurs dans le parc, presque tous des retraités. Âgé de 17 ans, je détonnais un peu. Mais les oiseaux étaient au rendez-vous, et les gentils «retraités» m’ont patiemment initié au phénomène naturel qui se déroulait devant nous.
Plus de cinq décennies plus tard, je suis retourné à Pointe-Pelée. Je m’y trouvais la semaine dernière, pour un séjour d’une semaine.
Bien des choses sont les mêmes : les oiseaux, le chalet, l’accueil, les sentiers qui sillonnent l’étroite forêt, la pointe, la longue promenade de bois qui traverse le marais.

Sentiers
Pointe-Pelée
Pointe-Pelée

Mais la magie n’est plus tout à fait la même. Le premier indice de changements fut la très longue attente à la guérite pour entrer dans le parc. Il était 6 heures du matin. Puis ce fut la directive de stationner à 3 km de l’accueil, car son stationnement était déjà plein.


Motorisés stationnés
Files d'attente
Navettes
Stationnement motorisé : Beaucoup d’observateurs se déplacent vers Pointe-Pelée en motorisé. Le parc offre plusieurs espaces de stationnement pour ces voyageurs. (Photo de l’auteur)
Des files d’attente, et des navettes qui permettent de parcourir rapidement les 3 km séparant la pointe du centre d’accueil. (Photos de l’auteur)

Sur le sentier menant au chalet d’accueil, les observateurs sont différents : tous ont, suspendus au cou, des équipements à la fine pointe : jumelles à 4000 $, appareil photo et objectifs coûtant l’équivalent d’une petite voiture. Et ils sont nombreux, très nombreux!
Il est facile de trouver des oiseaux. Il suffit de regarder dans la même direction que ces centaines d’amateurs.
Au pavillon d’accueil, des navettes nous mènent à la pointe, située 3 kilomètres plus loin. Plusieurs navettes, qui effectuent un aller-retour continuel.

Les oiseaux sont au rendez-vous, mais ils se sont déplacés dans les boisés, car il est maintenant midi.

Bien décidés à arriver plus tôt le lendemain, nous nous présentons à la porte du parc à 5 heures du matin. Et nous nous retrouvons encore une fois derrière une longue file de voitures et motorisés. Chanceux, il reste 2 places de stationnement au pavillon d’accueil. Chanceux encore, nous pouvons monter dans les premières navettes.
Triplement chanceux, sur la pointe, une grande rareté : un lagopède des saules! Comment cet oiseau qui passe l’année dans l’arctique canadien s’est-il retrouvé aux États-Unis et ultimement sur la pointe de sable de Pointe-Pelée? Un grand mystère. Probablement une tempête d’hiver qui a désorienté l’oiseau.

Lagopède des saules
Le lagopède en question, une grande rareté (photo de Rachel Beauchamp)
Le lagopède en "rock-star"
Le lagopède en "rock-star"
Le lagopède des saules a dû se sentir comme une «rock-star» devant tous ces photographes!

Pour 99 % des observateurs, c’est une première observation à vie. L’excitation est à son comble. Les appareils photo crépitent. Des agents du parc demandent aux observateurs de reculer. On installe des cônes orange le long du parcours de l’oiseau qui semble épuisé, mais désireux de se rendre dans la végétation, si près, mais aussi si loin.
Le lagopède se rendra au boisé, et y demeurera 36 heures, avant de s’envoler vers les siens. Il sera photographié des dizaines de milliers de fois.
Le reste de la semaine fut très agréable. Nous avons délaissé la foule de la pointe et sillonné les sentiers, le marais, et les autres refuges d’oiseaux qui abondent autour de Pointe-Pelée.
Conclusion : je ne sais pas si un nostalgique doit conclure. L’observation des oiseaux est devenue depuis 50 ans une activité très populaire, presque compétitive pour certains.

En route vers le marécage
Plateforme d'observation
Un trottoir de plus de 1 km parcourt un marécage. Les oiseaux y abondent, particulièrement en mars lors de l’arrivée des canards.
Le marais «Hillman Marsh», tout près, doit être visité. 5 kilomètres de sentier entretenu.
Famille de bernaches
Un pic
Cygne et jeune bernache

Ici, un cygne trompette qui vient de capturer un petit de bernache du Canada. Photo de Rachel Beauchamp.

Une mésange

Pointe-Pelée permet à un très grand nombre d’amateurs de pratiquer leur loisir. En soi, c’est très bien. Les amateurs sont toujours aussi respectueux que jadis. Dans le parc, personne ne crie, on se croirait dans une église. Les gens se déplacent lentement. On n’y entend que le chant des oiseaux. C’est un pèlerinage obligé. Il suffit de se présenter à la guérite à 4 h 30 du matin!

Bonnes observations!


Michel Paul Côté

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Merlebleu de l'Est

Dans le merveilleux monde de Charlevoix, il était une fois…

 Chronique du 24 avril 2023

C’est souvent ainsi que débute le récit des belles histoires.

J’en ai une très belle à vous raconter cette semaine, et nous en sommes tous les personnages!

Merlebleu de l'EstIl y a plus de deux ans, la Société d’Horticulture et d’Écologie de Charlevoix, la SHEC, ajoutait un volet ornithologique à ses activités et elle devenait un club reconnu et affilié à l’organisme Québec Oiseaux. Rapidement, certains projets concernant les oiseaux ont pris forme. Un de ces projets concerne le retour du merlebleu et la création d’un circuit de nichoirs sur tout le territoire s’étendant de la Petite-Rivière-Saint-François jusqu’à Baie-Sainte-Catherine. Ces nichoirs règlent en partie la pénurie de logements chez nos hirondelles bicolores et les merlebleus. L’objectif : bâtir et installer de 100 à 150 nichoirs par année pendant 5 ans.

Pour réaliser cet ambitieux projet, la SHEC avait besoin de partenaires. C’est ici que la belle histoire débute.

Élèves


Les étudiants de la classe de Natacha Boulianne à la polyvalente de Baie-Saint-Paul ont accompli un travail exceptionnel dans leur atelier. Chacun des 150 nichoirs fut mesuré, coupé, percé, sablé. Une machine CNC (Computer Numerical Control : machine à contrôle numérique) a permis de fabriquer des protecteurs en Plexiglas qui protègent les bords des ouvertures des nichoirs.

Ils ont préparé environ 40 nichoirs en «kits» qui seront assemblés au primaire, et ils ont assemblé tous les autres. Un beau travail qu’ils pourront admirer pendant de nombreuses années et en même temps constater leur impact sur les populations d’oiseaux.

Un conseiller pédagogique du nom de Junior Carrier a répondu avec enthousiasme à une demande adressée à la commission scolaire. Je me souviens de sa réponse : «Vous êtes tellement tombé sur le bon gars pour ça!» Et il avait raison. Rapidement, il contacta Natacha Boulianne, enseignante à la polyvalente de Baie-Saint-Paul. Elle enseigne à une classe débordante d’énergie, qui a accès à un atelier de menuiserie à la fine pointe de la technologie. Oui, ses élèves ont manifesté leur intérêt à bâtir 150 nichoirs.

Mais pour bâtir, ça prend du bois! C’est ici que monsieur Gilles Jean entre en scène. Son groupe, le Groupe Gilles Jean, accepte généreusement de devenir le principal commanditaire du projet.

Mais où installer ces nichoirs? Les lecteurs de cette chronique connaissent mon admiration pour le parc du Parcours des Berges de Clermont. Grâce à sa facilité d’accès, à sa richesse ornithologique et à sa variété de milieux, c’est un des meilleurs endroits de Charlevoix pour observer une grande variété d’oiseaux.

Après quelques rencontres avec la directrice générale de la ville, France D’Amour, puis avec le maire Luc Cauchon et ses conseillers, le conseil municipal a accepté de soutenir un projet et d’adapter le parcours des Berges pour en faire une destination de choix pour l’observation des oiseaux.

Ce printemps, 50 nichoirs seront installés le long des sentiers du parc, de même qu’une plate-forme temporaire d’observation qui permettra d’admirer et de photographier les oiseaux sur un des bassins. Il s’agit d’un projet de développement qui s’échelonnera sur plusieurs années.

Mais comment faire pour intéresser les jeunes de Clermont aux oiseaux? Junior, notre infatigable conseiller pédagogique me met en contact avec Ariane Roberge et Alyson Bouchard, les deux enseignantes de 6e année de l’école primaire de Clermont. Après avoir rencontré leurs 46 élèves, ces derniers ont accepté sans aucune hésitation d’assembler et de personnaliser les nichoirs qui seront installés au parc des Berges, situé à deux pas de l’école.

Pendant ce temps, Nancy Boies, éducatrice spécialisée œuvrant dans le réseau des résidences pour les aînés dans Charlevoix-Est, me contacte pour savoir si certains aînés pourraient également assembler des nichoirs. Cela peut représenter pour certains d’entre eux un loisir intéressant, qui contribue à les garder actifs. Bien sûr, nous pouvons même installer certains nichoirs près des résidences afin d’agrémenter le quotidien de l’ensemble des résidents. Rapidement, sa collègue Sylvie Leblond, responsable pour Charlevoix, se joint au projet.

En apprenant que les amis du primaire, ainsi que les grands-parents des résidences assembleront des nichoirs, nos constructeurs de nichoirs de la polyvalente offrent de rencontrer les élèves du primaire de Clermont pour leur montrer comment les assembler. Et tous les étudiants souhaitent rencontrer les aînés afin de les guider dans les premiers assemblages.

Difficile de trouver mieux comme échanges intergénérationnels, et comme projet de société axé vers la préservation de la nature.

La SHEC souhaite élargir le réseau de nichoirs par l’implication d’autres écoles et municipalités de Charlevoix. Avis aux intéressés (cliquez pour m'écrire :
oiseauxcharlevoix@gmail.com)!

Dans les prochaines semaines, il y aura du mouvement au parc du Parcours des Berges. On y installera 50 poteaux pour recevoir les nichoirs, on refera une partie de l’asphalte, une petite plate-forme d’observation fera son apparition en attendant une vraie tour d’observation. Le tout devrait être officiellement inauguré au début juin, alors que les jeunes, les élus, le commanditaire et les observateurs d’oiseaux se rencontreront au parc. Nul doute que seront également présents des hirondelles bicolores et des merlebleus… C’est un rendez-vous.

La SHEC à l’œuvre.

La Société d’horticulture, d’ornithologie et d’écologie de Charlevoix existe depuis 25 ans! Depuis maintenant 2 ans, le volet ornithologique prend une certaine place et attire de nouveaux membres. La Société chapeaute différents projets tels que celui décrit dans cette chronique. De plus, elle organise de nombreuses sorties, tout au cours de l’année, qui permettent d’observer les oiseaux un peu partout sur le territoire de Charlevoix.

Des visites sont aussi offertes afin de rencontrer des entrepreneurs de la région qui développent des produits reliés à l’horticulture. On visite régulièrement des jardins privés qui nous émerveillent à chaque fois. Des conférences sont offertes tout au cours de l’année sur les oiseaux et les fleurs. Sans parler de l’épluchette de blé d’inde du mois de septembre!

Dernièrement, la SHEC a développé un volet de formation sur l’observation des oiseaux. Des cours d’initiation sont donnés, de même que des cours plus avancés d’identification. D’ailleurs, la municipalité de Clermont a offert l’utilisation du pavillon d’accueil du parc des Berges afin d’y donner des cours pendant tout l’été 2023. Les travaux de réfection du pavillon sont déjà en cours.

Ici encore, la grande générosité du «Groupe Gilles Jean» permet à la SHEC de s’équiper du matériel optique et didactique requis pour donner les cours aux enfants autant qu’aux adultes.

La SHEC est un lieu de rencontre, un milieu d’échange et une contributrice au bien être écologique de Charlevoix. C’est également un milieu social qui permet aux nouveaux arrivants de faire d’intéressantes rencontres.
Nous invitons la population de Charlevoix à devenir membre de la Société. C’est grâce à votre abonnement (25 $ individuel, 40 $ pour le couple) que nous pouvons réaliser des projets tels que celui des nichoirs. Même si vous ne participez pas aux sorties sur le terrain, votre soutien est plus que bienvenu, et vous apprécierez les conférences et les événements sociaux.

Nous avons également besoin de membres bénévoles qui nous aideront à faire le recensement annuel des nichoirs dans leur localité. Si vous êtes intéressés à rencontrer des gens sympathiques, si vous avez un intérêt pour les fleurs ou les oiseaux, si vous êtes une personne apte et disponible à donner des cours ou à guider des sorties, la SHEC vous attend.
Vous pouvez vous joindre à la société en accédant à la page «Devenir Membre» du présent site.

Au plaisir de vous rencontrer,


Michel Paul Côté

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LA «CHOUETTE» RENCONTRE!

Chronique de la semaine du 10 avril 2023

Il y a de ces rencontres aviaires qui sont inoubliables!

Des décennies plus tard, on se souvient du moment et du lieu de façon très claire.

C’est probablement à cause de l’émotion éprouvée lors de cette première observation.

Une sorte de coup de foudre…

Il s’agit de la chouette cendrée (strix nebulosa), souvent appelée chouette Lapone.

Chouette cendrée, ou Lapone (strix nebulosa)

Chouette cendrée, ou Lapone (strix nebulosa)

C’est le plus grand hibou au Canada. En anglais, il porte bien son nom : «Great gray Owl».

Chouette cendrée, ou Lapone (strix nebulosa)

Ses dimensions sont un peu trompeuses...
(Photo par FunkMonk (Michael B. H.) — Travail personnel, CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=12854791)

Ses dimensions : 80 cm de haut, 150 cm d’envergure d’ailes. Toutefois son poids, guère plus de 1 kg, fait que le harfang des neiges et le grand-duc sont plus lourds que lui.

Ses dimensions sont un peu trompeuses : en effet, plumes, duvet, plumes, duvet, plumes…

C’est ce qui lui permet de porter le nom «Lapone», car c’est synonyme de l’Arctique, de froid intense. Ce plumage très dense lui permet de vivre aisément dans ce climat glacial.

La chouette cendrée est un oiseau rare, très rare au Québec. On l’observe généralement dans la partie nordique du centre et de l’ouest du Canada, au milieu de la forêt boréale. C’est d’ailleurs l’emblème aviaire du Manitoba. Mais parfois il s’aventure dans Charlevoix. Se nourrissant surtout de petites souris, d’écureuils, de corneilles, et d’autres petits mammifères, il arrive que les proies viennent à manquer dans son aire usuelle d’hiver. C’est alors que certains individus se pointent chez nous. Pas en grand nombre, mais une seule chouette Lapone suffit pour nous marquer à tout jamais.

Par deux fois seulement, lors du XIXe siècle, le nord-est de l’Amérique du Nord a accueilli de grandes quantités de chouettes Lapones. Puis en 1979, et puis encore il y a environ 8 ans.


Étant donné que ce rapace imposant passe sa vie en régions très éloignées, où l’homme est quasiment absent, l’oiseau n’a pas développé la crainte de l’humain. Au contraire, la présence de l’observateur semble laisser la chouette indifférente, presque curieuse parfois.

Chouette cendrée, ou Lapone (strix nebulosa)
Chouette cendrée, ou Lapone (strix nebulosa)





« La chouette Lapone est assez unique et facilement identifiable. Pas du tout farouche, on peut l’observer pendant longtemps, en respectant une certaine distance, si l’on a la chance de la découvrir… »
Chouette cendrée, ou Lapone (strix nebulosa)

Il y a environ 2 semaines, un lecteur m’informait par courriel que ce rare hibou se trouvait sur sa propriété depuis quelques jours. Bien perché devant son salon… Le lecteur est fort crédible dans sa description et est un observateur d’oiseaux…

C’est tentant…

La chouette Lapone possède une tête ronde, sans aigrettes au-dessus des oreilles. Le disque facial est très grand, les yeux sont jaunes et la queue est longue. Le plumage est brun grisâtre, tacheté et rayé. Deux grands croissants blancs sont bien visibles sur la gorge. Étant donné qu’en plus c’est un chasseur diurne, qui fait le guet perché dans un arbre mort ou sur un fil devant un champ découvert, l’oiseau est facilement reconnaissable.

Sans trop d’espoir, je me suis rendu le lendemain près de l’endroit où l’oiseau avait été observé.

À mon grand étonnement, perchée bien en vie sur le fil de Bell, la chouette Lapone faisait le guet, juste en bordure le la route, surveillant attentivement tout mouvement suspect dans le champ qui s’étend devant elle.

Pendant 1 heure, j’ai pu admirer cet oiseau qui ne montrait aucune inquiétude face à ma présence. À quelques reprises, la chouette s’est envolée pour plonger dans la neige tout près, probablement pour attraper un petit mammifère. Puis elle revenait sur son perchoir, bredouille.

Dans les jours qui ont suivi, je suis repassé sur ce chemin. À deux reprises, la chouette fut observée longuement, fidèle à son poste, perchée à quelques centaines de mètres plus loin que la veille, toujours sur le fil de Bell. Quelques automobilistes se sont arrêtés sur le bord du chemin pour l’admirer. Tous étaient fascinés.

Pourquoi ne pas avoir informé les observateurs de la présence de cette rareté dans Charlevoix? Parce que l’oiseau fait partie des espèces dont la survie est grandement menacée. Tout comme pour l’aigle royal (ou aigle doré), ce sont des oiseaux qui aiment les grandes solitudes, et dont l’aire de reproduction est sans cesse repoussée et diminuée par l’homme. Si vous tentez de rapporter l’observation de ces 2 oiseaux sur le site des oiseaux rares du Québec, ou sur eBird, votre observation ne sera pas publiée, afin de ne pas perturber l’oiseau. Mais la Lapone et l’aigle royal sont présents dans Charlevoix. C’est ce qui rend l’observation des oiseaux si merveilleuse parfois. Il suffit d’une fois…

Avec l’arrivée du printemps, nul doute que «MA» chouette Lapone repartira bientôt vers le Grand Nord rejoindre ses semblables. Elle est même peut-être déjà repartie, au moment où j’écris ces lignes.

Qu’importe, son court séjour chez nous a permis à plusieurs de vivre un moment exceptionnel.

Merci pour cette chouette rencontre.


MPC

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Crécerelle d'Amérique

La crécerelle d’Amérique, notre seul rapace diurne, fait le bonheur des observateurs


Chronique de la semaine du 27 mars 2023

J’ai toujours été fasciné par cet oiseau que je trouve exceptionnel à plusieurs points de vue. Il est très beau, abondant, et bien visible un peu partout au Canada. C’est un chasseur redoutable, un faucon, que l’on observe fréquemment, perché au sommet d’un poteau, en train de dévorer une proie.

Crécerelle d'Amérique
Crécerelle d'Amérique perchée

La crécerelle est spectaculaire. Son plumage très coloré et contrasté, sa prédilection pour les espaces dégagés, et son abondance en font un faucon que l’on observe fréquemment et facilement. Elle sera de retour parmi nous dans quelques semaines

La crécerelle est avant tout un oiseau solitaire, même pendant la période de nidification. Cette solitude est le fruit d’une division très nette et stricte des tâches à accomplir entre le mâle et la femelle.

C’est le mâle qui chasse et ramène à la femelle la nourriture. La femelle ne quitte pas le nid, sauf pour recevoir la nourriture. Elle aménage la cavité qui servira de nid, couve les œufs, élève et nourrit les oisillons.

La seule interaction dans le couple se produit au moment du transfert de nourriture. Étant donné que cette étape peut s’étendre sur de nombreuses semaines, l’observateur a de bonnes chances d’observer cet échange, qui donne lieu parfois à une certaine vocalise. Le mâle s’approche du nid en criant, la femelle sort du nid, elle aussi en criant. Le couple se retrouve sur une branche pour échanger la nourriture. Le mâle retourne chasser, la femelle va nourrir ses petits. Ce qui est particulier, c’est que ce comportement débute bien avant que la femelle ne ponde ses œufs, alors qu’elle est parfaitement apte à chasser elle-même.

Crécerelles : Les oisillons au nid.
Crécerelle en vol

La crécerelle est de faible taille, un peu la même dimension qu’une tourterelle. En vol, les ailes sont pointues et la queue est presque carrée. C’est le plumage typique du faucon, permettant un vol rapide et agile. Ses couleurs, spectaculaires, rendent son identification très facile. Pour le mâle, les ailes et la tête sont bleues, la queue surtout noire avec des bandes blanches, la nuque et le dos sont de couleur rouille, presque rouge, la poitrine est pâle avec des reflets rouille. Deux bandes noires sont bien visibles de chaque côté de la tête, de chaque côté de l’œil. Les couleurs de la femelle sont plus discrètes, le bleu étant absent. Mais les bandes noires caractéristiques demeurent présentes.

La crécerelle chasse surtout en terrain relativement découvert, au relief accidenté ou non. Le faucon se perche sur un arbre mort ou un poteau, guette ses proies et rate rarement son vol mortel pour la proie qui fut aperçue. Gros insectes, et souvent de petits rongeurs, parfois une petite couleuvre.

La crécerelle construit son nid dans une cavité naturelle, généralement creusée par un grand pic. La femelle visitera plusieurs cavités avec lesquelles elle est familière.

Le mâle prend souvent l’initiative de proposer des cavités nouvelles. Il s’en suit probablement une forme de négociation avant que le couple n’arrête son choix. Voilà un comportement qui nous ressemble pas mal.

Plusieurs amateurs bâtissent un nichoir qu’ils installent près de leur propriété. Luc Dufour, administrateur de la SHEC, en installe présentement un à Petite-Rivière-Saint-François afin de convaincre un couple régulier de crécerelles de s’installer à demeure chez lui pendant la belle saison. Étant donné le grand talent photographique de Luc, il y a fort à parier que nous aurons éventuellement des photos à partager dans une chronique future.

Notre crécerelle ne demeure pas avec nous pendant la saison froide. Elle migre aux États-Unis et établit là-bas son nouveau territoire de chasse. Ce territoire s’étend sur environ 100 acres lors de son séjour dans le sud. Par contre, l’été, le territoire de la crécerelle s’étend sur 250 acres, car il faut nourrir une petite famille.

Cette famille sera probablement composée de 4 fauconneaux. La femelle couve pendant 30 jours, et un autre 30 jours avant que les jeunes ne prennent leur premier envol. Ils s’aventurent à proximité du nid, s’exercent à voler et se poser sur les branches. Le mâle continue de chasser et d’apporter les proies à la femelle, et cette dernière nourrit les petits, souvent sur une branche. Fait à noter, les échanges de nourriture entre mâle et femelle sont maintenant silencieux. Les fauconneaux reviennent passer la nuit dans la cavité. Après 14 jours, ils deviennent autonomes.

Il arrive qu’à l’automne on puisse observer plusieurs crécerelles qui se déplacent ensemble. C’est inhabituel pour les couples, mais il s’agit ici des jeunes qui chassent ensemble et se préparent à partir pour le sud.

Où observer la crécerelle dans Charlevoix? Elle est partout où se trouvent des espaces dégagés, avec quelques arbres. Parcs, champs, vergers, petits boisés. Mais, c’est fréquemment sur un poteau ou un fil électrique qu’on l’apercevra en train de déchiqueter une proie.

Bonnes observations!


MPC
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Notre santé mentale et les oiseaux.

Chronique de la semaine du 12 mars 2023


Les oiseaux ne cessent de nous procurer des moyens d’évasion qui amènent calme, joie, santé, humour, relaxation. Il suffit d’aller dehors.

Cette semaine, un sujet qui peut sembler curieux pour plusieurs d’entre vous.
Mais c’est un sujet important, qui nous affecte tous directement ou indirectement un jour ou l’autre.

Ami proche, membre de la famille, collègue de travail… On croise tous inévitablement un jour quelqu’un qui traverse une période difficile. Ça fait partie de la vie.

Le lien avec les oiseaux?

Les études scientifiques, qui se comptent par milliers, démontrent clairement que l’observation des oiseaux constitue un moyen exceptionnel pour maintenir un équilibre mental et émotionnel lors de temps difficiles.

Les bénéfices se manifestent immédiatement, que l’on soit novice ou expert.

Voici comment :

Les études démontrent sept aspects de nos vies qui sont influencés positivement par l’activité qu’est l’observation des oiseaux.

  1. Premièrement, l’observation favorise ce que les anglophones appellent le «Mindfulness», traduit en français par «Pleine conscience». Sans tomber dans les explications compliquées, disons que cela permet de réduire son stress, l’anxiété et la dépression. Une forme de méditation. Plus les gens voient d’oiseaux, plus l’impact positif est grand. J’ai moi-même toujours trouvé refuge du stress du monde des affaires par une petite tournée pour observer les oiseaux. Quelques minutes dans un parc urbain, dans une ville inconnue, petites jumelles en main, et l’impact était immédiat. On oublie tout, notre esprit suit les oiseaux, on fait le plein d’énergie positive.

  1. Autre bénéfice, l’observation nous garde physiquement actifs. Passer 20 minutes à marcher dans un parc, le long du fleuve, en forêt, tout cela est bon pour nous. Nul besoin de marcher 2 heures avec un lourd sac au dos. Le petit 20 minutes quotidien suffit pour nous garder actifs. De toute façon, quand on observe les oiseaux, la notion de «petit 20 minutes» n’existe pas. C’est l’oiseau qui décide quand on va revenir à la maison…

  1. On n’observe pas les oiseaux au centre d’achat. On côtoie la nature, et cela procure un effet apaisant. Il y a longtemps que le lien scientifique entre la nature et la réduction du stress fut prouvé. Un truc : fermez votre téléphone… Ainsi la nature pourra vous procurer la joie, l’émerveillement, la sérénité, et beaucoup de bien-être intérieur. Il est de plus démontré que la nature augmente et améliore la capacité de socialisation avec nos proches. Il est raisonnable de penser qu’un esprit plus détendu améliore l’écoute et la tolérance.

  2. L’observation des oiseaux augmente beaucoup notre vie sociale… Ça, c’est surprenant, car, après tout, l’observation est une activité généralement individuelle, solitaire. Mais en y repensant, je réalise que la plupart de mes amitiés développées au cours des années sont le fruit d’une sortie d’observation. Une rencontre avec une personne que l’on croise et qui observe les goélands. On échange quelques mots. Après plusieurs rencontres fortuites, on jase un peu. Puis on jase un peu plus. Et l’on développe une complicité, une zone de confort, une amitié. Puis l’expérience se reproduit avec quelqu’un d’autre, puis un autre, etc.

  3. Les oiseaux possèdent ce don de nous émerveiller, ce qui est assez rare dans notre société moderne. Nous sommes continuellement bombardés par les réseaux sociaux, la télé, les journaux, de nouvelles qui tentent de capter notre attention. On en devient presque immunisé. Plus rien ne nous surprend, plus rien ne nous émeut. Mais le spectacle d’un couple d’hirondelles nourrissant ses oisillons nous fascine, nous émerveille. Et l’impact de l’observation d’une mésange à tête noire qui accepte des graines de tournesol de la main d’un enfant de 3 ans nous chavire pour longtemps. Allez comprendre pourquoi.

  4. L’observation des oiseaux nous stimule intellectuellement. Éventuellement, on voudra savoir où est rendu notre merlebleu qu’on a observé tout l’été. Quand reviendra-t-il? Et ce pic qui vient toujours dans la cour arrière du voisin, comment faire pour qu’il vienne aussi chez moi? On questionne, on consulte Internet, on achète un guide. Bref, on est cuit, on est accro, on est stimulé…

  5. Finalement, les oiseaux nous font sourire, voire même rire parfois. Quiconque a observé des colibris qui semblent jouer à cache-cache en tentant de protéger 3 abreuvoirs à la fois sait très bien de quoi je parle. Et rire, c’est la santé…

Drôle de chronique? Peut-être pas tant que ça après tout! On a tous besoin d’un petit remontant parfois. Si ce n’est pas nous, c’est une connaissance. Parfois, nul besoin de tenter de prendre un rendez-vous sur Clic Santé pour trouver de l’aide, ou d’aller consulter le pharmacien. Les oiseaux et la nature, juste derrière la porte, ne demandent qu’à nous aider.

Bonnes observations !



MPC

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Photographier ou ne pas
photographier : là est la question.

Chronique de la semaine du 27 février 2023

Il est de plus en plus fréquent de rencontrer des observateurs d’oiseaux qui se tournent vers la photographie afin d’élargir leur expérience avec nos amis ailés.

Avec l’arrivée il y a 20 ans de la photographie numérique, et grâce à la grande disponibilité des appareils que l’on retrouve dans toutes les gammes de prix, il n’est pas surprenant que ce passe-temps de plus en plus populaire devienne une véritable passion pour plusieurs observateurs d’oiseaux.

Personnellement, j’ai toujours photographié les oiseaux. J’ai fait la transition vers le numérique il y a 15 ans, un peu à contrecœur, car je n’ai pu réutiliser la majorité de l’équipement accumulé depuis 40 ans. De plus, la courbe d’apprentissage du nouvel environnement numérique semblait abrupte…

Force est de constater que le problème ne venait pas de la nouvelle technologie, mais des appréhensions non fondées de l’utilisateur… Au cours des années, l’arsenal photographique s’est élargi au niveau des lentilles, des boîtiers, trépieds, flashs, sacs de transport, etc.

En 2023, l’heure est au bilan. La photographie d’oiseaux est-elle compatible avec l’observation des oiseaux? La question peut paraître surprenante, et la réponse n’est pas simple.

L’observation des oiseaux représente la liberté de se promener un peu partout, jumelles au cou, d’explorer, de flâner, de socialiser avec les observateurs qui nous accompagnent. L’observation est également synonyme de la spontanéité, de la surprise. On roule en voiture, on aperçoit un quai et un vol de goélands, on arrête et l’on va rapidement jeter un coup d’œil en s’emparant de la paire de jumelles rangée dans le coffre à gant. Peu de temps après, on est de retour sur la route, satisfait de cette courte halte «aviaire» qui nous a permis d’observer un balbuzard en train de pêcher, juste au bout du quai. Rien de compliqué, rien de planifié, uniquement du plaisir.

Puis un jour, on se dit qu’on aimerait bien photographier ce balbuzard en train de chasser. C’est bien de raconter notre observation aux membres de la famille, aux amis, aux collègues au travail, au préposé à la caisse populaire, mais ce serait tellement mieux de pouvoir la leur montrer. Après tout, une image vaut 1000 mots…

C’est à ce moment que la spontanéité en prend pour son rhume.

Photographie de hérons à l'automne
Téléobjectif
Groupe de photographes
La photographie est une belle passion qui est bien différente de l’observation des oiseaux. Ça requiert beaucoup de détermination, d’habileté technique, de planification, et, bien sûr, un investissement non négligeable en équipement. La satisfaction que procure cette activité est considérable.

On rassemble l’équipement : boîtier, téléobjectifs, trépied, sac contenant différents accessoires, sac de transport, petit banc pliable, vêtements adaptés aux conditions météo incertaines, petit lunch, bouteille d’eau, lotion solaire, lotion antimoustique…

Puis on vérifie l’heure de marée. Marée trop haute, le balbuzard sera absent. Marée trop basse, il sera trop loin…

Puis on vérifie la météo…

Et l’heure d’observation sera importante pour obtenir les meilleures conditions d’éclairage : soleil éclairant de l’arrière, idéalement le matin ou en fin de journée pour ne pas avoir des ombres trop prononcées…

Une fois sur place, on s’installe sur le petit banc inconfortable, grosse lentille et trépied bien stables, et l’on observe le ciel. Pas de balbuzard en vue. Il viendra, c’est certain. Attente. Il y a bien des parulines dans le boisé derrière, et quelques bruants qui chantent au loin, et même un potentiel cardinal qui fait entendre son chant caractéristique, mais on est venu pour le balbuzard…

Et pas question de laisser son équipement sans surveillance le temps d’une tournée dans le boisé.

Après 2 heures, le balbuzard se montre. Bravo, l’attente valait la peine! Il est loin, très loin, mais s’approchera sûrement. Malheureusement la marée est montée, et après 30 minutes le rapace choisit de s’éloigner. Déception.

On vérifie la table des marées et la météo pour le lendemain. Si tout se passe bien, après 3 jours d’affût, le cliché tant souhaité sera capturé sur la carte mémoire de la caméra. En fait, on a pris 268 clichés de l’oiseau. Trois sont bons, 1 est excellent.

L’impression de la photo apporte beaucoup de satisfaction. En format 11 x 14, c’est beau, très beau. L’œil du balbuzard est clair, perçant. Le poisson capturé est bien visible. La famille est impressionnée, les amis aussi. 

À la question : «quels autres oiseaux as tu vus pendant 3 jours au quai», la réponse est évasive? «Je ne suis pas allé au quai pour observer les oiseaux, mais pour photographier le balbuzard.»


Pourquoi cette histoire, tant de fois vécue par tous les photographes d’oiseaux? Parce que la photographie d’oiseau est une activité passionnante, qui apporte son lot de défis et beaucoup de satisfaction.

Mais c’est une activité différente de l’observation.

Personnellement, je fais de moins en moins de photographie d’oiseaux, préférant me promener avec les jumelles au cou.

Mais je garde précieusement mon équipement, car, occasionnellement, je vais m’évader pour aller à la chasse photographique. Les chasseurs comprendront. On observe pendant 50 semaines, on chasse pendant 2 semaines. Les deux activités forment un tout, se complètent, pour notre grand plaisir.

Bonnes observations!

MPC

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Jaseur boréal

Notre bandit masqué des neiges :
le jaseur boréal.

De la visite rare!


Chronique de la semaine du 14 février 2023

On est tous assez familiers avec notre jaseur des cèdres, qui fréquente nos arbres fruitiers pendant tout l’été. Sagement, ce dernier nous quitte à la fin de l’été pour la chaleur et l’abondance de nourriture qu’offrent les États-Unis.

Il est donc surprenant, au plus fort des basses températures de janvier, de le voir réapparaître dans nos boisés!

Il n’est pas seul, il se déplace en bandes. Parfois 5 à 6 individus, parfois une centaine. En y regardant de plus près, quelque chose ne va pas. Le masque noir caractéristique est bien visible, mais les sous-caudales, ces plumes sous la queue, généralement grise, sont de couleur marron. Et en vol, on discerne clairement du jaune au bout des ailes, ainsi qu’une petite bande blanche? Vite le guide…

Jaseur boréal
Il ressemble beaucoup à son cousin le jaseur des cèdres. Mais remarquez la couleur marron des plumes sous les ailes arrière, ainsi que la bande blanche sur le devant des ailes.

Il s’agit du Jaseur boréal, le grand cousin. Il passe l’été dans les forêts du Grand Nord, et vient se réchauffer chez nous en hiver.

En réalité, il vient nous visiter pour se nourrir, dévalisant rapidement tous les petits fruits gelés qu’il trouve dans nos arbres et arbustes enneigés. Les fruits de l’aubépine, du rosier sauvage, du sorbier, du sumac vinaigrier, du genévrier seront tous, tour à tour, découverts et engloutis par une bande de jaseurs boréaux.

Jaseur boréal 2
Le jaseur boréal se nourrit de petits fruits qui sont bien gelés sur les arbres. Les petits pommetiers garderont une bande de jaseurs plusieurs jours.

Si vous en apercevez près de votre propriété, offrez-leur rapidement des morceaux de fruits congelés sur un plateau. Ils reviendront fort probablement pendant un jour ou deux, mais il n’y a pas de certitude.

En effet, les bandes de jaseurs boréaux se déplacent beaucoup. Son ancienne appellation était le Jaseur Bohème. C’est d’ailleurs toujours son nom en anglais : Bohemian Waxwing. La bande se déplace, toujours, continuellement. Le bohème éternel.

Et même si l’oiseau est discret, la bande se déplace parfois en émettant des cris qui ressemblent à des sifflements.

C’est une race d’oiseaux circumpolaires, que l’on retrouve dans les forêts boréales du monde entier.

Si vous consultez les guides d’oiseaux des années 1980-90, on y note que le jaseur boréal est un résident de l’ouest du Canada. Depuis 10 ans, nous avons la confirmation de sa présence dans le nord du Québec. Mais le recensement est difficile, car il niche très au nord, là où les observateurs sont encore plus rares qu’eux. Quatorze observations lors du dernier recensement provincial de 2014, avec 9 nidifications possibles et 5 probable. Ce n’est pas une invasion.

Mais l’hiver, c’est une autre histoire. On le retrouve maintenant régulièrement dans tout le sud de la province. Pourquoi a-t-il étendu autant son aire de dispersion? Abondance de nourriture, probablement favorisée par un phénomène de réchauffement climatique? Possiblement. L’hiver dernier, on rencontrait de larges bandes dans les champs, le long des routes secondaires, en train de vider de ses fruits un sorbier. Baie-Saint-Paul, Les Éboulements, Saint-Irénée, Clermont. Cet hiver, leur arrivée chez nous tarde un peu. On en a vu récemment à Saint-Joseph-de-la-Rive.

Mais les mentions sont très nombreuses près des grands centres : Montréal, Québec, Saguenay, Rimouski, Sherbrooke, etc. C’est probablement parce que les observateurs y sont plus nombreux.

Alors lors de vos prochaines sorties sur les petites routes enneigées de Charlevoix, regardez s’il y a de l’action dans les buissons. Vous risquez de vous retrouver face à face avec le bandit masqué.

Et savourez le moment, c’est une observation d’exception!

MPC
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Le grand pic, toujours impressionnant,
domine nos forêts.

Chronique de la semaine du 2 janvier 2023

Grand pic

Les couleurs du grand pic, de même que ses dimensions, rendent chaque observation mémorable.

On ne le voit pas souvent, mais il est toujours présent, et ce pendant toute l’année.

Il habite dans les forêts matures, c’est son domaine.
Lorsqu’on l’aperçoit, le moment est toujours inoubliable. Impressionnant par sa taille, il fait presque 50 centimètres de long, c’est le plus grand pic d’Amérique du Nord, avec des dimensions similaires à celles d’une grosse corneille. Immense huppe rouge sur la tête, bec noir, moustache rouge pour le mâle, bandeau noir sur l’œil, ligne blanche qui va du bec aux ailes, dessus du corps noir, dessous blanc et noir, l’oiseau est imposant.


Il ne craint pas l’homme, mais a tendance à l’ignorer. Il peut arriver qu’il vous accorde l’insigne honneur de venir à un de vos plateaux où vous avez déposé des baies sauvages ou un bloc de suif, mais ce n’est pas fréquent. Il préfère s’attaquer aux arbres matures qui commencent à être envahis par des fourmis, signe que l’arbre est en phase de déclin. Il se déplace d’un arbre à l’autre, souvent silencieusement, mais parfois aussi en criant. En peu de temps, son robuste bec creusera un trou qui peut atteindre une vingtaine de centimètres (8 pouces) de diamètre. Les copeaux de bois qui volent dans toutes les directions et s’accumulent aux pieds des arbres ciblés témoignent de l’efficacité redoutable de ce pic.

Grand pic avec bloc de suif Grand pic

En hiver, les blocs de suif attirent parfois le grand pic. Mais il vaut mieux installer cette nourriture loin des autres mangeoires, idéalement en bordure de forêt.

Le grand pic, comme tous les pics, est parfaitement équipé pour trouver sa nourriture dans les arbres.
Grand picLes pattes comptent quatre orteils, deux à l’avant et deux à l’arrière, qui se terminent par des griffes robustes et acérées, qui s’agrippent fermement à l’écorce des arbres. La queue est renforcée et sert d’appui solide, ce qui permet au bec du pic d’attaquer l’arbre avec toute la force de son corps. Les narines sont protégées par des plumes, et les yeux se ferment lorsque les copeaux de bois volent dans toutes les directions. Le cerveau est protégé par des tissus «amortisseurs» dans la boîte crânienne. Finalement, une langue longue de 13 centimètres (5 pouces), se terminant par une surface rugueuse, collante et crochetée, se rétracte autour de la boîte crânienne et est utilisée pour capturer les insectes dans les cavités.

Monogame et territorial, le couple est fort bruyant au printemps pendant la période de grande séduction. Le nid est souvent une simple cavité creusée dans un arbre mature. Il n’est pas réutilisé d’une année à l’autre, car il contiendrait trop de parasites qui pourraient nuire aux 4 à 6 jeunes. Le couple couve pendant 14 jours, et les jeunes prennent leur envol après environ 25 jours.

Jadis fort abondant, alors que les forêts anciennes de notre continent étaient constituées d’arbres imposants, le grand pic a vu sa population décroître rapidement, au fur et à mesure que nos forêts étaient exploitées. Il y a un siècle, le grand pic était presque en voie d’extinction. Fort heureusement, certains programmes de reboisement, ainsi que la désignation d’aires naturelles protégées, ont permis d’éviter la disparition du grand pic. Il effectue un retour graduel, tout en s’adaptant aux forêts plus jeunes.

Malheureusement, son cousin le Pic à bec ivoire n’a pas eu la même chance. De taille légèrement plus grande, identique au grand pic, mais avec un bec de couleur ivoire, ce pic fut officiellement déclaré éteint récemment. Son milieu naturel était constitué de vastes forêts matures décimées par le feu et la maladie, exactement le type de milieu qui n’existe plus. Depuis plusieurs décennies, on tentait de l’identifier dans les forêts profondes de la Louisiane, là où il fut observé la dernière fois il y a plus de 50 ans. Sans succès.

Notre grand pic fut plus chanceux. Son milieu de vie est plus vaste et flexible. L’oiseau a aussi démontré une capacité d’adaptation que son cousin n’avait pas.

Arbre fréquenté par le grand pic Voici un bel exemple de tronc d’arbre mort qui fut laissé sur notre propriété, à la suite à une tempête de vent. Les pics en on fait un garde-manger, comme en font foi les dizaines de cavités.

Mais la vigilance est de mise. Nos vieilles forêts doivent être protégées. Si sur votre propriété vous possédez un boisé, il est important de préserver les arbres matures qui montrent des signes de déclin. Ils produisent la nourriture de base du pic, soit des fourmis et des insectes. Les arbres morts qui sont au sol constituent aussi une riche source de nourriture pour le pic. Il est fréquent d’observer le grand pic en train de festoyer au sol, s’acharnant avec entrain sur de vieilles bûches de bois en décomposition.

Notre grand pic ne migre pas et demeure fidèle à son territoire. Nous avons la chance de l’accueillir chez nous dans Charlevoix. Pour lui donner un coup de main, il suffit de penser à lui lorsqu’on nettoie un peu nos boisés.

Bonnes observations.


MPC


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Un classique : le canard Colvert.

Chronique de la semaine du 19 décembre 2022

Il fait partie de notre paysage aviaire. Souvent appelé simplement le «Malard» (c’est l’appellation anglaise), c’est le canard de surface le plus commun, qu’on rencontre partout. Les canards de surface possèdent cette manière caractéristique de se nourrir dans les eaux peu profondes : ils basculent la tête sous l’eau, le derrière dans les airs. Pas toujours élégants, toujours amusants, drôlement efficaces.

Il réside dans tout l’hémisphère nord, à la grandeur de la planète. Une partie importante de la population se déplace vers le sud pour l’hiver, en Amérique centrale pour les colverts nord-américains, et en Afrique et au Moyen-Orient pour les populations européennes. Mais de nombreux individus demeurent chez nous toute l’année s’ils peuvent trouver des eaux qui demeurent libres de glace pendant la saison froide.

Le colvert est probablement à l’origine de toutes les variétés de canards domestiques de la planète.

On reconnaît le mâle très facilement : tête verte, bec jaune, collier blanc, poitrail pâle, mâle et femelle arborent tous deux un miroir bleuté bien visible sur les ailes lors du vol. La femelle possède un plumage entièrement brun clair et un bec tacheté d’orange.

Colvert mâle
Colvert femelle

Le miroir bleu du mâle et de la femelle est bien visible lorsque le colvert déploie ses ailes

Le «couac couac» caractéristique est utilisé uniquement par la femelle, de deux manières différentes. Premièrement, une série d’environ 7 couacs sonores, le deuxième étant le plus fort. Elle utilise ce cri lorsqu’elle sent une menace ou lorsqu’elle est séparée de son compagnon. La deuxième utilisation du couac par la femelle est entendue lorsqu’elle cherche un endroit propice pour construire son nid. L’intensité du cri est égale, le cri espacé et fréquent, et émis en vol ou au sol.

Le mâle, quant à lui, émettra une variété de sons assez courts, mélange de sifflements et grognements, selon la situation.

Colverts opportunistes
Colverts opportunistes attendant des miettes sous une mangeoire du Parcours des berges Alexis-le-trotteur de Clermont.

Côté alimentation, les colverts ne sont jamais en peine et se nourrissent de ce qu’ils trouvent. Sur l’eau : escargots, petits poissons, insectes aquatiques, œufs de poisson, plantes aquatiques. Ils passent beaucoup de temps au sol et se nourrissent alors de céréales, de riz et de maïs, dont ils raffolent.

En Asie, on les élève en poulailler et leur viande est appréciée.


Le couple.

Pendant l’hiver, on se courtise. Le couple est formé dès la fonte des neiges, et c’est à ce moment que le nid est construit près de l’eau par la femelle, bien caché dans la végétation. La douzaine d’œufs arrive vers la fin avril et le début mai, et sont couvés pendant près d’un mois par la cane.

Moins de 24 heures après la naissance, les petits sont dirigés par la femelle vers le plan d’eau, tout près. On se baigne, on fait sa toilette, on se nourrit, et l’on se cache sous les ailes de maman en cas de danger. Cela dure 2 mois.

En été, on aperçoit fréquemment dans les parcs publics, sur les étangs, les oisillons qui nagent derrière la cane. Plus le temps passe, plus les petits grandissent et deviennent intrépides. Mais la femelle veille, et défend férocement son territoire et sa famille. Elle ne tolère aucun intrus. À l’âge de 8 semaines, les jeunes s’envolent.

Couple de colverts
Colvert en vol

Le mâle est caractérisé par sa tête verte et son collier blanc, alors que la femelle est beaucoup plus discrète.

Des livres complets furent publiés sur le comportement social des canards colverts. On y parle de protection de territoire, de langage vocal et visuel très varié, de rituel de séduction fort complexe et d’éducation accélérée des oisillons.

Fort heureusement pour nous, nul besoin de se mettre à la recherche de tous ces ouvrages scientifiques pour étudier le comportement du canard colvert. Il suffit, à toute heure du jour, de s’asseoir régulièrement sur un banc de parc, près d’un étang, et de répandre un peu de maïs devant soi. En peu de temps, la leçon débute, sous vos yeux. On ne s’en lasse pas…

MPC


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À nos mangeoires,
la discrète sittelle à poitrine rousse.

Chronique de la semaine du 21 novembre 2022

Tous les amateurs d’oiseaux qui entretiennent une mangeoire dans Charlevoix sont familiers avec les mésanges à tête noire. Elles sont des compagnes fidèles, toujours présentes et enjouées, et elles ne craignent pas l’homme, bien au contraire. Elles acceptent même volontiers les graines qu’une main tendue leur offre.

Sittelle à poitrine rousse

La sittelle est discrète, mais tout de même présente partout sur notre territoire, particulièrement aux mangeoires. Elle raffole des graines de tournesol.

Mais on remarque presque toujours, au milieu des nombreuses mésanges, un oiseau un peu différent. Légèrement plus petit, plus élancé, plus discret, il s’agit de la sittelle à poitrine rousse, parfois appelée sittelle du Canada.

On dit que c’est la cousine de la mésange… Il n’en est rien. Elle est plutôt la petite cousine de la sittelle à poitrine blanche, moins fréquente.

La sittelle à poitrine rousse porte une calotte noire, et un trait noir traverse son œil de la nuque jusqu’au bec, qui semble un peu retroussé vers le haut. Le dos est gris foncé, le dessous roux, la gorge blanche.

La sittelle n’est pas reconnue pour son chant mélodieux, mais son cri nasillard (gniac-gniac-gniac) est caractéristique.

Elle affectionne les forêts de conifères ou mixtes, ce qui fait qu’on la retrouve partout dans Charlevoix. Elle niche dans une cavité d’arbre, parfois dans un nichoir. Elle demeure chez nous toute l’année. L’été, on la voit souvent le long des arbres, sur des branches, toujours la tête en bas, à chercher des insectes. Les longs doigts permettent à l’oiseau de bien s’agripper aux branches dans toutes les positions.

Sittelle à poitrine rousse

Remarquez sur cette photo les longs doigts qui permettent à la sittelle de s’agripper avec facilité aux branches d’arbre, tête en bas. Particulièrement le doigt arrière. Un bel exemple d’adaptation à son environnement.

Elle se nourrit de graines, de suif et d’insectes, tout comme la mésange avec laquelle elle cohabite volontiers. Mais contrairement à la mésange, la sittelle est peu sociable. Elle est même très territoriale, et défend son domaine contre les autres sittelles avec vigueur. C’est ce qui explique que votre mangeoire accueillera des dizaines de mésanges, mais souvent seulement 2 sittelles. Ne tentez pas d’en attirer plus, ça ne fonctionnera pas…

La sittelle, comme plusieurs autres espèces qui passent l’hiver chez nous, aime accumuler des provisions. Ainsi elle cache des graines de cônes de conifères et des graines de tournesol dans les fentes de l’écorce des arbres, en prévision des grands froids.

Le couple se forme au printemps et demeurera ensemble toute l’année (parfois plus). La cavité servant de nid aura de quinze à vingt centimètres de profondeur, et sera tapissée de morceaux d’écorce, de foin, de racines et de poils. Il n’est pas rare que le couple établisse son nid très haut dans un arbre. Caractéristique inexpliquée, le couple couvre l’entrée du nid de résine de conifères, parfois allant jusqu’à 5 mm d’épaisseur. Les scientifiques ignorent pourquoi, possiblement, pour empêcher les fourmis de pénétrer dans la cavité.

La femelle pond 4 à 7 œufs qu’elle couve pendant 12 jours. Le mâle s’occupe de la nourrir pendant cette période. Les jeunes demeureront au nid pendant 2 à 3 semaines, puis continueront d’accompagner les parents pendant quelques semaines. Parfois, les jeunes se présentent à la mangeoire avec les parents, mais cela constitue une visite très occasionnelle. Avant de quitter les parents, la famille se déplace ensemble pendant quelques semaines. C’est à ce moment qu’on peut les voir et entendre une bande de sittelles se déplacer bruyamment dans la forêt.

Bonnes observations.

MPC

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Comment observer les oiseaux, partie 2.
Quel guide choisir?

Chronique de la semaine du 31 octobre 2022

La dernière chronique portait sur le choix des jumelles pour se lancer dans le fascinant loisir qu’est l’observation des oiseaux. Mais voir l’oiseau est la première étape. Maintenant, il faut l’identifier.

Cette semaine, nous allons voir les différents guides disponibles sur le marché québécois. Ces livres compacts accompagnent l’observateur sur le terrain et permettent l’identification du spécimen bien visible dans la jumelle.

Je ne peux parler de guide sans mentionner l’immense popularité des applications qui s’installent sur un téléphone intelligent et qui sont très complètes, beaucoup plus que les guide-papiers. Mais rien ne remplace, pour le débutant, le guide-papier qui peut être consulté rapidement, sur le terrain, dans la voiture, à la fenêtre du salon, sur la table de chevet. Les applications peuvent toutefois devenir une alternative intéressante pour ceux qui sont des inconditionnels des téléphones portables.

Les guides

Au centre, le guide de Claude Mélançon, publié en 1947. Mon premier guide, que je garde précieusemen. De chaque côté, les guides Peterson et Sibley, en français. Au bas, toujours un Peterson, en anglais. Il a eu une très longue vie! On ne se sépare jamais de nos vieux guides. Ce sont de bons amis.


Le premier recueil d’oiseaux nord-américain est probablement celui de John James Audubon, publié par sections entre 1827 et 1838. Grand naturaliste et peintre de talent, Audubon a réalisé 435 œuvres mesurant chacune un mètre par 66 cm, avec des textes qui furent publiés séparément. C’est une histoire absolument fascinante. Les universités et quelques nobles de l’époque se sont procuré les quelque 200 exemplaires qui furent éventuellement publiés.

Inutile de spécifier qu’il ne s’agissait pas d’un guide de poche.

Mais cela marqua le début d’un grand mouvement. Au cours des années qui suivirent, différentes publications beaucoup plus modestes et abordables virent le jour. Le grand public commença à s’intéresser à l’identification des oiseaux. Mais la véritable révolution arrive en 1934. L’artiste peintre Roger Tory Peterson en fut l’instigateur. À l’âge de 26 ans, il publia un guide d’observation des oiseaux qui allait propulser ce passe-temps au rang de l’activité numéro 1 de la planète, détrônant le jardinage.

Alors qu’il faisait son service militaire, il fut chargé de créer un guide qui permettrait à la population d’identifier les avions ennemis. Il met au point un système de flèches identifiant les caractéristiques uniques aux différents avions. Ce fut un grand succès.

Peterson était un grand observateur d’oiseaux. Il eut l’idée d’utiliser son système de flèches pour identifier les oiseaux. C’est ainsi que le premier véritable guide d’identification vit le jour. La suite des choses appartient à l’histoire. À son décès en 1996, le père de l’ornithologie moderne avait vendu des dizaines de millions de copies de son fameux guide, qui fut amélioré et réédité maintes fois au cours des ans.

Au Québec, ce guide fut traduit en français dans les années 80 par une équipe de spécialistes, messieurs Blain, Cyr, David et Gosselin. Normand David et son équipe continuent de réviser les nouvelles éditions.

Pourquoi le guide Peterson est-il bien adapté aux débutants? Les illustrations sont claires, dégagées, presque exagérées au niveau des caractéristiques. Le système de flèche, unique aux guides Peterson, permet au débutant de tout de suite concentrer son attention sur l’élément qui permettra de différencier l’oiseau de ses cousins.

Le Peterson n’est pas parfait, rien ne l’est… Les observateurs expérimentés lui reprochent de ne pas accorder suffisamment d’espace aux oiseaux d’automne, si difficiles à identifier. On lui reproche aussi le fait que les illustrations «exagèrent» les caractéristiques. Mais ce sont justement ces reproches qui rendent ce guide idéal pour le débutant. Et si vous demandez aux amateurs, aux experts, avec quel guide ils ont débuté, tous sans exception vous diront que c’est avec le Peterson.

Une fois que le débutant aura accumulé beaucoup de semaines, de mois et d’années d’observations, il souhaitera possiblement un deuxième guide qui permettra de mieux identifier certains oiseaux plus difficiles. C’est alors qu’un deuxième guide, le Sibley, devient intéressant.

David Sibley est un autre artiste peintre de grand talent qui depuis 30 ans publie des guides qui prennent la relève des guides Peterson. Ici, on retrouve beaucoup moins d’illustrations de mâles en apparat nuptial, mais on y voit abondamment les femelles en plumage d’automne. C’est le standard utilisé par tous les amateurs d’expérience.

Il est fréquent de débuter la saison avec le guide Peterson. Certains, dont je suis, oublient pendant l’hiver les caractéristiques des 25 espèces de parulines qui reviennent au printemps. Peterson n’oublie pas.

En cours d’été, le Sibley est de plus en plus consulté, pour finalement prendre toute la place à l’automne.

Depuis les années 90, de nombreux auteurs québécois ont produit d’excellents guides qui permettent d’identifier les oiseaux du Québec. Ces guides utilisent des photos pour illustrer les oiseaux. Pour le débutant, il est plus facile de reconnaître correctement et rapidement un oiseau avec la reproduction en peinture de l’oiseau, car l’artiste a pris soin de mettre en évidence les caractéristiques d’identifications.

Les guides utilisant des photos sont toutefois intéressants comme référence d’appoint.

La nomenclature des oiseaux est revue à une fréquence régulière. Les classifications changent, même les noms d’oiseaux. Depuis longtemps ont disparu des guides les noms : pinson, fauvette, huart, etc. Les cartes de répartition des oiseaux évoluent aussi beaucoup, en fonction du réchauffement climatique. Les guides sont réédités régulièrement pour tenir compte de ces changements.

Bonnes observations.

MPC


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Guide pour débutant.
Comment voir puis identifier un oiseau?
Les jumelles.

Chronique de la semaine du 17 octobre 2022

Récemment, le comédien et imitateur bien connu Pierre Verville nous a rendu visite au Domaine Forget. Grand amateur d’oiseaux, il a livré une conférence intéressante sur l’activité très populaire qu’est devenue l’observation des oiseaux.

À la fin de sa présentation, il a répondu aux questions des 80 personnes présentes. La grande majorité des questions concernaient l’équipement requis pour se lancer dans l’aventure qu’est l’observation des oiseaux.

Je profite donc de cette chronique pour revenir spécifiquement sur ce sujet qui intéresse de plus en plus de personnes.

Il est possible de se lancer dans l’aventure avec un minimum d’équipement: des jumelles et un livre. Et il n’est pas requis de dépenser une fortune non plus.

Débutons par les jumelles. Nous verrons les guides dans la prochaine chronique.

Les jumelles.


Jumelles et guide
Observateur avec ses jumelles
La jumelle et le guide constituent les deux seuls outils qui permettent de s’adonner à l’observation des oiseaux.
Ce sont des centaines de millions de personnes dans le monde qui s’adonnent à cette activité. Il est facile d'en faire autant.

Lorsqu’on se retrouve devant un comptoir qui présente à l’acheteur près de 25 modèles de jumelles, il est normal d’être intimidé. Les prix varient de quelques centaines à plusieurs milliers de dollars. Elles sont presque toutes vertes, semblent assez semblables, et affichent des chiffres : 7-35, 8-32, 8-22, 8-42, 10-42, 10-59, etc.
Comment s’y retrouver ?

Le premier chiffre indique le facteur de rapprochement. Une jumelle 7-35 rapproche 7 fois, une jumelle 10-42 rapproche 10 fois. La très grande majorité des amateurs utilisent un facteur de rapprochement de 8. C’est le standard «passe-partout» qui convient à tout le monde. Ce rapprochement permet de trouver et suivre facilement un oiseau en vol, et de bien identifier les caractéristiques des oiseaux perchés à bonne distance. Si vous voyez la silhouette d’un oiseau à l'œil nu, les jumelles qui rapprochent 8 fois vous permettront d’observer toutes les nuances de son plumage.

Le deuxième chiffre indique, en millimètres, le diamètre de l’extrémité de la lentille. Cette donnée est importante, car elle détermine combien de lumière entrera dans la jumelle et se rendra à l’œil. Plus de lumière permet une meilleure observation. À ce moment, pourquoi pas un diamètre de 50, 60, 100 millimètres? C’est une question de poids, de grosseur pratique de la jumelle, et de coûts. Également, la quantité de lumière qui sera perçue par l'œil est tout de même limitée pendant le jour. Les études ont démontré que lorsque le diamètre de la lentille était environ 5 fois plus important que le facteur de rapprochement, on réunissait les conditions optimales pour produire une jumelle parfaitement adaptée à l’observation des oiseaux. C’est pourquoi les jumelles 8-42 sont les plus utilisées.

Quelle marque choisir, et quelle est la différence entre une 8-42 de 200$ et une 8-42 de 4000$ ? Au risque de déplaire aux experts qui utilisent les jumelles coûtant de milliers de dollars, la réalité est que la différence est, somme toute, assez minime. Depuis 10 ans, la qualité des optiques a considérablement augmenté. Les jumelles à 250$ de 2022 sont très semblables au niveau de la qualité aux jumelles payées 2500$ il y a 15 ans. Oui, il y a des différences que les laboratoires d’optique documentent avec beaucoup de détails. Sous certaines conditions, dans certaines sections des lentilles (sur les côtés), sous certaines conditions de luminosité (au crépuscule). Mais, l’impact de ces nuances pour l’observateur débutant est négligeable.

Les marques ?

Plusieurs fabricants d’optique offrent des jumelles 8-42 «d'entrée de gamme» d’excellente qualité. Nikon et ses séries Monarch et Prostaff, Vortex avec ses Diamondback et ses Crossfire, Celestron Nature DX, finalement la Bushnell Legend.

Cette liste n’est pas exhaustive, mais constitue un bon échantillonnage de jumelles de qualité, offertes par des entreprises reconnues. Elles sont toutes garanties, les Vortex étant même garanties à vie.

En ce qui a trait au prix, prévoyez un budget entre 175$ et 250$. Cela vous permettra d’obtenir une jumelle qui vous accompagnera dans vos observations pour de nombreuses années, et dont vous ne vous lasserez pas.

Au magasin, c’est le confort d’utilisation qui guidera souvent votre choix final. La position de la molette de mise au point, le nombre de révolutions requises pour faire la mise au point, le confort dans la main. Les couvre-lentilles devraient être attachés à chaque lentille afin de ne pas les perdre, la courroie sera large pour ne pas blesser le cou. Les bretelles de support de jumelles constituent une bonne option à considérer si vous faites de longues randonnées, particulièrement en terrain accidenté ou en forêt, car les jumelles demeurent collées près du corps, et le poids est réparti par les courroies sur les 2 épaules.

L’entretien.

On évite de laisser les jumelles exposées au soleil derrière une fenêtre ou sur le tableau de bord de la voiture, et l’on utilise les couvre-lentilles. Pour les nettoyer, comme pour toutes les pièces d’optique, il faut éviter de marquer le verre en frottant sans avoir au préalable pris soin d’enlever toute saleté qui risque d’égratigner le verre.

On s’attache à nos jumelles, fidèles compagnes de tant d’aventures. On ne peut s’en séparer. De bonnes jumelles ne meurent pas, elles sont souvent «réassignées». Je possède et utilise encore mes premières Bushnell achetées il y a 50 ans. Elles demeurent maintenant à la maison, près d’un fauteuil qui fait face aux mangeoires, et servent plusieurs fois par jour. Ma deuxième paire a trouvé une résidence permanente dans le coffre à gant de ma voiture.
Ma troisième est…

Bonnes observations.

MPC

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Ces pics qui nous donnent des maux de tête…

Chronique de la semaine du 3 octobre 2022

Les pics représentent une famille d’oiseaux assez uniques. Surtout insectivores, ils sont présents partout au Canada où se trouvent des arbres, et ils demeurent généralement chez nous toute l’année, ne craignant pas d’affronter les rigueurs de nos hivers.

Il existe au Québec neuf espèces de pics, douze en Amérique du Nord. Charlevoix en accueille sur une base régulière sept : Le Grand Pic, le pic flamboyant, le pic mineur, le pic chevelu, le pic maculé, le pic à dos rayé, et le pic à dos noir.

Deux espèces sont migratrices, soit le pic maculé et le pic flamboyant. Les autres sont observables toute l’année.

Grand pic (dryocopus pileatus)
Pic chevelu (leuconotopicus villosus)
Pic flamboyant (colaptes auratus)
Pic mineur (dryobates pubescens)

Plusieurs espèces de pics se retrouvent dans Charlevoix et sont observables pendant les 4 saisons. L’hiver, un simple bloc de suif, ou un rondin troué rempli de beurre d’arachide accroché près d’une fenêtre vous permettront d’observer ces magnifiques oiseaux du confort de votre maison. Pourquoi s’en priver?

On les rencontre partout où il y a des arbres. Les plus fréquents à nos mangeoires sont le pic mineur et le pic chevelu, dont le plumage est presque identique. L’hiver, ils accepteront volontiers suif et beurre d’arachide. Le pic chevelu possède un bec plus long et est de taille un peu plus imposante. Si les deux espèces ne sont pas côte à côte, il est difficile pour l’amateur de les distinguer.

Le pic flamboyant, avec son croissant rouge caractéristique sur la nuque, peut volontiers s’installer sur votre pelouse, à la recherche de fourmis. Il se nourrit aussi de fruits à l’occasion.

Pendant la belle saison, les pics résidents font des provisions qu’ils cachent un peu partout en forêt, surtout dans les craques des arbres. Les graines d’arbres représentent une grande partie de l’alimentation hivernale, faute d’insectes.

Le son caractéristique du pic qui s’acharne sur un arbre attire toujours l’attention de l’observateur. L’oiseau ainsi occupé à marteler l’arbre avec son bec se laisse assez bien observer. Quelle observation fascinante! Méthodique, le pic fera le tour de l’arbre, de la base jusqu’au sommet, à la recherche de nourriture. S’il s’en prend à un arbre, c’est généralement parce que l’arbre en question est déjà l’hôte d’insectes. Le pic écoute attentivement et décèle facilement les endroits sous l’écorce où se trouvent ses proies. C’est alors qu’il se met à l’œuvre. C’est un travail qu’il faut observer. Les pics utilisent l’ensemble de leur corps pour former des cavités dans les arbres et se nourrir. Les pattes ont une forme particulière qui leur permet de se déplacer et de s’accrocher solidement à l’écorce. La queue est rigide, ce qui permet aux pics de se servir des pattes et de la queue comme d’un solide trépied.

Ils ont besoin de cet appui solide, car ils vont marteler avec force l’arbre afin d’y trouver leur nourriture.

Le mécanisme qui leur permet de frapper pendant toute la journée les arbres les plus résistants est une merveille de l’adaptation naturelle. Le bec possède la forme d’un couteau à bois et très résistant. Un bec normal casserait à la longue. La dureté du bec varie d’une espèce de pic à l’autre, en fonction de l’essence d’arbre fréquenté par les espèces.

Le corps tout entier est mis à contribution afin d’appliquer le maximum de force à chaque impact. La boîte crânienne des pics est très résistante, le cerveau est bien enveloppé par une substance qui absorbe les chocs, et les os à la base de la mâchoire agissent comme amortisseurs. Les narines sont, contrairement aux autres oiseaux, protégées par de petites plumes, un genre de filtre qui intercepte les éclats de bois et le bran de scie. Les yeux, lors des impacts, sont fermés. Une fois que la cavité permet d’accéder aux insectes, c’est une très longue langue, au fonctionnement complexe, qui se met à l’œuvre. À titre d’exemple, la langue du pic chevelu peut atteindre 13 centimètres (5 pouces). Elle se rétracte dans la tête, en contournant l’arrière de l’œil. L’extrémité est collante et en forme d’hameçon, ce qui permet d’explorer les cavités et de capturer facilement tous les insectes qui s’y trouvent.

Finalement, les pics échangent entre eux de différentes façons. Ils ont leurs cris, mais aussi ils communiquent sur de grandes distances en tambourinant sur les arbres. Il ne s’agit pas de creuser une cavité pour se nourrir, mais plutôt d’un message sonore lancé pendant la période de reproduction afin d’attirer l’âme sœur. L’arbre offrant la meilleure sonorité est choisi avec soin afin que le cri du cœur soit entendu le plus loin possible.

Parfois, la meilleure sonorité est obtenue en tambourinant sur le revêtement métallique de la cheminée, au grand désespoir des propriétaires… Consolation : une fois le couple formé, la cheminée sera délaissée.

Le but de cette chronique était d’intéresser les amateurs à observer les pics qui nous entourent. Il existe bien des différences entre les nombreuses espèces de pics. Ce sera pour des chroniques subséquentes.

Bonnes observations.


MPC
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La croisière s’amuse avec les oiseaux.

Chronique de la semaine du 12 septembre 2022

Les vrais amateurs, ceux qui n’hésitent pas à parcourir des centaines, souvent des milliers, de kilomètres pour avoir la chance de «peut-être» observer un nouvel oiseau, n’hésitent pas à investir des sommes importantes pour participer à des croisières pélagiques. Il s’agit de prendre un bateau le matin avec d’autres amateurs pour observer les oiseaux de mer pendant quelques heures. Floride, Texas, New Jersey, Cap Hatteras, Vancouver/Seattle, ce sont toutes des destinations qui permettent de telles sorties en mer.
Mais une telle croisière est également possible dans Charlevoix. Et à un coût fort raisonnable d’environ 8,60 $ de l’heure!
Intéressé?
Il s’agit de la traverse Saint-Siméon/Rivière-du-Loup qui permet aux piétons de faire un aller-retour pour 26 $ (23,80 $ pour les aînés).
Emprunter le traversier en voiture pour se rendre à un rendez-vous sur la rive sud n’est pas la même expérience que de flâner sur le pont du navire, jumelles au cou, pour observer les oiseaux. Et les oiseaux sur le fleuve, ils sont nombreux et intéressants. L’automne est une période particulièrement propice pour observer des raretés qui se déplacent pendant la migration.
Tenté par l’aventure? Voici les recommandations pour faire un succès de votre croisière pélagique dans Charlevoix.

Choisir le bon moment.

Contrairement aux passereaux, les oiseaux de mer ne sont pas actifs seulement tôt le matin ou en fin d’après-midi. Ils volent pendant toute la journée, occupés à se nourrir et à enseigner aux jeunes comment devenir autonomes. Une journée pas trop venteuse ni trop froide assurera un certain confort à l’observateur. Mes plus belles observations ont eu lieu alors que la mer était totalement calme, par des journées sans vent. On observe alors facilement les petits oiseaux de mer qui nagent à la surface du fleuve, avant de plonger puis réapparaître un peu plus loin avec un air satisfait. Donc, surveillez la météo et, si possible, optez pour une journée sans vent.

Les espèces à surveiller.

Eider à duvetLors du passage entre l’Île aux Fraises et l’Île aux Lièvres, c’est par centaines que les eiders à duvet seront regroupés près des rives des îles. Il n’est pas rare d’y voir l’eider à tête grise, majestueux. Les guillemots à miroir abondent, les macreuses, de même que les guillemots marmettes. On y voit l’occasionnel mergule nain et le petit pingouin, surtout par mer calme. Les cormorans à aigrettes sont omniprésents, volant comme des flèches. Le grand cormoran, plus rare, est tout de même présent.

Les goélands seront au rendez-vous, et en grand nombre. Becs cerclés, argentés, bruns, marins. Ils vont souvent suivre le traversier, volant au niveau du pont, offrant de merveilleuses opportunités de les observer et de les photographier. À l’automne, les labbes sont présents. Ces oiseaux nous fréquentent surtout l’automne, arrivant du golfe Saint-Laurent. Ainsi le labbe parasite et le labbe pomarin sont régulièrement observés, surtout au large du quai de Saint-Siméon. On y voit même le labbe à longue queue à l’automne. Si vous remarquez un mouvement de panique dans une colonie de goélands, regardez autour. Le labbe est en chasse.

Goéland argenté
Fou de bassan
Macareux
Sterne

En croisière, on observe surtout les oiseaux au vol, et bien souvent ils planent doucement à la hauteur de l’observateur. L’expérience est très différente de l’observation au sol.


Un autre oiseau observé très régulièrement, cette fois du côté de Rivière-du-Loup, est le fou de Bassan, ce célèbre résident estival de l’île Bonaventure en Gaspésie. Plusieurs disent que les fous de l’île doivent parcourir des distances de plus en plus grandes pour trouver de la nourriture. La réalité est probablement plus simple : une petite colonie niche probablement chaque été sur le Saint-Laurent sur les rochers entre l’île aux Coudres et la Rive-Sud. Vous avez admiré le macareux moine, ce fameux perroquet des mers, près de Mingan. Il fréquente nos eaux vers la fin septembre, jusqu’à la mi-octobre.

L’équipement requis.

Pour débuter, laissez le trépied et le télescope à la maison. Le traversier est propulsé par d’immenses moteurs qui transmettent une vibration à l’ensemble du bateau, rendant impossible toute utilisation d’un télescope sur un trépied. Les jumelles 8x et même 10 x sont idéales.
Pour la photographie, une lentille zoom de 200 à 400 mm ou plus est de mise si vous pouvez l’utiliser à main levée. Idéalement, un appareil doté d’un capteur stabilisé vous aidera à obtenir des images impeccables. Peaufinez vos réglages avant votre croisière si vous voulez éviter de revenir avec des centaines de photos d’oiseaux sous-exposées.

Apportez des vêtements chauds! La température sur le fleuve est très différente de celle sur la terre ferme. Les eaux froides du fleuve, combinées au vent léger produit par la vitesse du bateau, rendent une longue observation sur le pont inconfortable si vous n’êtes pas suffisamment vêtus. L’arrière du traversier, du côté sous le vent, permet de s’abriter et de se réchauffer.
Évidemment, la cafétéria du traversier offre des repas chauds et un bon café.
Alors si vous souhaitez ajouter un peu de diversité dans vos observations d’oiseaux, et êtes à la recherche d’un nouvel environnement, la traverse de Saint-Siméon vous attend. Vous ne serez pas déçus.

MPC

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La bernache du Canada :
«la mal-aimée qui revient de loin».


Chronique de la semaine du 15 août 2022

Qui ne connaît pas la bernache du Canada, communément nommée outarde ? L’oiseau est imposant, plus gros qu’un canard. En vol, il peut faire 1,75 m lorsque ses ailes sont déployées, et pèse six kilos. Il se déplace en groupe lors des migrations, adoptant le V caractéristique dans le ciel, ce qui permet au groupe de ménager de l’énergie en se relayant continuellement en tête de peloton.

Elles sont bruyantes les bernaches, et on les entend bien avant de les voir dans le ciel. Leur fameux a-honk/ a-honk/ hink incessant ne manque jamais de nous réjouir au printemps, car annonciateur de la belle saison. Fait à noter : le a-honk /a-honk est émis par le mâle, le hink est émis par la femelle, dans une harmonie parfaite qui fait penser qu’il s’agit du cri du même individu.



Depuis quelques décennies, le statut de la bernache du Canada fait l’objet de beaucoup de discussions animées dans la population. L’apparente surabondance de cette espèce indispose bien des gens qui demandent que la population de notre outarde soit contrôlée. Comment en est-on venu là ? Comment cet oiseau symbolique pour bien des Canadiens est-il devenu la cible de tant de critiques ?

Un peu d’histoire… Nos outardes voyaient leur population baisser de façon importante et inquiétante il y a quelques décennies. Un peu comme l’oie blanche.

Différentes mesures de conservation, notamment la réintroduction d’oiseaux et des restrictions importantes sur la chasse, ont permis à l’oiseau d’effectuer un retour. Et quel retour! En environ 25 ans, la population a augmenté de 300 %. La protection accordée à cette espèce lui a permis de venir s’établir près des régions habitées, n’étant plus inquiété par la chasse. C’est ainsi que cet oiseau fort intelligent s’est établi dans nos parcs publics et sur les terrains de golf, s’accommodant fort bien de la présence humaine.

Fait important à noter : la population de bernache demeure assez stable dans le Grand Nord, et fait toujours l’objet d’une surveillance étroite. L’augmentation est le fait des zones habitées.


La bernache du Canada est facile à reconnaître. La tête, le bec et le cou sont noirs, avec un genre de mentonnière blanche qui se prolonge sur les deux joues. Le dessous du corps est clair, le dessus grisonnant, le bout de la queue est noir.
Elle se nourrit de plantes aquatiques et de grain dans les champs.

Un oiseau de cette taille laisse sa marque çà et là. Plusieurs centaines de bernaches font plus que laisser leur marque, elles peuvent rendre l’endroit fort peu accueillant.

Il suffit d’un parc avec un plan d’eau à proximité pour que le couple, uni pour la vie, décide de s’y établir. Un nid de 35 à 50 cm est bâti sur le bord de l’eau au moyen de quenouilles, d’herbes et de plumes. La femelle va pondre son premier œuf moins d’une heure après que le nid ait été terminé. Elle pond un œuf par jour pendant cinq jours, et ne commence à couver que lorsque le dernier œuf est pondu. La couvaison dure 28 jours et demeure le monopole de la femelle. Cette dernière quitte le nid quotidiennement pour aller se nourrir. Elle est parfois accompagnée du mâle lors de ses sorties, mais ce dernier demeure souvent près du nid afin de le protéger. Car la bernache du Canada défend très bien son territoire, qui consiste généralement en ¼ d’acre. Elle n’hésite pas à engager le combat avec d’autres bernaches lors de la période de nidification, et ne recule devant aucun prédateur, incluant le renard et l’homme. Les joueurs de golf qui s’aventurent en territoire des bernaches pour retrouver une balle égarée se ravisent rapidement et décident souvent de perdre un coup!



Après l’éclosion, il ne faut que quelques heures avant que les jeunes ne puissent se déplacer, marcher, nager. Ils suivent les parents partout. La notion de défense de territoire face aux autres bernaches disparaît alors presque totalement. Les parents intimident un autre couple qui s’approche trop des petits, sans plus.

Dans les parcs publics, l’oiseau garde parfois son esprit territorial et peut s’avérer insistant afin que vous alliez manger votre pique-nique un peu plus loin.

Mais c’est une bonne occasion pour observer d’assez près le comportement social de la bernache. Mouvements de tête, cris de toutes sortes, danses, l’interaction entre les bernaches est variée et intéressante. Nul besoin d’être à l’affût pendant des heures, le spectacle se déroule devant nous. Et cette intrusion de l’observateur dans la vie privée de la bernache peut durer jusqu’à l’automne. Les jeunes ont grandi à une vitesse phénoménale, ont effectué leurs premiers vols devant vous, et ressemblent beaucoup aux parents.

Bien sûr, vous êtes en mesure de les différencier, car vous les avez observés tout l’été, et c’est avec un léger pincement de cœur qu’un matin vous vous rendez compte qu’ils sont partis.

Mais ils reviendront au printemps, annonçant leur retour avec leur a-honk/ a-honk/ hink…. Vous tournerez votre regard vers le ciel, et vous sourirez…


MPC

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La bande des bleus, le geai.

Chronique du 2 août 2022

Il ne passe jamais inaperçu, le geai bleu.

Bruyant, tapageur, gai, fanfaron, coquin, chapardeur, voici les qualificatifs que l’on attribue souvent au geai bleu. À juste raison d’ailleurs. Il se déplace souvent en groupe, et les cris de la joyeuse bande informent tout l’entourage de leur présence. De la taille d’un merle d’Amérique, membre de la famille des corvidés (corneilles, pies et corbeaux), c’est un joyeux luron qui possède des talents d’imitateurs. Il reproduit facilement et souvent les cris d’autres oiseaux et mammifères. Il se plaît à imiter le cri de chasse du faucon émerillon et de l’épervier, ce qui, bien évidemment, sème la terreur chez les oiseaux et animaux qui fréquentent les buissons. Entre eux, les membres de la bande s’échangent continuellement des cris rauques variés, ressemblant à un bavardage continu, rendant leur présence connue.


Le geai bleu raffole des cacahuètes. Vous aurez un ami pour la vie!
Il accepte toutefois volontiers les graines de tournesol, surtout si elles sont offertes sur un plateau.

Plusieurs demeurent avec nous toute l’année, et ils visiteront assidûment votre mangeoire si vous leur offrez des cacahuètes. C’est un migrateur «léger», qui ne se déplacera que de quelques centaines de kilomètres plus au sud pendant l’hiver.

Ils peuvent vivre 15 ans. Il y a donc de fortes chances que les geais bleus qui fréquentent votre mangeoire, année après année, soient toujours les mêmes. On les retrouve toutefois partout en Amérique du Nord, sauf dans les grandes prairies. Ils se déplacent peu, étant assez sédentaires.

Le plumage est spectaculaire. D’un bleu éclatant, le manteau, les ailes et la queue sont parsemés de points noirs et blancs, contrastant avec des bandes alaires et un poitrail blancs. La huppe est portée fièrement et très visible selon l’humeur du moment. En réalité, le plumage n’est pas bleu, car cette pigmentation n’existe pas chez les oiseaux. Mais la réfraction de la lumière sur la structure des plumes produit un reflet d’un bleu profond. Si vous trouvez une plume de geai bleu, il suffit de la froisser un peu pour que le bleu disparaisse.

Son alimentation est variée, presque omnivore. Graines, fruits sauvages, glands, céréales, nymphes, insectes variés, plantes et parfois même un œuf ou un oisillon dans un nid découvert lorsqu’il vagabonde dans la forêt. Comme mentionné plus haut, une mangeoire à cacahuètes, ou un plateau sur lequel on verse cette nourriture vous assureront que la bande viendra bruyamment vous visiter tous les jours. Et lorsque les cacahuètes viennent à manquer, les protestations vocales seront nombreuses.


Malgré ces comportements assez débordants, le geai bleu mène une vie de couple très rangée et discrète. La période de séduction est courte. Le mâle accompagne partout la femelle qui lui a signifié son accord pour la saison. Le nid sera solide, environ 20 centimètres de diamètre, souvent construit de brindilles fraîches. Il sera situé dans un arbre, de 3 à 10 mètres du sol. Le couple débute la construction de plusieurs nids avant de finaliser leur choix. Cela fait partie du rituel nuptial. Les œufs arrivent au rythme d’un par jour pendant 5 à 6 jours. La femelle couve, le mâle la nourrit. Plus tard, il accompagnera la femelle pour nourrir la petite famille. Pendant toute cette période, le couple est très discret, presque silencieux. Le geai est prudent, ne vole jamais directement au nid, se pose à proximité afin de s’assurer que nul prédateur n’est présent. Il se posera au bas de l’arbre abritant la famille et sautera graduellement d’une branche à l’autre pour se rendre au nid, rien de précipité. Discret, mais courageux. Il n’hésite pas à défendre son nid vigoureusement contre des oiseaux plus costaux ou des écureuils.

Pendant l’été, le geai bleu mue. Il n’est pas rare d’observer un geai bleu qui tente de laisser les fourmis pénétrer sous ses ailes. Ce comportement s’appelle le «formicage». Les biologistes ne savent pas vraiment pourquoi, mais il est possible que ce soit pour apaiser l’inconfort causé par les nouvelles plumes qui repoussent sur son corps.

L’automne venu, après la période de reproduction, les petites bandes se forment et deviennent plus visibles et bruyantes. Un bel oiseau qu’il faut apprécier et admirer au cours de nos 4 saisons.

Bonnes observations.

NOTE SUR L'OBSERVATION DES OISEAUX AU COEUR DE L'ÉTÉ:

Le milieu de l’été est une période un peu moins propice à l’observation des oiseaux, principalement en forêt. C’est la période de reproduction, les petits sont vulnérables, les parents sont discrets. On peut alors profiter de cette période pour se tourner vers le fleuve. Les oiseaux de rivage et de mer sont nombreux, visibles et très actifs. Il est facile d’observer nos eiders à duvet se promener sur l’eau avec parfois une vingtaine de petits qui les suivent. Ça ressemble drôlement à une sortie de CPE. Bientôt, vers la mi-août, la période de migration va débuter pour plusieurs espèces, pour se poursuivre pendant 2 mois. À vos jumelles!


MPC
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Un rayon de soleil dans nos mangeoires :
le chardonneret !



Chronique du 19 juillet 2022

Même si nos étés sont parfois maussades, un oiseau réussit toujours à percer la grisaille et nous réjouir avec son plumage ressemblant à un rayon de soleil.

Il s’agit du chardonneret jaune, et il porte bien son nom. Son plumage jaune éclatant, contrasté par des ailes et un capuchon noirs, affichant un bec orange, le rend immédiatement identifiable. Quant au chardon, ce sont les graines de cette plante abondante qui constituent son alimentation préférée et qui lui ont donné son nom.

Autrefois, on l’appelait familièrement le serin jaune.



Comment ne pas reconnaître ce joyeux compagnon de nos mangeoires.
Le plumage caractéristique du mâle durera tout l’été, pour notre plus grand plaisir.

Il est commun chez nous, et fréquente volontiers nos mangeoires et nos jardins.

Il aime se déplacer en bande. Le vol ondulé de la bande est joyeux et bruyant. On dirait presque qu’ils sautent continuellement sur une trampoline. Les individus chantent continuellement un gazouillis qui ressemble à «ti-di-di».

C’est un granivore, avec un bec pointu lui permettant d’extraire les graines de chardon. Il s’accommode toutefois très bien des graines de tournesol. Si les deux graines lui sont proposées, il videra la mangeoire de chardon avant même de regarder le tournesol.

Mesurant environ 11 à 13 cm, il arrive chez nous vers la fin du printemps. Fait à noter, il est de plus en plus fréquent que quelques bandes de chardonnerets passent l’hiver chez nous. La popularité des mangeoires joue certainement un rôle dans ce phénomène.

Mais son plumage est plus terne pendant l’hiver, le mâle et la femelle étant à peu près identiques pendant cette période. C’est vers la fin du printemps que le mâle va muer et revêtir son plumage nuptial caractéristique et assez spectaculaire.

La période des amours, contrairement aux autres passereaux, débute plus tardivement, pour notre plus grand plaisir. Pendant les mois de juin et juillet, le mâle tente de séduire sa muse par différents vols ayant comme objectif de l’impressionner. Il n’hésite pas à se chamailler avec les autres mâles afin de gagner la faveur de la femelle. L’accouplement se produit vers la fin juillet.

Le couple construit son nid dans un buisson ou un arbre pas trop gros, souvent dans un boisé dégagé longeant un champ, car le chardonneret n’aime pas la forêt.

La femelle construit, le mâle apporte les matériaux. On retrouve généralement de 4 à 6 œufs dans un nid assez confortable. La femelle est la seule à assurer la couvaison qui dure 2 semaines. Le mâle lui apporte de la nourriture continuellement. Après l’éclosion, le couple s’occupe de nourrir les petits. Fait à noter, les parents mangent des graines et des chenilles qu’ils vont partiellement digérer, et vont régurgiter une pâte brune très riche en protéines pour nourrir les oisillons.

Les graines de chardon constituant une nourriture très riche et abondante à la fin de l’été, les scientifiques concluent que l’espèce s’accouple plus tardivement afin de faire coïncider la naissance des oisillons au moment où le chardon est abondant.

Les petits quittent le nid après 2 semaines, vers la mi-septembre.

À ce moment, les adultes retournent à leur vagabondage nonchalant, alors que le plumage des mâles perd son éclat et redevient d’une teinte plus brunâtre et jaune pâle. Même si un bon nombre de chardonnerets nous quittent pour passer l’hiver loin de la neige, il est de plus en plus fréquent de les apercevoir à nos mangeoires pendant l’hiver. La population des chardonnerets, selon les derniers recensements, est stable. L’oiseau vit en moyenne 8 ans. L’espèce n’est pas menacée, son principal prédateur étant le chat domestique.

De bonnes nouvelles, pour notre grand plaisir.


MPC
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Le phare de Charlevoix : l’Île aux Coudres.

Chronique du 5 juillet 2022

Pour les oiseaux qui arrivent dans Charlevoix, ou qui quittent à l’automne, certains reliefs géographiques guident leurs déplacements. Bien ancrée au milieu du fleuve, là où le cours d’eau tranquille devient mer, l’île aux Coudres agit comme un phare pour les oiseaux. Si cet amer traditionnel avise les navires de dangers imminents, l’Île aux Coudres est plutôt rassurante et invitante pour les oiseaux.

Dans notre coin de pays, l’île aux Coudres occupe une place privilégiée. Paradis du tourisme l’été, elle redevient un havre de paix pour les insulaires, le reste de l’année. Pour les oiseaux qui doivent traverser le fleuve au printemps à la tombée du jour, la distance d’environ 14 à 20 kilomètres selon l’endroit où l’on traverse entre Québec et Tadoussac demeure un défi, surtout après plusieurs heures de vol. Le défi est d’autant plus grand lorsqu’un vent contraire se lève. Un arrêt sur l’île est attrayant. L’île est relativement plate, avec un couvert forestier important et invitant pour les passereaux. Les oiseaux de rivage sont aussi attirés par des zones d’estran vastes qui entourent l’île, avec peu d’habitations qui viendront déranger leur repos. À l’automne, l’île constitue une halte intéressante pour faire le plein d’énergie et attendre les vents favorables pour entreprendre le périple vers la chaleur.

Une tournée d’observation des oiseaux à l’île aux Coudres se planifie. Les horaires du traversier dictent les moments d’arrivée et de retour. Même si le tour de l’île peut paraître assez court, les nombreux points d’observation risquent fort de prendre beaucoup de temps. Le meilleur moment pour voir le maximum d’oiseaux est probablement lorsque la marée monte, car elle pousse les oiseaux de rivage vers la rive. Eiders, macreuses, canards, goélands, mouettes, cormorans, chevaliers, bécasseaux, la liste est très longue. Au fil des ans, on a observé près de 240 espèces d’oiseaux sur l’île. Et il y a les raretés, qu’on ne retrouve pas souvent dans Charlevoix : Cygnes, eider à tête grise, râle de Virginie, grue du Canada, courlis corlieu, grand cormoran, grande aigrette, autour des palombes, harfang des neiges, même l’hirondelle à front brun, venue du Mexique, poussée par les vents de tempête.

Pour visiter, il n’y a qu’une route qui fait le tour de l’île, le chemin des Coudriers. Il est souhaitable de faire le tour dans le sens contraire des aiguilles de la montre, car ainsi on est toujours du côté de la mer. La rive sud permet d’arrêter partout, car l’accotement est large et la circulation très sporadique. Le quai de Saint-Louis et le parc situé devant l’église, à la pointe sud-ouest de l’île, constituent de bons sites d’observation lorsque la mer remonte. Le chemin du côté sud-est réserve toujours des surprises du côté mer. On y observe régulièrement, au large, le fou de Bassan.

Mais il ne faut pas négliger, à chaque arrêt, d’explorer les arbres et bosquets situés de l’autre côté du chemin. Les passereaux y abondent. En mai, on y a observé, au cours des années, 2 douzaines d’espèces de parulines. Les secteurs de La Baleine et de la Roche pleureuse sont particulièrement intéressants, car assez boisés.

Des mises en garde s’imposent toutefois : il vente sur l’île, prévoyez emporter de bons vêtements. Et il y a beaucoup de cyclistes l’été, il faut rouler lentement et leur laisser beaucoup d’espace.

Le milieu de l’île fut longtemps utilisé pour exploiter des tourbières. Pendant quelques générations, on a exploité et exporté par bateau une tourbe de grande qualité. Cette industrie a cessé ses opérations il y a environ 5 ans. Mais les tourbières, maintenant en friche, demeurent un endroit de choix pour y observer de nombreux rapaces. On accède à ce secteur par le chemin de la traverse. Quelques minutes en voiture, mais qui peuvent s’étirer dangereusement selon les observations…

La visite de l’île aux Coudres constitue probablement une drogue douce, à laquelle on devient accro assez rapidement… Il faudra consacrer beaucoup de temps pour combler le besoin.

Gérard Desgagnés, le Coudrier qui aime les oiseaux.

La semaine dernière, j’ai eu le plaisir de visiter Gérard dans son ancien musée dédié à l’histoire de l’Île aux Coudres. Même si le musée, jadis très fréquenté par les touristes, a fermé ses portes depuis déjà bien des années, l’endroit demeure fascinant et empreint de nostalgie. Les collections ont pris le chemin de différents musées aux 4 coins du Québec. Mais le 2e étage demeure intact. Il s’agit de la section dédiée aux oiseaux de l’île et de Charlevoix. D’une grande richesse, ces pièces n’attendent qu’une opportunité pour revivre.






MPC

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L’hirondelle à front blanc

Chronique du 22 juin 2022

«L’été, c’est beaucoup le temps des hirondelles.»

Si, comme le veut le dicton, une hirondelle ne fait pas le printemps, des centaines d’hirondelles font certainement l’été.

Et l’hirondelle à front blanc fait partie du paysage aviaire du Québec lors de la belle saison.

Présente partout au Québec, on la retrouve surtout à la campagne, parfois dans les parcs urbains.

Facilement reconnaissable par la tache blanc crème qu’elle porte sur le front, elle niche généralement en colonies souvent importantes. Le mâle et la femelle sont semblables : tête noire, bande rousse autour du cou, croupion orangé, plumage des ailes assez noir avec de forts reflets bleutés, poitrine un peu plus pâle

Leur vol est chaotique, car elles attrapent constamment des insectes en vol, avec une adresse remarquable. Leur queue courte et carrée est parfaitement adaptée à ces vols acrobatiques. Le son est indescriptible, des cliquetis aigus et constants.

Et cette espèce d’hirondelle ne craint pas l’homme. Bien au contraire, elle n’hésite pas à utiliser les dessous de corniches des maisons et bâtiments de ferme pour y construire leur nid, de même que le dessous des grosses infrastructures comme les ponts. Ce nid est formé de boue patiemment récoltée par le mâle aux abords des bâtiments, et est fixé aux murs juste sous les corniches, afin de le protéger de la pluie. Le couple collabore pour la construction, une fois que la base du nid est en place. La boue devient compacte en séchant. Le nid prend une forme assez arrondie, parfois de la grosseur d’un ballon de soccer, avec sur le devant un trou permettant l’accès.

Il est robuste ce nid, et résistera aux assauts du vent, de la neige et du gel. Les hirondelles vont réutiliser ce nid année après année, y apportant facilement les travaux de réparation au besoin. La boue n’est jamais loin, et leur talent de maçon est sans limite. Et le nid est rarement seul. Il n’est pas rare de voir une dizaine, voire des centaines parfois, de nids bien collés aux corniches, les uns à côté des autres.

L’hirondelle à front blanc est un maçon extraordinaire. Il en faut de becs remplis de boue pour bâtir un nid! Heureusement, les hirondelles réutilisent souvent les nids des années précédentes.

L’hirondelle à front blanc se reproduit d’avril jusqu’au mois d’août. Après l’accouplement, la femelle pondra de 4 à 5 œufs que les deux parents vont couver en alternance pendant 2 semaines. L’éducation des hirondeaux dure quelques semaines et est partagée également par le couple. Après 24 jours, les hirondeaux se perchent en grand nombre sur les fils, et les parents les nourrissent en alternance. Ils reconnaissent leurs rejetons aux cris.

La population de l’hirondelle est en déclin depuis 40 ans. Elle semble avoir baissé de près de 80 %. La diminution des insectes comme source de nourriture, ainsi que la compétition assez farouche avec le moineau domestique, semblent être les causes principales du déclin. La population est actuellement assez stable.

Au Canada, l’espèce est protégée par la loi concernant les oiseaux migrateurs. La destruction des nids, des œufs, des oisillons et des adultes risque d’entraîner des amendes salées. Certains propriétaires canadiens ont reçu des amendes de plusieurs milliers de dollars pour avoir détruit des nids.

Cela pose problème parfois pour certains qui voient leurs corniches occupées par ces oiseaux. Que faire lorsque les nids se situent sur des bâtiments secondaires : il faut simplement se féliciter d’avoir été choisi, car le spectacle de ces parents travailleurs qui élèvent leur petite famille est très divertissant. Et les hirondelles à front blanc se nourrissent d’insectes qu’elles attrapent en vol, ce qui rend service à l’homme.

Mais, si le nid est construit en un endroit plus embêtant pour le propriétaire? On ne peut rien faire à court terme. Les Européens installent des planches sous les nids afin de garder le sol plus propre. Il me semble qu’ils déplacent le problème, mais ce peut être une solution au-dessus d’un endroit passant.

Lorsque les hirondelles ont pondu, il faut attendre la fin de la saison pour détruire le nid. Pour éviter que les hirondelles ne reviennent construire un nid l’année suivante au même endroit, il suffit de suspendre un léger filet pour bloquer l’accès aux corniches invitantes. Elles iront bâtir plus loin. Lorsqu’elles seront bien établies ailleurs et que la saison de nidification est bien entamée, on enlève les filets.

L’hirondelle à front blanc nous arrive généralement au mois de mai, et ne repart qu’à la fin de l’été. Elle fait partie intégrante de notre paysage aviaire qui est de plus en plus menacé de disparaître.

Profitons de leur présence et, si possible, donnons-leur un coup de main.

Bonnes observations.

MPC


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L’embouchure de la rivière Jean-Noël
à Saint-Irénée

Chronique de la semaine du 5 juin 2022

«Un endroit exceptionnel, tous les jours de l’année.»

Depuis un an que la chronique est publiée, j’ai écrit à maintes reprises mon admiration pour le parc du «Parcours des berges» de Clermont. Ce site a le potentiel de devenir le point central de l’observation des oiseaux dans Charlevoix. Cela fera l’objet d’une autre rubrique, plus tard.

Le site charlevoisien par excellence, reconnu par tous depuis des dizaines d’années, est situé à Saint-Irénée, au bout de la plage, là où la rivière Jean Noël se jette dans le fleuve. On y a observé plus de 150 espèces différentes au cours des ans. C’est beaucoup pour un bord de mer. Beaucoup…

La rencontre entre l’eau douce et l’eau salée amène plusieurs avantages pour les oiseaux. L’endroit devient un garde-manger important pour les oiseaux de rivage, une source d’alimentation infinie. Plancton, poissons, crustacés. Et le courant de la rivière est suffisant pour maintenir une zone sans glace assez importante malgré les froids les plus mordants de l’hiver.

Il n’est donc pas surprenant que les laridés affectionnent cet endroit. Les goélands, mouettes et sternes font partie de cette famille, et ils abondent à Saint-Irénée.

Mais ils ne sont pas seuls : les eiders à duvet, une grande variété de canards, macreuses, grèbes, bécasseaux et chevaliers, labbes, harles, fuligules, huards, garrots y sont toujours présents. Pour les observer, il suffit de stationner sa voiture au bout de la route longeant la plage, près de la rivière. Vous descendez de votre véhicule, traversez avec prudence la voie ferrée située à quelques mètres, et vous levez vos jumelles. S’il pleut, ou fait -40 C, vous demeurez dans votre voiture et baissez un peu la vitre du côté passager. Pas compliqué…

Les périodes de migration réservent toujours des surprises. Il y a quelques jours, on y observait 300 mouettes de Bonaparte, en route pour des territoires de nidifications situées au nord. Le garrot d’Islande, dont la population est précaire, passe ses hivers à Saint-Irénée, en bandes de plus de 50 individus, avant de retourner nicher dans les muskegs de la côte nord au mois de mai. Il revient toujours en novembre.

L’endroit est aussi reconnu pour ses raretés : eider à tête grise, cygne, Fou de Bassan, macareux moine, petit pingouin, mouette pygmée, mouette atricille, goéland brun, la liste est longue, très longue. Il semble que le réchauffement climatique amène de plus en plus fréquemment des raretés, ou simplement que nous avons plus d’observateurs, qui sait?

Mosaïque d'oiseaux rivière Jean-Noël
Avec plus de 150 espèces d’oiseaux observées à l’embouchure de la rivière Jean Noël, la difficulté principale est de ne pas être trop distrait par tout ce qui bouge autour de vous.


Depuis quelque temps, la zone d’estran située au nord de la plage est de plus en plus observée par les amateurs. C’est dans cette zone qu’on verra un nombre important de cormorans à aigrettes, se faisant sécher les ailes, bien tassés sur les rochers qui émergent à mer basse. Le grand cormoran s’y observe également régulièrement. Les grands hérons bleus abondent, parfois accompagnés d’un bihoreau. Si l’observateur pointe ses jumelles vers la falaise située derrière lui, il verra probablement le corbeau. En levant les yeux, l’été, de nombreux urubus à tête rouge planent doucement, à l’affût d’une carcasse. Avec un peu de chance, le pygargue à tête blanche fera sa tournée journalière pendant votre visite. Si vous observez un mouvement de panique chez les goélands, regardez autour. L’aigle arrive. Les goélands l’ont aperçu bien avant vous.

Et si vous passez suffisamment de temps dans ce secteur, vous verrez en juillet le faucon pèlerin surprendre sa proie, plongeant de très haut dans le ciel. Ça ne dure que quelques secondes, mais le souvenir d’une telle scène est éternel.

Si vous comptez visiter la zone d’estran, de bonnes bottes seront appréciées. Encore mieux, des bottes de caoutchouc vous permettent d’aller jouer dans les flaques d’eau au lieu de les contourner, si vous avez encore un cœur d’enfant.

Après votre sortie, la cantine Chez Ginette pourra combler une rage alimentaire. Et la municipalité a un projet de toilettes publiques qui devrait se réaliser bientôt.

Donc, la prochaine fois que vous voudrez observer des oiseaux sans dépenser trop d’énergie, allez faire un tour à Saint-Irénée. Vous y reviendrez souvent.

Bonnes observations !

MPC


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Si j’étais un oiseau, je voudrais être un aigle!

Chronique de la semaine du 29 mai 2022

J’aime beaucoup l’aigle à tête blanche. J’aime moins son nouveau nom, le «pygargue», mais bon, c’est probablement un problème de génération.

Pour bien des gens, l’oiseau que nos voisins américains ont adopté comme emblème aviaire représente une observation qui n’est jamais banale.

Si vous vivez en Alaska ou en Colombie-Britannique, l’oiseau y est commun. Les grands rassemblements de ces rapaces majestueux, particulièrement le long des côtes et des rivières en période de remontée du saumon, ne laissent personne indifférent. Lorsque c’est par dizaines que ces oiseaux nous entourent quotidiennement, on s’habitue.

La situation est fort différente de ce côté du continent. Certes, le pygargue est présent un peu partout, mais sa présence est beaucoup plus discrète. Au milieu des années 70, sa survie était sérieusement remise en question. Initialement, il fut victime de la chasse, puis de l’usage de certains pesticides, notamment le DDT autour du golfe du Mexique. En tentant de contrôler les moustiques, l’effet du DDT remontait la chaîne alimentaire (plancton, poisson, mammifère, aigle). Sa toxicité destructrice augmentait à chaque transfert d’espèce animale et empêchait finalement l’oiseau de se reproduire en fragilisant les coquilles de l’œuf qui ne résistait pas à la période de couvaison. Heureusement que les lois ont mis fin à l’usage de ces pratiques de chasse et à l’usage de ces produits. Le pygargue a effectué depuis un retour. Il ne constitue plus une espèce menacée de disparition, mais demeure sous surveillance.

L’oiseau est le plus grand oiseau d’Amérique, avec plus de deux mètres d’envergure d’ailes. C’est à l’âge de 4 ans que les adultes arborent leur tête blanche. Avant, ils sont généralement foncés, bruns/noirs, souvent tachetés, avec un bec, des pattes et les yeux d’un jaune distinctif et caractéristique.

Pygargue à tête blanche en vol

Avant l’âge de 4 ans, le pygargue est assez foncé, sans tête blanche. Pattes, bec et yeux sont jaunes.

Dans Charlevoix, on le voit un peu partout, mais peu souvent. Si vous pensez avoir aperçu un aigle royal, car il avait la tête foncée, c’était fort probablement un pygargue juvénile.

Son nid, énorme, fait plus de deux mètres de diamètre et un mètre de hauteur. Il est bien ancré dans les branches d’un solide pin ou sur une falaise, et est composé de branches et brindilles. Lorsqu’on découvre un tel nid, il est impossible de le confondre avec le nid d’une autre espèce. Au centre du nid se trouve une cavité douillette où la femelle pond et couve 2 ou 3 œufs pendant 5 semaines. C’est le mâle, légèrement plus petit que la femelle, qui assure son alimentation pendant la période de couvaison. Une fois que les aiglons sont nés, mâle et femelle les nourrissent. Les jeunes prendront leur envol environ 17 semaines après la ponte.

Le nid du pygargue

Le nid du pygargue est énorme, et réutilisé année après année. L’oiseau nous quitte pendant l’hiver pour se rendre à des endroits où l’eau ne gèle pas, afin de se nourrir plus facilement. Il est de retour tôt au printemps.

Le couple.

Un pygargue peut vivre 50 ans en captivité, mais beaucoup moins dans la nature. Les risques sont nombreux : collision ou électrocution sur les pylônes électriques, chasse illégale, empoisonnement au plomb, après avoir mangé du petit gibier blessé ou mort. Il s’accouple généralement pour la vie. Un autre partenaire n’est requis qu’en cas de décès, ou lorsque le couple n’arrive pas à produire de rejeton.

Chasseur solitaire, il plane majestueusement près des falaises, et longe la rive du Saint-Laurent, à l’affût de nourriture, souvent des poissons morts ou des petits mammifères morts ou malades.

Le regard perçant du Pygargue

Regard perçant, terrifiant si vous êtes une souris.

Son vol est lent et puissant. L’oiseau dégage une image de confiance, de force, de calme, d’assurance.

Si vous avez la chance d’observer de près le passage d’un aigle à tête blanche et que vos regards se croisent, vous n’oublierez jamais l’œil perçant du chasseur, et vous serez reconnaissant à ce moment de ne pas être un petit mammifère….

Bonnes observations!

MPC

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Sur la route, avec les oiseaux

Chronique de la semaine du 15 mai 2022

L’observation des oiseaux est une activité qui devient rapidement, pour plusieurs, une habitude de vie, un réflexe, même une forme de thérapie bienfaisante. Ces mouvements et ces sons qui nous entourent deviennent des compagnons, une sorte d’assurance que la vie poursuit son cours, naturellement, au-delà des absurdités humaines toujours omniprésentes au téléjournal en soirée.

Observateurs : les refuges, parcs, plages, quais constituent des points de rassemblement pour de nombreux observateurs…

Dernièrement, nous nous sommes rendus au sud des États-Unis pour profiter un peu de la chaleur et, bien évidemment, observer la migration des oiseaux qui se dirigent lentement vers le Canada et le Québec pour la période de nidification.

Lorsque mes amis de Saint-Irénée ont confirmé que la neige disparaissait rapidement, nous avons décidé qu’il était temps de revenir, nous aussi.

2 000 km à parcourir…

Pour l’observateur d’oiseaux, les déplacements en auto ou en motorisé ne sont jamais monotones. Il suffit de quitter les grandes autoroutes fédérales et d’emprunter les chemins parallèles des différents états ou provinces pour retrouver des milieux naturels où abondent les oiseaux. Ils sont partout, dans les champs, au sommet des arbres, dans les marécages, sur les étangs, sur les piquets de clôture, même sur le bord de la route en train de nettoyer une carcasse.

L’observateur voit tout, surtout s’il roule à 90 kilomètres-heure ou moins.

Mais l’observation est brève, furtive. Souvent le vol ondulé typique du pic qui traverse la route, l’épaulette orangée du carouge sur la clôture, la blancheur de l’aigrette dans le marais, le vol plané d’un escadron de pélicans qui longent la mer. La silhouette de la buse est souvent aperçue, perchée sur une branche d’un arbre mort sur le bord de la route. Elle guette sa proie dans le champ.

Dans les airs, les vautours et urubus semblent immobiles, suspendus dans le vide.

Inévitablement, vous croiserez des refuges d’oiseaux. Il suffit de consulter les sites WEB pour identifier les nombreux endroits, le long de votre route, qui permettent de faire de belles observations. L’application gratuite «Birdseye» est particulièrement efficace pour vous indiquer les principaux points d’intérêt sur votre route, ainsi que les espèces qui y furent observées depuis quelques jours.

Pourquoi parcourir 600 km par jour quand on peut en parcourir 400? De toute façon, il est recommandé de se délier les jambes toutes les 120 minutes de conduite. Ou est-ce 60 minutes, je ne sais plus trop?

Tout observateur qui se respecte garde toujours ses jumelles à portée de main, ainsi qu’un guide d’identification.

Petit étang au «Parcours des berges» de Clermont.

L’observateur obsessif peut même se distraire avec des défis : combien de temps pour identifier 10 espèces différentes? Combien d’espèces seront identifiées en traversant le Maryland, le Delaware, la Géorgie, ou entre Baie-Saint-Paul et La Malbaie, etc. Évidemment, il est intéressant de pouvoir compter sur la complicité du copilote qui note le tout dans un calepin, et qui démontre le même intérêt…

Les routes ont leurs spécialités.

Certaines routes sont d’un intérêt particulier selon la saison. Au Québec, au printemps, la route 40 présente un spectacle inoubliable dans les champs inondés près du lac Saint-Pierre. Des dizaines de milliers d’oies blanches… Et de dizaines de buses dans les arbres, qui se régalent des souris qui ont dû quitter la protection de leurs terriers.

L’hiver, les routes qui longent la 20 entre Montmagny et Rivière-du-Loup permettront d’observer de nombreux harfangs des neiges.

L’été, une tournée du Saint-Jean nous fait croiser régulièrement la grue du Canada. La route du fleuve en Gaspésie : goélands, mouettes, macreuses, eiders, cormorans, pygargues sont partout. Chez nous, la route du fleuve nous offre de plus en plus souvent la présence du merlebleu. Tous les quais permettent d’observer de nombreux oiseaux de mer, et ce tous les jours de l’année, peu importe la saison.

Bref, chaque déplacement en voiture peut devenir une aventure, une découverte. Même un aller-retour rapide au dépanneur est une occasion de jeter un coup d’œil rapide à la mangeoire d’un voisin, au petit lac, au quai, au parc… Il suffit de regarder.

Le code d’éthique de l’automobiliste ornithologue doit toutefois être respecté. Il relève du gros bon sens.

Bonne route !

MPC

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Le commandeur qui montre ses galons :
le carouge à épaulettes.

Chronique du 26 avril 2022

Carouge à épaulettes

  Le commandeur montre ses galons lorsqu’il prend bruyamment possession de son territoire.

L’arrivée du printemps est officielle lorsqu’on observe des oiseaux chanteurs noirs, arborant fièrement à l’épaule des galons oranges, s’activant dans nos champs encore un peu enneigés. Leur domaine est bruyamment revendiqué au sommet d’un piquet de clôture, d’où ils surveillent les alentours et protègent leur nouveau territoire.

Ils n’hésitent pas à montrer leurs épaules orangées lorsqu’ils font entendre leur trille aigu caractéristique. Cette démonstration de son et de couleur a pour objectif d’attirer une femelle et de montrer leur supériorité aux autres mâles.

Le surnom de commandeur remonte au 18e siècle alors qu’on nommait le carouge à épaulettes le carouge commandeur. Vers le milieu du siècle dernier, Claude Mélançon l’appelait simplement le commandeur dans son populaire livre «Charmants voisins». Le nom est toutefois tombé dans l’oubli depuis.

Le carouge mâle est noir, incluant le bec et les pattes. Il arrive au Québec avant la femelle. De taille moyenne, les épaulettes orangées sont soulignées d’une bande jaune. Parfois, selon la façon dont il est perché, on ne voit que la bande jaune. La femelle est beaucoup plus discrète au niveau de son apparence. Brune, striée de couleurs chamois, elle se confond complètement avec son milieu de nidification. On la confond parfois avec un gros bruant. Elle privilégie les milieux humides, au milieu des quenouilles. Ce type de lieu de nidification lui procure une excellente protection contre les nombreux prédateurs qui menacent les œufs, puis les petits. Couleuvres, ratons laveurs, visons, autres oiseaux, le danger est omniprésent. C’est toutefois un oiseau bagarreur qui défend vigoureusement son territoire. Il est fréquent de voir le carouge s’attaquer à la corneille, au corbeau, et même au héron si ce dernier s’approche de trop près du nid. La même réception est réservée à l’observateur qui s’approche trop du nid. Le commandeur vous survole avec vigueur, simulant l’attaque de votre casquette par des piqués dignes des grands pilotes de guerre. Mieux vaut s’éloigner.

L’espèce est polygyne. Cela signifie que le mâle pourra s’accoupler avec plusieurs femelles pendant la saison de reproduction. Il est fréquent que 15 femelles établissent leur nid sur le territoire d’un seul mâle. Des prélèvements d’ADN ont toutefois démontré que les petits ne sont pas tous issus du même mâle. À chacun son mode de vie…


Carouge à épaulettes : oisillon

Oisillon : Les petits et la femelle sont semblables. La couleur de leur plumage facilite le camouflage au milieu des quenouilles des milieux humides.

La femelle peut élever 3 nichées au cours de la même saison. Les petits sont généralement au nombre de 4. Les petits œufs bleutés sont couvés 12 jours, et les petits demeurent au nid environ 11 jours.

Le carouge est omnivore. Il mange de tout. Grains, insectes grands et petits (libellules, demoiselles, papillons, diptères), fruits, petits mammifères et batraciens, même carcasses d’animaux morts. Cela explique sa présence un peu partout en Amérique du Nord. Il sait s’adapter, même s’il privilégie les milieux humides.

Carouge à épaulettes (photo : Doris Martel)

Doris Martel nous offre ce carouge observé en début avril à Clermont.

À l’automne, les grands rassemblements migratoires de carouges se déplacent souvent dans les champs afin de se nourrir des céréales laissées au sol suite aux récoltes. Le même phénomène se produit au printemps, mais ce sont alors les semences qui sont au menu. Inutile de mentionner que les agriculteurs des prairies n’apprécient pas beaucoup le passage de dizaines de milliers de carouges et d’étourneaux quelques jours après avoir ensemencé leurs champs.

La femelle nous quitte généralement vers le milieu du mois d’août, et le mâle quitte quelques semaines plus tard. Il ne demeure presque jamais au Québec pendant la saison froide, mais on l’aperçoit parfois dans le sud de l’Ontario et de la Colombie-Britannique l’hiver. Le sud des États-Unis et le Mexique accueillent la grande majorité de ces migrateurs.

Très jeune, j’étais déjà fasciné par cet oiseau. Il m’accompagnait lors de mes randonnées quotidiennes dans les champs et pâturages qui entouraient le chalet où nous passions nos vacances d’été. Un compagnon toujours fidèle, coloré, bruyant.

C’est avec un certain plaisir nostalgique que je le retrouve chaque été.

MPC


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La mésange à tête brune

Chronique de la semaine du 10 avril 2022

La passion des oiseaux est quelque chose que les amateurs aiment partager. Les liens d’amitié se créent rapidement, et l’entraide est toujours disponible. Voici un bel exemple de collaboration.

Il y a quelques semaines, «Le Charlevoisien» publiait ma chronique sur la mésange à tête noire. À la fin du texte, je mentionnais que la cousine de cet oiseau, la mésange à tête brune, était beaucoup plus rare et discrète, sortant rarement de la protection de sa forêt boréale. J’observe les oiseaux depuis ma jeunesse, et je n’ai jamais pu observer la mésange à tête brune. Je la cherche depuis longtemps.


Mésange à tête brune

Contrairement à sa cousine la mésange à tête noire, la mésange à tête brune est peu visible et ne fréquente pas les mangeoires. Elle préfère la discrétion des forêts boréales. La calotte brune et la nuque grise sont caractéristiques de l’espèce

On la retrouve en Gaspésie, sur la Côte-Nord, parfois dans les hauteurs de Charlevoix. J’ai mentionné que si des lecteurs connaissaient un endroit où je pourrais apercevoir «la brune» dans Charlevoix, j’aimerais grandement qu’on me contacte.

Le monde des observateurs d’oiseaux est composé de passionnés qui aiment partager. Quelques jours après la parution de la chronique, une dame m’a contacté par courriel pour m’informer qu’un couple de mésanges à tête brune fréquente les abords de son chalet depuis de nombreuses années. Elle m’a décrit avec une passion évidente la joie que ce couple lui procure lorsqu’elle emprunte le sentier près de son habitation. Ils ne sont pas toujours visibles, mais leur chant caractéristique la suit lors de ses marches quotidiennes.

Mésange à tête brune

Après quelques échanges de courriels, je lui ai demandé s’il m’était possible de tenter de les observer. Certainement, mais son chalet se situe au nord de Baie-Comeau. Légère déception, mais les échanges avec cette amatrice d’oiseau furent intéressants.

Quelques jours plus tard, elle me contacta. Son frère voit régulièrement une bande de mésanges à tête brune. La bande fréquente un boisé privé qui jouit d’un microclimat assez nordique. Et son frère habite Charlevoix, à moins de 30 minutes de chez moi! Elle m’offre de nous mettre en contact. Bien sûr!

Le lendemain, je parle à Roger. Oui, il sait où observer «la brune», et en moins de deux nous avons rendez-vous dans son secteur en début d’après-midi.

Isabelle et Roger aiment la nature. Ils vivent au milieu de la forêt et prennent un grand soin de leurs mangeoires d’oiseaux. Sans eux, jamais je n’aurais pu trouver l’endroit. Environ 1 km sur un chemin forestier, heureusement déneigé, un peu. Arrivés à une clairière, on stationne les camions et on emprunte un sentier récemment ouvert par une motoneige. Après environ 20 minutes de montée, Isabelle déclare : «c’est ici».

Évidemment, pas un oiseau en vue. Même pas un son. C’est souvent ainsi.

Mais je suis heureux, car je me trouve sur leur territoire. Si je ne les vois pas aujourd’hui, je reviendrai. Pour l’amateur d’oiseaux, la recherche de l’espèce rare est aussi passionnante que l’observation, sinon plus. Oui, je reviendrai, souvent. Je ferai durer le plaisir.

J’ai grandement remercié ce couple de passionnés qui m’ont invité à revenir quand je voudrai. Si je rencontre le propriétaire du boisé, il me suffira de mentionner leur nom.

Dans les jours qui ont suivi, je suis retourné à plusieurs reprises. Sans succès, mais chaque sortie fut un plaisir. J’ai pu observer longuement, à quelques mètres, une chouette cendrée qui semblait fort surprise de ma présence.

Un jour, j’ai rencontré le propriétaire du boisé qui s’affairait à corder du bois. Je me suis présenté, ai expliqué ma présence, utilisé le nom de Roger et Isabelle. Il m’a bien accueilli, m’a indiqué où stationner mon camion, et m’a souhaité bonne chance.

Cette histoire de mésange à tête brune se termine bien pour moi. Lors d’un après-midi neigeux, en revenant bredouille de ma xième sortie, un mouvement a attiré mon regard, tout près. Nul besoin de jumelles, «la brune» est perchée devant moi et m’observe. Sa calotte brune n’est pas vraiment visible à cause de la mauvaise visibilité, mais le gris de son cou est évident. Et pour confirmer le tout, elle émet son cri caractéristique avant de s’envoler.

C’est terminé. Je suis évidemment heureux, mais en même temps un peu désolé que la recherche de cet oiseau énigmatique soit terminée.

Sur le chemin du retour, j’ai croisé Roger. Un pur hasard. Il me demande :

— Puis? — Je l’ai vue!

Il semble aussi heureux que moi. Et il ajoute doucement :

— C’est une belle passion, l’observation des oiseaux. — Oui, c’est vrai.

MPC

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Le printemps est à nos portes,
les corneilles sont arrivées!!!!

Chronique de la semaine du 27 mars 2022

Nous sommes tous familiers avec la corneille d’Amérique.
Elle fait partie du paysage ornithologique québécois depuis toujours.



Lorsque j’étais jeune, l’oiseau noir était abondamment chassé par les cultivateurs, car l’espèce possède la fâcheuse habitude de dérober le maïs dans les champs, et de dévorer au passage les poussins qui s’aventurent un peu trop loin du poulailler.

Les légendes anciennes associaient souvent l’oiseau au mal, DIsney et Hitchcock ont certainement contribué à maintenir ces préjugés bien présents.

Son plumage, entièrement noir, avec l’œil et le bec également noirs, ont probablement prédestiné la corneille au rôle qu’elle occupe dans notre imaginaire.

Pourtant, la réalité est bien différente!

Elle nous revient vers la fin de mars, car une grande partie de la population migre pendant l’hiver vers le Sud des États-Unis et le Mexique. Son arrivée ne passe pas inaperçue. La corneille se déplace en bande pendant la période de migration. Et le groupe est nombreux et très bruyant. Il est constitué d’un couple reproducteur, uni pour la vie, accompagné des rejetons des deux années précédentes, parfois de neveux et nièces. Le tout forme une équipe très bien rodée où chaque individu se voit confier un rôle bien précis. Il y a l’éclaireur, le guet, ceux qui aident à construire le nid, ceux qui défendent le territoire. Tous contribuent à nourrir la femelle lors de la période de couvaison qui dure environ 18 jours. Les petits, particulièrement laids, sont nourris grâce à un aller-retour incessant de tous les membres du groupe. Après quelques semaines, une fois les petits devenus autonomes, le groupe se disperse et devient très discret pendant l’été. C’est la période de la mue.

L’automne arrivé, les bandes se retrouvent, forment parfois d’immenses regroupements dans des dortoirs qui peuvent compter des dizaines de milliers d’individus, facilement observables. Puis, un matin d’automne, les corneilles nous ont quittés.


La corneille est facilement reconnaissable, mais difficile d’approche. Le défi est particulièrement grand pour les photographes. Prendre une bonne photo d’une corneille, toute noire, méfiante de tout objectif pointé dans sa direction, en plein soleil, sur un fond de neige, relève de l’exploit technique. Nos amis photographes connaissent bien la frustration que cet oiseau peut leur générer…

La corneille est intelligente, très intelligente. Elle a rapidement appris à se méfier de l’homme. Elle demeure très près, mais distante. Elle nous observe sans cesse, et n’hésite pas à fréquenter une mangeoire, un jardin, un dépotoir, lorsqu’elle juge que l’endroit est sécuritaire. Les différents moyens inventés par l’homme pour faire fuir la corneille constituent une insulte à leur intelligence. La corneille, comme le faisait remarquer Claude Mélançon dans son bouquin «Charmants Voisins», sait très exactement à qui appartenait chaque pièce de vêtement qui habille maintenant l’affreux et ridicule épouvantail installé au jardin…

Les études récentes ont démontré que la corneille est un des seuls animaux qui peut utiliser des «outils» pour arriver à ses fins, notamment prendre un petit bâton pour aller dégager de la nourriture coincée au fond d’un contenant. Les corneilles élevées en captivité au temps des Romains (maintenant strictement illégal) constituaient jadis des animaux de compagnie appréciés, attachants, fidèles, imitateurs, pouvant apprendre et répéter des mots, compter jusqu’à dix, avec un tempérament espiègle.

La corneille aime jouer. Un bout de bâton suffit à divertir la bande. Un oiseau s’envole avec le bâton, poursuivi par les frères et sœurs. Le bâton tombe au sol pour être aussitôt récupéré par un autre oiseau qui s’envole à son tour, puis le laisse retomber. Cela peut durer fort longtemps… Il suffit d’observer, à distance.

La corneille déteste les chouettes, buses et hiboux et leur livre un combat incessant. Les éclaireurs découvrent rapidement le grand-duc qui dort sous le couvert d’un grand conifère et le chassent sans pitié hors de leur territoire.

L’alimentation de la corneille est celle d’un rapace. Poisson, petits mammifères, oisillons, maïs, et évidemment carcasses le long de nos routes.

Ainsi, ce matin, une bande de corneilles s’est installée autour de la maison, comme à chaque printemps. Il s’agit sûrement de la même bande. Leurs cris étaient matinaux, très matinaux…! Mais le plaisir que l’observation de ces oiseaux intéressants me procurera pendant les prochaines semaines vaut bien quelques minutes de sommeil…

Bonnes observations.

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Un rayon de soleil d’hiver à notre mangeoire :
le gros-bec errant.

Chronique du 3 mars 2022

On associe souvent les oiseaux aux coloris chaleureux à la période estivale.
Heureusement, le
gros-bec errant sait égayer nos mangeoires. Et il est abondant dans notre région,
car il préfère les forêts de conifères comme habitat.

En plein cœur de l’hiver, lors d’une promenade en forêt, à l’orée d’un boisé, ou tout simplement dans la cour arrière, leur arrivée ne passe jamais inaperçue. Il s’agit de la «gang» des jaunes, les gros-becs errants.

De la grosseur du merle, le gros-bec est dodu et plein de vie. Il se déplace en bande bruyante, avec un vol rapide et ondulant. Pas de chant mélodieux, mais des cris incessants et variés qui correspondent au rang social de l’oiseau au sein de la bande, et qui expriment aux autres membres de la bande une gamme de sentiments : la surprise, la curiosité, le danger, la colère, l’inquiétude.

Lorsque cette troupe de gros-becs se présente à vos mangeoires, ils s’annoncent sans gêne.

Les mâles sont spectaculaires, avec un dos et un ventre d’un jaune éclatant. La tête et le cou sont bruns, et les ailes et le cou, bien découpés, noir luisant.


Le gros bec errant porte bien son nom, car il aime vagabonder au gré de la nourriture qu’il trouve. Son coloris très voyant et bien découpé transforme toujours sa rencontre en un moment spécial.

Le bec est caractéristique par sa grosseur, nettement non proportionnée au reste du corps. De forme conique, le bec est de couleur beige l’hiver, mais devient vert pâle au fur et à mesure que le printemps s’installe. C’est une façon naturelle de se camoufler, car il s’agit du même vert que la couleur des nouveaux bourgeons qui poussent à l’extrémité des branches de conifères. Il niche dans ces branches, ne montrant que le bout de sa tête et son bec pour surveiller les alentours. Il est ainsi très difficile à apercevoir.

Son alimentation ne pose jamais de problème dans les forêts de conifères, car il se nourrit principalement des graines des cônes d’épinettes, de sapin et de pin. Et toutes les graines lui conviennent, y compris les graines de mauvaises herbes.

L’hiver, les bandes de gros-becs errants sont souvent aperçues le long de nos routes. Ils raffolent du sel et du gravier fin, et peuvent en consommer de grandes quantités. Cette habitude alimentaire est souvent une source de mortalité causée par les voitures.

Dans notre cour arrière, par -35 °C, il visite joyeusement les mangeoires bien pleines de graines de tournesol, dont il raffole. Une bande de gros-becs errants qui fréquente vos mangeoires est source de grand plaisir, mais c’est un plaisir dispendieux, car leur appétit est insatiable. Observez la technique pour manger une graine de tournesol : patient et très habile pour positionner la graine dans son bec, c’est avec force que l’écaille vole en éclat, et est recrachée au sol, pour ne déguster que la graine intérieure.

Pendant l’été, on le voit moins souvent, bien qu’il soit tout aussi présent.
Il délaisse toutefois le groupe pour se concentrer à ses tâches familiales. Le gros-bec aime bien les larves de la tordeuse des bourgeons pendant la saison chaude. C’est d’ailleurs une importante source de nourriture pour les petits qui sont encore au nid. Les biologistes et agents de la faune qui étudient les populations de gros-becs errants ont noté que les forêts atteintes de la tordeuse accueillent de grandes populations de cet oiseau, mais que ces populations diminuent grandement lorsque la tordeuse est contrôlée.

On le retrouve partout au Canada, et dans plusieurs états américains situés plus au nord.

Mais c’est l’hiver que le gros-bec errant sait égayer notre quotidien parfois un peu grisâtre. Un rayon de soleil bienvenu.


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L’omniprésente mésange à tête noire,
fidèle compagne.

Par Michel Côté - Chronique du 22 février 2022

S’il y a un oiseau avec lequel tous les amateurs sont familiers, il s’agit bien de la mésange à tête noire. On la retrouve partout, tout particulièrement autour des mangeoires.

La mésange est une résidente permanente. On la retrouve dans toutes les régions du Québec, au Canada et dans le nord des États-Unis. Elle s’accommode de tous les habitats, forêts, parcs, jardins, autant à la ville qu’à la campagne.

Facile à reconnaître, elle mesure environ 13 centimètres et porte toujours sa calotte noire caractéristique. Les yeux sont vifs, presque rieurs. Les joues sont blanches, et elle montre un triangle noir sur la gorge. Le dos est gris, le dessous clair, les côtés un peu rouillés, et la queue gris sombre.

Elle est grandement appréciée de tous à cause de son comportement. La mésange s’accommode bien de la présence humaine, est curieuse, et adopte presque immédiatement une nouvelle mangeoire installée près d’une fenêtre.

L’hiver, on voit rarement une mésange seule. Elle vit en groupe, de 4 à 12 individus, en fonction d’une hiérarchie bien établie, basée sur la dominance de chaque oiseau. Il s’agit d’une cellule familiale, composée d’un couple accompagné des juvéniles. Une bande de mésanges est bruyante, échangeant continuellement leur caractéristique «tchic-a -di-di-di». C’est ainsi que les informations sont partagées concernant les prédateurs et la présence de nourriture. Le territoire de chaque bande s’étend sur une douzaine d’hectares. La bande s’y déplace lentement, le long des sentiers, allant de buisson en buisson. La mésange cache souvent de la nourriture dans les cavités des arbres, et démontre une mémoire remarquable pour retrouver ses centaines de cachettes. L’oiseau est territorial, et défend agressivement son domaine.

Lors des nuits glaciales de janvier, la bande se réfugie sous les branches denses des conifères, bien à l’abri des vents et de la neige. Les oiseaux gonflent leur plumage afin de créer une couche isolante d’air et de duvet, et abaissent la température de leur corps de 12 degrés afin de préserver de l’énergie.

Dans son jardin, il est facile d’attirer la mésange. Une simple mangeoire ronde, ou même un plateau, le tout rempli de graines de tournesol, sont garants de succès. Si vous êtes un peu patient, une main tendue avec quelques graines a de bonnes chances d’attirer une mésange. Elles se laissent observer de très près, et attendront même patiemment à côté de vous pendant que vous remplissez la mangeoire.

Au printemps, la bande commence à se disperser. Les juvéniles iront faire leur vie ailleurs, et le couple s’affaire à fonder une nouvelle famille.

Même si les bandes de mésanges sont moins fréquentes avec le retour du beau temps, vous continuerez d’accueillir l’oiseau pendant l’été si vous maintenez une mangeoire et offrez du tournesol. Il s’agit généralement du couple initial et des jeunes de l’année, nés au printemps. La nourriture principale des mésanges pendant l’été est constituée d’insectes, ce qui rend la présence des mésanges souhaitable autour des domiciles.

La mésange joue un rôle important dans la popularité de l’activité d’observation des oiseaux. Nul ne demeure insensible à la vue des mésanges qui s’activent du matin au soir dans la cour arrière. Le simple fait que ce petit oiseau si sympathique et familier soit toujours présent à votre mangeoire, 12 mois par année, beau temps mauvais temps, contribue assurément à notre appréciation de la faune ailée.

En guise de conclusion, dans Charlevoix, on observe parfois la cousine, la mésange à tête brune. Comme l’indique le nom, sa calotte est brune. Elle quitte plus rarement sa forêt. Légèrement plus petite que la mésange à tête noire, elle habite les régions plus au nord. Elle est parfois observée à l’est de Port-au-Persil, et un peu partout sur la côte nord. Je la cherche depuis 50 ans, sans succès… Si vous savez où je peux la voir, faites-moi signe. Mon adresse courriel se trouve en haut de la chronique.

Mésange 2Mésange 1
La mésange à tête noire visite nos mangeoires avec une grande loyauté. Toujours présente, même si vous oubliez parfois de renouveler votre réserve de graines de tournesol. L’été, elle se nourrit principalement d’insectes, très abondants, mais continuera toutefois de fréquenter votre mangeoire.


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Charlevoix s’offre un beau cadeau :
un club d’observation des oiseaux.

(Chronique de la semaine du 24 janvier 2022)

Notre santé mentale est mise à rude épreuve depuis 2 ans. Un bon remède pour contrecarrer l’effet déprimant de la situation, la COVID demeure, au-delà des doses de vaccins, une bonne dose de nature.

Toutes les études scientifiques arrivent aux mêmes conclusions : le simple fait de prendre l’air pendant un petit 30 minutes chaque jour, et d’apprécier les moments de relaxation que procure l’observation de la nature autour de soi, tout cela aide à combattre la dépression, le stress. Marcher, respirer l’air frais, se reposer sur un banc et observer les oiseaux s’alimentant à une mangeoire, tout cela augmente la perception du bonheur.

Charlevoix est privilégié d’avoir des milieux naturels très diversifiés, facilement accessibles, souvent dans sa cour arrière : fleuve, lacs, champs, montagnes, forêts, falaises, rivières.

Évidemment, l’observation des oiseaux permet d’agrémenter nos sorties. Beaucoup de personnes se laissent prendre par cette occupation assez passionnante, qui devient toutefois un peu frustrante lorsque pratiquée en solitaire. Il est agréable de pouvoir partager ses observations avec d’autres amateurs, ce qui permet d’améliorer et d’accélérer ses capacités d’observation. C’est la raison pour laquelle des clubs d’observation d’oiseaux existent un peu partout en Amérique du Nord et en Europe. Ces clubs permettent aux amateurs, du débutant à l’expert, de se regrouper et d’échanger lors de différentes activités centrées sur l’oiseau. Les clubs offrent des sorties guidées, différentes conférences, encouragent et facilitent les sorties plus informelles entre observateurs, et bien souvent chapeautent des projets de revitalisation des milieux où nichent les oiseaux, etc.

La socialisation que permet un club constitue également un facteur très recherché par les membres. Couples de tous âges, personnes vivant seules, nouveaux arrivants, amateurs et photographes de nature, tous se retrouvent autour d’un intérêt commun.

Et la socialisation est certainement un important besoin qui est mis en évidence depuis 2 ans.

Malheureusement, Charlevoix n’avait pas de club. Beaucoup d’observateurs, d’amateurs, mais rien de structuré.

C’est maintenant une situation corrigée.

En fin d’année 2021, le Conseil d’administration de la SHEC (Société d’horticulture et d’écologie de Charlevoix) a adopté une résolution, ajoutant l’ornithologie au mandat de la société.

Fort de plus de 125 membres, la SHEC existe depuis plus de 20 ans. Ses membres, amateurs de jardins, ont toujours été très près des oiseaux qui fréquentent et utilisent leurs coins de paradis durant la belle saison. L’ajout de l’ornithologie aux activités du club est venu naturellement. Pendant l’été 2021, les membres furent consultés, et deux activités furent organisées. L’intérêt fut rapidement confirmé.

De plus, de très nombreux lecteurs de cette chronique ont identifié un grand intérêt à se joindre à un club d’observation des oiseaux.

Il est prévu que de nombreux nouveaux membres se joindront à la SHEC.

L’auteur de ces lignes s’est joint au CA de la SHEC en décembre, et contribuera avec enthousiasme au développement des volets ornithologiques et écologiques, qui vont évidemment de pair.

Dans les prochaines semaines, la SHEC publiera sur son site WEB (http://www.shecharlevoix.com) et sa page Facebook (https://m.facebook.com/SHECCharlevoix) le programme d’activité pour l’année 2022. Il y aura des sorties guidées sur le terrain qui vont s’échelonner de mai à octobre, et qui permettront d’observer nos migrants de même que nos oiseaux résidents. Des cours d’introduction à l’observation et des conférences seront également au programme, particulièrement pendant la saison froide.

La SHEC développera également avec les milieux politiques, touristiques et pédagogiques différents projets qui auront comme objectifs d’améliorer notre connaissance et appréciation de notre diversité avicole, et surtout d’intéresser nos jeunes à cette activité qui capte facilement leur intérêt et souvent façonne positivement leurs perspectives sur l’écologie.

Vous êtes tous invités à consulter le site WEB de la SHEC ainsi que sa page Facebook, et d’ajouter ces sites à vos signets. Pour obtenir de l’information pour devenir membre, il suffit de contacter le président du CA, M. Daniel Masse, à l’adresse suivante : societecharlevoix@gmail.com, ou de me contacter directement.

Au plaisir de vous rencontrer bientôt lors des activités du club.

Nouvelles ornithologiques de Charlevoix.

Un «GRAND PIC» pas comme les autres !

Il y a quelques jours, j’ai rendu visite à Janot Duguay, propriétaire de la forge «L’Idée forgée», située au cœur de Saint-Irénée. Je savais que Janot travaillait depuis plus de 2 mois à fabriquer une pièce exceptionnelle, un «grand pic». En pénétrant dans la forge, j’ai été renversé à la vue de l’immense sculpture qui a pris forme grâce au grand talent de Janot. Près de 2 mètres de long, les pattes bien agrippées à un tronc d’arbre de presque 1 mètre de diamètre, l’oiseau est imposant, même si la peinture rouge caractéristique de la tête n’est pas encore appliquée. Des centaines de plumes d’acier, fabriquées individuellement, donnent fière allure au pic. L’oiseau sera installé sur un arbre, à une hauteur d’environ 6 mètres. Nul doute que les heureux propriétaires seront comblés.

Un grand pic pas comme les autres

Janot Duguay, dans sa forge, devant son imposant grand pic.

Logo de la SHEC

La SHEC garde son nom d’origine, SHEC, en tant que club regroupant des activités complémentaires axées vers la nature. Elle deviendra dans quelques semaines un club d’ornithologie reconnu par QuébecOiseaux, organisme québécois qui regroupe tous les clubs du Québec.

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L’oiseau venant du nord :
le « snowbird » québécois

12 janvier 2022

Chaque année, en hiver, un oiseau québécois bien particulier entreprend une rapide migration vers la Floride. Il s’agit du SNOWBIRD.

Malheureusement, depuis 2 ans, le SNOWBIRD doit prendre son mal en patience et passer l’hiver ici, dans la neige et le froid. Il y a pire, mais il est clair que le SNOWBIRD s’ennuie de la chaleur de la Floride.

En ce début d’année 2022, à défaut de pouvoir aller passer quelques semaines (mois….) au chaud, je vous propose une visite virtuelle des principaux sites d’observations d’oiseaux qu’offre la Floride.

En espérant que cette chronique pourra réchauffer vos cœurs pendant quelques minutes.

Que la destination en Floride soit le Sud, la côte Atlantique, la côte du Golfe, ou le Nord-Ouest, la Floride constitue l’hiver une destination de choix pour y retrouver un peu de chaleur et de soleil.

Et on y observe, sans effort, beaucoup d’oiseaux. Plusieurs sont des migrants qui, comme les Snowbirds, attendent le retour du printemps pour remonter au Nord. Mais une grande proportion sont des oiseaux qu’on n’aperçoit que très rarement au Québec. Comment les observer, où aller, à quel moment?

Fort heureusement, l’état de la Floride facilite grandement la tâche des observateurs. Il suffit de se présenter à n’importe quel bureau touristique pour y prendre un ou plusieurs des 4 documents intitulés : «Great Florida Birding Trail». C’est totalement gratuit. Chaque document couvre un secteur de l’État, soit l’Est, Le Sud, la côte Ouest, et le «Panhandle» (Nord-ouest). L’État, en partenariat avec les agences fédérales et des organismes voués à la protection des oiseaux, a répertorié et documenté 510 sites où l’on retrouve en abondance les oiseaux. Chaque endroit est décrit avec beaucoup de détails, avec la mention des oiseaux susceptibles d’y être observés ainsi que le type de sentier offert. Les sites eux-mêmes sont clairement identifiés de la route par des panneaux standardisés qui correspondent à la brochure.

La Floride étant constituée principalement de territoires marécageux, les refuges d’oiseaux sont nombreux et bien garants de trouvailles. Généralement, des trottoirs en bois facilitent les déplacements en milieu humide, et à peu près tous les sentiers sont accessibles aux fauteuils roulants.

Quels sont les oiseaux et les sites les plus spectaculaires? Il y en a pour tous les goûts, je ne pourrais les énumérer tellement ils sont nombreux et variés.

 FoulqueChevalier
 
Aigrette tricoloreIbisÉchasse

Les marécages sont omniprésents en Floride. Des trottoirs de bois permettent de les explorer et d’admirer de très près la foulque d’Amérique, l’aigrette tricolore, le chevalier, l’échasse d’Amérique et l’ibis.

Toutefois, dès votre entrée dans le Nord de l’État, à St-Augustine, la ferme Alligator vous accueille. C’est un passage obligé pour tous les Snowbirds qui arrivent en Floride ou en sortent, car situé près de la route 95, accès principal pour les Québécois se déplaçant en voiture. C’est un endroit assez exceptionnel, qui est surtout publicisé pour ses alligators. Mais le véritable attrait est ailleurs pour des centaines d’ornithologues et photographes amateurs. Un secteur de la ferme est constitué de trottoirs de bois, bancs, tables de pique-nique, le tout bien campé sous un important couvert feuillu où nichent une multitude d’oiseaux de mars à mai. Ainsi, dans un espace assez restreint, on y observe facilement des spatules rosées, plusieurs espèces d’aigrettes et de hérons, des tantales, et tout cela pendant la saison de reproduction. Les oiseaux, nichant à quelques mètres de nous, s’occupent à nourrir les petits qui viennent d’éclore. Le spectacle est unique et assez inoubliable.

SpatuleAigrette tricolore
 
Aigrette des neiges Héron garde-boeuf

Le printemps est la saison de nidification en Floride. Un arrêt à la ferme «Alligator» de St-Augustine permet d’être témoin de comportements rarement observés. Spectacle inoubliable!

Plus au Sud, les parcs d’État abondent et permettent, souvent du confort de votre voiture, d’observer une grande variété d’oiseaux de rivage. Des refuges comme celui du Cap Canaveral permettent aux voitures de longer d’immenses marécages où les oiseaux de toutes sortes se nourrissent. Ils sont des milliers. On peut facilement y consacrer plusieurs heures, voire y revenir souvent.

Les observateurs novices et plus expérimentés ont avantage à s’informer auprès du personnel d’accueil des refuges et parcs d’états sur les programmes offerts en matière de visites ornithologiques guidées. Deux à trois matinées par semaine, un ou plusieurs naturalistes guident une quinzaine d’observateurs aux principaux points d’intérêt de l’endroit. Cela constitue la façon la plus efficace, rapide et agréable de faire connaissance avec la faune ailée spécifique au secteur. Ces experts connaissent toutes les habitudes des oiseaux du secteur, et sont familiers avec les sites de nidification. C’est la meilleure façon de se familiariser avec un parc, un refuge, qui souvent couvrent d’immenses territoires. C’est particulièrement vrai pour le parc des Everglades, un véritable joyau, qui est très vaste. Le guide est indispensable pour vous indiquer les endroits dignes d’intérêt.

Passerin nonpareilCardinal

Vautour noir

Lors des visites de refuge, on observe souvent des oiseaux exceptionnels aux mangeoires installées près des centres d’accueil. Et souvent le vautour noir, presque absent au Québec

Presque toujours, des mangeoires sont installées près des centres d’accueil. C’est l’endroit tout désigné pour y manger son lunch, car les tables de pique-nique sont toujours tout près. On y observe les oiseaux résidents à l’année. Ainsi, vous y verrez facilement le passerin nonpareil, l’éclatant et bruyant cardinal, et une foule d’oiseaux locaux qui sont très habitués à se faire photographier.

Qui visualise la Floride imagine automatiquement les immenses plages de sable. Peu importe où l’on se situe en Floride, on y verra les pélicans bruns et blancs qui survolent les vagues tout en volant en formation, les cormorans et anhingas perchés sur un rocher à fleur d’eau, hérons et ibis de toutes sortes et toutes couleurs qui pataugent dans l’eau peu profonde, à l’affût de leur nourriture. Et les oiseaux de rivage, pluviers et bécasseaux, se nourrissent dans le sable, courant continuellement entre deux vagues, toujours à quelques mètres des baigneurs et des marcheurs. La section Sud (Key West), avec sa végétation très basse, est surtout riche de pélicans, aigrettes, goélands, sternes, et de hérons.

Ahninga

Les plages qui se déroulent presque à l’infini permettent d’observer les vols en formation des pélicans bruns, parfois, mais plus rarement le pélican blanc, les cormorans et leur cousin du Sud, l’anhinga, ainsi que bien des espèces d’oiseaux de mer et de rivage, pluviers, bécasseaux, sternes, goélands, mouettes.

Plusieurs Snowbirds pratiquent le golf. La Floride est généreuse en possibilités pour cette activité. Là aussi, ces grands espaces de verdure, parsemés de plans d’eau, hébergent une grande variété d’oiseaux facilement observables. Notamment, plusieurs représentants de la famille des hérons, aigrettes et ibis qui abondent autour des plans d’eau. Attention aux alligators! Il est souvent sage d’abandonner une balle et de perdre un coup….

Alors, lorsque cette satanée pandémie nous laissera finalement reprendre une vie un peu plus normale, en faisant vos bagages pour votre séjour en Floride, pensez à mettre votre paire de jumelles près de votre maillot et vos sandales. Vous ne le regretterez pas.

D’ici là, cet hiver, je serai le long du fleuve vêtu de mon fidèle Kanuk.

Bonne année 2022, je vous souhaite santé et de belles observations!!

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L’observation d’oiseaux :
une maladie incurable…

Chronique du 22 décembre 2021

Récemment, une amie me demandait : «Michel, j’aimerais bien faire de l’observation d’oiseaux». Est-ce dispendieux comme passe-temps?

C’est une bonne amie… Que lui répondre? Ma réponse usuelle à cette question qui revient souvent est : «Bien non, il suffit d’une paire de jumelles ordinaires, d’un guide d’identification gratuit sur Internet, et d’un peu de temps disponible.»

Mais c’est une bonne amie… Et c’est une question truquée. Bien des débutants apprécient l’observation ponctuelle des oiseaux qui les entourent, et sont satisfaits de pouvoir donner un nom aux différentes espèces communes. Mais plusieurs succombent à la passion que peut générer cette activité. Ça peut devenir une obsession, une fixation, et cette «condition quasi médicale» s’installe de façon pernicieuse, lentement, sournoisement. Il ne semble pas pour l’instant y avoir de cure. D’ailleurs, je ne crois pas que ce soit une priorité pour le monde médical…

Devrais-je mentionner à ma bonne amie qu’elle voudra possiblement changer la paire de jumelles à 200 $ pour un modèle plus haut de gamme pour faciliter l’observation dans de mauvaises conditions d’éclairage, puis une paire à plus fort grossissement pour les rapaces, puis une paire plus compacte qu’elle pourra laisser dans une poche de manteau (au cas où…), 450 $, puis 1500 $, puis?

Que le petit guide gratuit est bien, mais que les amateurs ont souvent dans leur bibliothèque des douzaines de guides, un par région visitée, des plus récents avec les nouveaux noms d’oiseaux et les nouvelles cartes de distribution, des guides de poche facilement transportables et des guides plus gros et lourds pour consultation à la maison, et des livres spécialisés sur les oiseaux de rivage, sur les hiboux, sur les plumages d’automne qui confondent même les experts, sur les migrations, sans oublier les atlas des endroits de nidifications. Bien sûr, il faut s’abonner aux périodiques qui traitent du sujet. Québec Oiseaux, le seul magazine ornithologique francophone en Amérique du Nord, est un incontournable tant par sa qualité que par le fait qu’il couvre notre territoire. Et il y a «Birding», «Birders Digest», «Audubon».

Avec le temps, après 10, 20, 30, 50+ ans d’observation, le patient qui est atteint de la maladie accumule livres, magazines, vêtements, matériel optique, matériel photographique. Il faut prévoir l’espace afin de faciliter la vie du patient. Un jour nous aurons possiblement un vaccin…

Est-ce que je dois mentionner que certains oiseaux de rivage et de mer sont bien plus faciles à observer avec une lunette d’approche, souvent appelée télescope? Que pour se servir d’un télescope, ça prend un trépied! Un trépied, c’est lourd. Mais ils ont maintenant de nouveaux trépieds en fibre de carbone, très légers, mais un peu plus dispendieux…

Doit-elle savoir que c’est bien de les observer, mais que bien des observateurs trouvent intéressant de les photographier afin de partager notre passion avec leurs amis, ou simplement pour documenter leurs observations? Un appareil photo, une lentille, une deuxième lentille plus puissante, un trépied pour cette nouvelle lentille super puissante, etc.

Évidemment, c’est lourd, tout ça. On ne rajeunit pas. Un gros sac à dos avec un bon support à la taille pour tout transporter lors de voyage, et aussi un plus petit sac à dos pour les courtes sorties…

Un des symptômes de la maladie est que le patient affecté garde tout. On ne jette pas le premier guide d’observation, fidèle compagnon de nos premières découvertes. Et les vieilles jumelles, on les garde près de la fenêtre de la cuisine ou du salon, dans la voiture, au chalet. Évidemment, avec le temps, ça s’accumule.

Et il y a les déplacements. C’est beau Charlevoix pour observer les oiseaux, mais il y a CapTourmente, puis Pointe-Pelée en Ontario, pendant la migration printanière des parulines, puis, Cape May au New Jersey pour la migration des rapaces…, puis la Floride pendant l’hiver afin d’y ajouter de nouvelles espèces à notre liste, puis l’Arizona qui est un des seuls endroits où l’on peut observer plus de 15 espèces de colibris au même endroit, puis l’Alaska où l’on augmente nos chances de voir des oiseaux égarés provenant d’Asie.

Puis il y a la phrase : «un peu de temps à consacrer à l’observation». Ouin! Doit-elle savoir tout de suite qu’on fait les plus belles observations le matin? Il est donc la norme de se lever (très) tôt pendant plusieurs semaines au printemps lors de la migration pour voir l’oiseau hâtif, et de passer plusieurs fins de semaine aux refuges d’oiseaux, et les vacances d’été qui, par un heureux hasard, se situent toujours près d’un site d’observation réputé, et les voyages «spéciaux» pour souligner le 40e anniversaire, 50e, 55e, 60e, et la fête du chien, n’oublions pas l’anniversaire de mariage.

Un petit motorisé (VR) ou une roulotte seraient bien pour visiter à son rythme ces endroits reculés où des raretés sont rapportées, sans dépendre des hôtels et des restaurants.

Et il y a…. et aussi… et n’oublions pas…

Mais c’est une bonne amie, une très bonne amie…

Et puis, elle m’a seulement demandé combien ça coûte d’observer. Pas combien coûte la passion.

Je l’ai regardée droit dans les yeux, et j’ai répondu : «Bien non, il suffit d’une paire de jumelles ordinaires, d’un petit guide d’identification gratuit sur Internet, et d’un peu de temps disponible». Pour me donner bonne conscience, j’ai ajouté : «Et un vieux chapeau pour le soleil. Tu vas voir, tu vas adorer».

Le reste lui appartient.

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L’oiseau qui rend heureux

Par Michel Paul-Côté 8 h - 5 décembre 2021

Temps de lecture : 4 minutes

Mésangeai_photo1

Une randonnée en forêt boréale ne manquera pas de vous mettre en contact avec le mésangeai du Canada, anciennement appelé geai gris. L’oiseau, fort sympathique, viendra volontiers vous visiter, surtout si vous êtes en train de prendre une collation. Il demandera ou prendra son dû…

Le mésangeai du Canada, communément appelé geai gris ou «whisky jack», passe sa vie dans nos forêts boréales. Il est présent dans toutes les provinces du Canada. Rencontrez l’oiseau le plus canadien qui soit!

Ici au Québec, on le retrouve surtout dans les secteurs situés au nord du Saint-Laurent et dans les hautes montagnes de la Gaspésie.

Charlevoix se situe à la limite sud de son aire de dispersion. On le croise souvent lors des visites dans nos parcs nationaux, et lors d’excursions dans l’arrière-pays.

Les amateurs de plein air qui fréquentent nos forêts du nord de Charlevoix le connaissent bien.

C’est un oiseau apparenté aux corneilles et geais bleus. De la taille du geai bleu, il montre un dos gris, collier blanc, petite calotte noire sur l’arrière de la tête, dessous blanc, face blanche, un œil curieux bien dégagé.

C’est un oiseau peu farouche qui aime et recherche la compagnie des humains. Les bûcherons d’autrefois l’appelaient «camp robber», à cause de son habitude de dérober la nourriture laissée dehors pendant l’heure du lunch.

En anglais, on l’appelle communément «whisky jack», déformation de son nom algonquin, «wiskedjak», qui signifie «esprit espiègle toujours prêt à jouer des tours».

Et c’est la raison pour laquelle la rencontre de cet oiseau nous rend heureux.

Le mésangeai sait depuis longtemps que l’humain est synonyme de nourriture, et que nous ne représentons pas de danger pour lui. Il vient vers nous, et nous suit dans la forêt.

Clairement, le lunch du midi est à risque si vous laissez un sandwich sans surveillance, ne serait-ce que quelques secondes. Si vous n’offrez pas un morceau de pain, le mésangeai n’a aucun scrupule à se servir lui-même.

Il aime son territoire, environ 150 hectares, et y réside toute sa vie. Pas de migration pour lui. Il aime le froid, et est bien équipé pour y résister grâce à des plumes bien duveteuses. Très tôt en hiver, ils se préparent à recevoir leur nouvelle famille.

Dès le début mars, ils sont déjà en train de couver, dans un nid confortable et très bien isolé, bâti dans un conifère, abrité des vents et exposé aux chauds rayons du soleil.

Mésangeai_photo2 Les grands froids des nuits de mars, parfois -30 °C, n’atteignent pas les œufs qui demeurent bien au chaud sous maman.
Début mai, alors que nos oiseaux migrateurs commencent tout juste à se pointer, les jeunes ont déjà effectué leurs premiers vols. Ils sont généralement 3 à 4.

Ils demeureront avec les parents pendant environ 50 à 60 jours. Par la suite, suite à des disputes de plus en plus fréquentes, les jeunes seront expulsés du territoire par le jeune dominant qui demeurera.

Le dominant est généralement un mâle qui demeurera avec ses parents pendant 1 an.
Les jeunes «expulsés» sont souvent des femelles. Certaines trouveront une famille d’accueil auprès d’un couple qui n’a pu mener à terme sa couvée. Mais le taux de mortalité des «expulsés» est de 80 %.

Côté nourriture, le mésangeai se nourrit d’insectes, de champignons, de fruits sauvages, d’araignées.

Menu intéressant, mais difficile à trouver en hiver. Son secret : à partir de la fin de l’été et pendant tout l’automne, le mésangeai accumule de la nourriture qu’il cache sous l’écorce des arbres.

Avant d’insérer la nourriture dans sa cachette, le mésangeai va l’enrober de salive collante, ce qui protège l’aliment d’une détérioration prématurée et lui permet de mieux adhérer à l’écorce. Il peut créer jusqu’à 1000 caches différentes par jour.

Le froid est son allié, car la nourriture ainsi cachée est préservée pendant tout l’hiver.
Fait exceptionnel : le mésangeai garde en mémoire ces dizaines de milliers de cachettes.

Les scientifiques qui ont étudié le phénomène ont conclu que c’est la mémoire qui les dirige vers leur nourriture, et non l’odorat ou le hasard.

Un impact de l’omniprésent changement climatique : la diminution de la fréquence et de la durée des grands froids nuit grandement à l’oiseau.

Les réchauffements en plein cœur de l’hiver nuisent à la préservation de la nourriture cachée.

L’oiseau peut difficilement se déplacer plus au nord, car il dépend pour sa survie des grandes forêts boréales.

Que lui réserve un Canada aux hivers moins rigoureux? Probablement une diminution de son aire de distribution.
Mais il est toujours bien présent chez nous, et ira vous rendre visite lors de votre prochaine randonnée hivernale en forêt.

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Le garrot d’Islande,
ce survivant qui aime Charlevoix

Par Michel Paul Côté 12 h 37 - 6 novembre 2021

Temps de lecture : 4 minutes

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Charlevoix est choyée, chaque automne, par l’arrivée d’un oiseau spécial, un batailleur, un survivant : le garrot d’Islande. Il demeurera avec nous tout l’hiver, et est facile à observer.

Il s’agit d’une espèce probablement en diminution, sûrement en péril, avec tout juste 6500 individus au Québec. Le reste de la population du garrot se situe en Colombie-Britannique et en Alaska (160 000), et en Islande (2000). Sa survie à l’est de l’Amérique du Nord est en jeu, car son habitat est sérieusement menacé.

Il est beau, de la taille d’un canard moyen, le mâle ayant un dos noir et un dessous blanc, une tête presque noire avec un front avancé (contrairement à son cousin le garrot à œil d’or qui a un front fuyant), et un croissant blanc bien visible et caractéristique entre l’œil et le bec.

La femelle niche l’été sur les hauts plateaux de la Basse-Côte-Nord, à 500 mètres d’altitude, sur le bord de lacs «morts», c’est-à-dire qu’ils ne comptent pas de poissons dans leurs eaux, ce qui élimine une bonne partie de la compétition pour la nourriture recherchée. Ce territoire se nomme le «muskeg».

On compte probablement quelques couples nicheurs dans l’arrière-pays de Charlevoix, sur nos lacs de tête, au haut des montagnes. Ce sont des oiseaux cavicoles, qui nichent dans les cavités de gros arbres morts. Ils se nourrissent de crustacés et insectes, beaucoup plus abondants lorsque les poissons sont absents des lacs.

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Photo Michel Paul Côté


Jadis ils étaient très nombreux, mais certaines pratiques de l’homme ont grandement affecté son habitat.
L’exploitation forestière dans des régions plus reculées a affecté le garrot d’Islande de deux façons. Les arbres qui servent de nichoirs disparaissent et l’ouverture de chemins forestiers permet de rejoindre des lacs jadis non exploités par les pêcheurs. L’ensemencement généralisé de ces lacs modifie leur habitat et rend leur survie plus ardue.

Il y a quelques années, plusieurs associations se sont intéressées à cet oiseau et ont tenté de lui donner un coup de main. L’installation de nichoirs artificiels s’est avérée assez fructueuse. Mais ça prend de la détermination et beaucoup de lotion antimoustique pour aller installer de tels nichoirs dans des secteurs éloignés. Merci aux bénévoles, aux différentes fondations et associations, et aux populations autochtones pour tous les efforts déployés. Il faut également signaler l’immense travail effectué par André et France Dion qui ont travaillé pendant des décennies à faire en sorte que le merlebleu et le garrot d’Islande puissent effectuer un retour en force sur le territoire du Québec.

L’hiver est la saison de la grande séduction pour cet oiseau. Nous sommes les témoins choyés de ces rituels amoureux qui se déroulent souvent à quelques dizaines de mètres de la rive du Saint-Laurent.

Avec le retour du beau temps, les femelles retournent au «muskeg» pour y nicher et élever les petits, seules. Les mâles, la grande séduction terminée, se dirigent, entre gars, vers le Grand Nord, l’arctique, la Baie-James. Il semble que leur travail, somme toute assez limité, soit accompli…

La femelle, aussitôt les œufs éclos, dirige les petits vers le lac et les accompagne jusqu’à ce qu’ils soient autonomes. Elle ira ensuite rejoindre les mâles dans le Grand Nord pour y passer une partie de l’automne.
Assez tard l’automne, ils arrivent tous chez nous, en grand nombre. Pas ailleurs au Québec, mais bien chez nous.
Les jeunes reconnaissent-ils papa? J’en doute…

Ces oiseaux passent l’hiver dans Charlevoix et dans certaines baies de la Côte-Nord qui ne gèlent pas.
Les nombreux espaces sans glace, grâce aux courants et aux mouvements de marées, de Baie-Sainte-Catherine à Cap-aux-Oies, accueillent ces oiseaux en nombre appréciable, quelques fois même jusqu’à Baie-Saint-Paul. On peut généralement observer des regroupements importants à Saint-Siméon, Pointe-au-Pic et Saint-Irénée.
La paire de jumelles permet de pénétrer dans leur intimité et d’observer leur vie hivernale au quotidien.
Combien de temps ce survivant parviendra-t-il à demeurer au Québec?

On l’ignore, on espère que le retour sera durable, on le protège, mais pour l’instant ils arrivent chez nous graduellement et n’attendent que votre visite…

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L'urubu à tête rouge

Chronique du 19 septembre 2021

Son apparence laisse perplexe, et je suis poli. Tête recouverte d’une peau rouge et plissée, sans plumes, l’œil menaçant, le plumage foncé, un bec de rapace. Mais ses parents le trouvent probablement très beau, et c’est une espèce très utile pour l’homme!

Urubu à tête rouge en vol plané
(©2012 Gunnar Helliesen)

Depuis quelques années, pendant la belle saison, on peut apercevoir dans le ciel de Charlevoix de très grands oiseaux noirs qui planent assez haut dans le ciel. Plus gros que les corneilles ou corbeaux, avec une amplitude d’ailes de près de 180 cm (6 pieds), ils flottent en altitude, leurs grandes ailes formant un léger V, se servant des courants d’air chaud pour parcourir des distances considérables sans donner un seul coup d’aile. Ils apparaissent vers 10 heures du matin, lorsque le soleil réchauffe le sol pour ainsi créer les courants ascendants. Aux jumelles, on remarque sous les ailes une nette démarcation plus pâle, caractéristique de l’espèce. Lorsqu’ils tournent, on peut apercevoir facilement la tête rouge.

Il s’agit de l’urubu à tête rouge, un nécrophage se nourrissant de charognes. Il y a 45 ans, je me rendais au pied de falaises situées au nord de Hull pour y observer la première mention de l’urubu au Québec. En 2021, l’espèce se retrouve presque partout le long de la vallée du Saint-Laurent. Un succès en termes d’occupation du territoire.

L’oiseau suit la route des dépotoirs à ciel ouvert et des autoroutes achalandées. Il aime les grands espaces qui offrent des falaises à proximité, afin de profiter des courants d’air chaud qui se forment le long des escarpements et qui lui permettent de parcourir de grandes distances sans se fatiguer.

Dans Charlevoix, l’été, il est impossible de ne pas le remarquer pendant la journée, planant assez haut dans le ciel, souvent en groupe de 3 ou 4. Le soir, c’est une autre histoire. L’oiseau se retire dans un arbre, ou dans une cavité le long d’une falaise, loin des regards. Il n’est pas rare d’en observer une dizaine, à la tombée du jour, à la halte routière située le long de la rivière Malbaie, sur le chemin de la Vallée.

On ne le retrouve pas chez nous en hiver. Difficile de trouver des carcasses fraîches, non gelées, sous un couvert de neige ou le long des routes.

Si l’on s’intéresse un peu à l’urubu, ce que l’on apprend surprend beaucoup.

Monogame, fidèle à son site de reproduction, on ne lui connaît que peu de prédateurs. C’est une espèce extrêmement utile pour l’homme. Ce charognard jouit d’un odorat exceptionnel, pouvant détecter l’odeur du sang à plusieurs kilomètres. Il se nourrit des carcasses d’animaux morts, que l’on retrouve fréquemment le long de nos routes, dans les champs, le long des cours d’eau. Il permet ainsi d’éviter la prolifération de bactéries qui pourraient affecter l’environnement. Son apparence n’est pas le fruit du hasard, mais le résultat d’un long processus d’évolution et d’adaptation remarquable. La tête totalement libre de plumes est conçue pour plonger profondément à l’intérieur des carcasses d’animaux, sans développer des bactéries que des plumes développent immanquablement. Il n’est pas rare d’apercevoir un urubu perché sur une branche, ailes déployées comme le cormoran, occupé à faire «stériliser» son plumage par les rayons du soleil.

Urubu à tête rouge perché

Son bec incurvé, de couleur ivoire, n’est pas suffisamment fort pour lui permettre de percer le cuir plus épais de mammifères plus gros que lui. Il se contente de petites carcasses, marmottes, écureuils, porcs-épics, ratons laveurs, lièvres, etc. Pour l’urubu, une carcasse âgée de 3 à 4 jours constitue un mets de prédilection, juste assez tendre. Il faut dire que son système digestif est très robuste et efficace.

Chez nos voisins du Sud, il cohabite assez bien avec le vautour noir, qui jouit d’un bec plus costaud, lui permettant de percer facilement les carcasses de gros mammifères. L’urubu trouve la carcasse, le vautour l’ouvre de son bec puissant et acéré, tout le monde y trouve son compte. Une fois son repas terminé, l’urubu peut se priver de nourriture pendant 2 semaines.

La prochaine fois que vous apercevrez, haut dans le ciel, quelques oiseaux noirs qui planent, prenez le temps de sortir vos jumelles.
À défaut d’être charmés, vous serez surpris.



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Le colibri à gorge rubis,
et l’homme qui les photographie.

Par Michel P. Côté – août 2021

Colibri CR-0

© Photographie de Clément Roy

Assis confortablement sur le balcon, mon café en main, perdu dans mes pensées à contempler le fleuve, je suis ramené à la réalité par un gazouillis familier.
Ils sont de retour assez tôt ce matin, malgré une certaine fraîcheur matinale.
La famille de colibris est de retour aux abreuvoirs. Ils sont 4. Des colibris à gorge rubis. C’est la seule espèce de colibris que l’on retrouve au Québec.
Je présume que ce sont les jeunes de l’année, accompagnés de la mère, mais il est difficile de les différencier.

Les mâles portent fièrement la gorge rubis, alors que les femelles sont plutôt verdâtres, sans la marque caractéristique.

Leur comportement n’est pas typique des autres espèces d’oiseaux.
Le concept de famille n’existe pas chez le colibri. Le mâle va s’accoupler avec la femelle du jour, après l’avoir impressionnée avec des vols acrobatiques, puis il disparaît totalement de la bulle familiale. C’est la femelle qui fait tout, seule.

Les mâles quittent même le Québec quelques semaines avant les familles. Pas nécessairement un modèle.

© Clément Roy

© Clément Roy

Au printemps, ils arrivent dans Charlevoix, généralement entre les 18 et 22 mai. Chez moi, c’est toujours le 20 ou 21 mai. Chez mon ami Jean-Louis, en bas de la côte, 2 jours plus tôt. Le colibri se pointe devant la fenêtre de la cuisine, bien en vue. Le message est clair : j’ai peu de temps pour sortir les abreuvoirs, sinon ils iront ailleurs, probablement chez Jean-Louis. Il est probable que ce sont les membres de la famille de l’année précédente qui reviennent sur leur territoire.

© Clément Roy

© Donald Lavoie

Mais les abreuvoirs sont toujours prêts, nettoyés. Le mélange classique : 1 partie de sucre pour 4 parties d’eau semble les satisfaire. Le colorant rouge n’est pas requis si l’abreuvoir est rouge. L’important est de garder les abreuvoirs très propres en les nettoyant à la brosse aux 48 à 72 heures. Surtout par temps chaud, car l’eau sucrée fermente et s’avère nocive pour l’oiseau. Ainsi les petits abreuvoirs sont à privilégier, pour éviter le gaspillage.
Le colibri ne se nourrit pas uniquement de nectar, mais des insectes que l’on trouve dans les fleurs, même d’insectes attrapés en vol. Différentes études récentes ont démontré que si un colibri ne se nourrit que de nectar, il perd du poids et s’affaiblit grandement. Les insectes sont une source de protéines indispensable pour la bonne santé du colibri.

Certains aiment l’idée que les colibris jouent à cache-cache continuellement. La réalité en est plutôt une de protection de territoire, de chicanes d’abreuvoirs… Nul jeu, mais un exercice continuel de repousser les intrus.

© Donald Lavoie

Au niveau physique, c’est une source d’émerveillement : quelques centimètres de long, il pèse l’équivalent d’une pièce de 5 sous. Les mouvements d’ailes caractérisent cet oiseau : en bougeant l’orientation des ailes, il peut faire du surplace. Et ces ailes battent très rapidement : 50 battements à la seconde. C’est ce qui rend la tâche du photographe si difficile. Capter l’image d’un colibri avec des ailes immobiles demande un grand talent de photographe, et des équipements spécialisés.

© Clément Roy

Ces petites boules d’énergie sont capables d’exploits physiques incomparables pour leur taille. Ils passent l’hiver en Amérique centrale.

© Clément Roy

Cela signifie que deux fois par année le colibri va parcourir une distance de plusieurs milliers de kilomètres, dont le survol du golfe du Mexique, une distance de 800 km sans arrêt.

Peu surprenant que le colibri double son poids avant d’entreprendre sa migration. Ses réserves de graisse seront totalement épuisées à son arrivée.
Son séjour chez nous dure peu de temps, les mâles commencent à partir vers la fin juillet, les femelles et les jeunes guère plus d’un mois plus tard. Oui, on aperçoit parfois des colibris en septembre et même plus tard, mais c’est l’exception. Il y a des retardataires partout…

N’hésitez pas à accrocher un abreuvoir et à planter des fleurs autour de votre galerie, à portée de vue. Ces charmants visiteurs sauront vous procurer des heures de plaisir.

L’homme qui photographie les colibris.

  Clément Roy

  Abreuvoirs chez Clément Roy

Le photographe et son studio grandeur nature.

M. Roy utilise surtout une lentille de 400mm f2,8, pour saisir l’action, à main levée, sans trépied. Évidemment, on constate le résultat de plusieurs décennies de métier.

Lorsque j’ai débuté cette chronique sur les oiseaux avec l’hebdo «Le Charlevoisien», je croyais que les oiseaux seraient évidemment le sujet central. Mais je me suis rapidement rendu compte qu’on ne peut parler des oiseaux sans parler des rencontres régulières avec des gens d’exception, les observateurs d’oiseaux. Ces individus qui les aiment, les observent, les nourrissent, les photographient, les protègent, et qui partagent leur passion et leurs connaissances avec nous tous.

En mai dernier, la «Corporation Lumière Image de Charlevoix», plus familièrement appelée la «CLIC» (au-delà de 2000 «amis» Facebook) a demandé à ses membres de proposer des photos de colibris pour illustrer cette chronique.

Plusieurs ont relevé le défi. Un membre en particulier m’a fait parvenir plusieurs fichiers de photos de colibris. En ouvrant ces fichiers, je fus littéralement renversé. Des photos superbes, hors du commun. Il s’agit de Clément Roy, de Saint-Aimé-des-Lacs. Évidemment, j’ai voulu le rencontrer. Clément et son épouse m’ont gentiment accueilli chez eux tout dernièrement. Nous avons parcouru les chemins qui sillonnent son immense propriété. Un véritable refuge pour les oiseaux. Et nous avons parlé colibri. Il les observe toute la journée, de sa galerie. Ses abreuvoirs et fleurs «à colibris» sont à quelques mètres, bien en vue. Muni de son 400 mm, il capte chaque mouvement avec un doigté exceptionnel.

Ce militaire retraité a toujours aimé la photographie. Père et grand-père étaient de bons photographes. C’est dans l’ADN familial. Il produit des photos exceptionnelles qui font régulièrement le tour de la planète. En 2011, il est reconnu à Washington par la société «National Geographic» comme faisant partie des 20 meilleurs photographes de l’année. Il ne cesse de nous émerveiller quotidiennement sur son compte Instagram. (clementroy3640)

Et il a gracieusement accepté que nous publiions 1 fois quelques-unes de ses photos de colibris. Je l’en remercie.


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Les oiseaux, trait d'union intergénérationnel

Chronique du 7 juillet 2021

L’observation des oiseaux constitue un passe-temps qui est pratiqué par des amateurs de tous les âges. Beaucoup de retraités, et semi-retraités, consacrent de nombreuses heures chaque semaine à cette passion. Et beaucoup de grands-parents veulent passer des moments de qualité avec leurs petits enfants, surtout suite à cette difficile période post-pandémie. Le résultat naturel de cette situation est que nous rencontrons de plus en plus fréquemment des grands-parents dans les principaux sites d’observation d’oiseaux, accompagnés de très jeunes «apprentis».

Les jeunes sont facilement et rapidement fascinés par les oiseaux. S’ils tendent une main remplie de graines de tournesol l’hiver à une bande de mésanges à tête noire, vous graverez pour toujours cette expérience dans leur mémoire. Pointez un télescope sur un nichoir, puis offrez à l’enfant de regarder une hirondelle qui nourrit ses petits, et le regard surpris et émerveillé de vos petits vous comblera de satisfaction.

Laissez vos petits remplir votre mangeoire de tournesol, ou remplir de beurre d’arachide les trous dans le petit rondin suspendu dans votre cour, et les petits passeront des heures aux fenêtres à surveiller tous les oiseaux qui se pointent à LEUR mangeoire.

Prenez le temps de répondre à leurs questions. Où dorment-ils la nuit, d’où viennent-ils, est-ce qu’ils se parlent entre eux, le pic a-t-il mal à la tête, est-ce qu’ils trouvent l’eau froide l’hiver? Soyez informés que chaque réponse génère plus de questions, encore plus d’intérêt. Autant d’occasions de parler subtilement de géographie, d’écologie, de biologie. Mais vous avez tout votre temps, et eux aussi.

La relation entre les petits-enfants et les grands-parents en est une de complicité, de rires, de plaisir, de confidences.

Nul besoin d’être un expert. Apprendre les oiseaux avec ses petits-enfants est tout aussi intéressant que de partager ses connaissances.

«Grand-papa n’entend plus aussi bien que jadis, est-ce que tu peux m’aider à entendre des oiseaux? Mamie ne voit pas très bien les couleurs de cet oiseau, peux-tu m’aider? Il semble y avoir 2 oiseaux dans le guide qui se ressemblent pas mal, qu’en penses-tu?»

Toutes les astuces sont permises.

Et il faut humblement accepter que le petit voie très bien la marque rouge derrière la nuque, sans même devoir utiliser ses jumelles. Oui, cette marque rouge que vous peinez à voir avec vos jumelles!

Débutez avec eux une liste des oiseaux vus, dans votre cours, dans le parc, sur le bord du fleuve. Rapidement, vous atteindrez 10, puis 25, puis 50 espèces. Autant d’occasions de fêter la marque atteinte.

Il manque 2 espèces pour atteindre 25, et la sortie est infructueuse. Belle occasion de revenir, et de parler de persévérance.

Lors de mes excursions régulières aux États-Unis l’hiver, à sillonner les sentiers dans les refuges d’oiseaux, il est tout à fait normal et fréquent de croiser des grands-parents qui gardent les jeunes pendant le congé scolaire. Jumelles au cou, ils se laissent guider par ces jeunes qui entendent tout, voient tout, et dont l’énergie semble inépuisable. Les aînés affichent un air de fierté, de bonheur, de calme, et souvent de grande fatigue…

Ces moments privilégiés demeurent gravés pour la vie dans les souvenirs de ces jeunes, et bien souvent contribuent à influencer des orientations scolaires et professionnelles.

Alors, n’hésitez pas. Que ce soit une mangeoire qu’on observe de la fenêtre de votre cuisine, au parc au coin de la rue, ou dans un refuge d’oiseau réputé, offrez-vous une petite sortie avec les petits.

Il y a fort à parier que très bientôt les parents, vos enfants, voudront se joindre à vous.

Bonne sortie.

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Le retour du faucon pèlerin dans Charlevoix

Par Michel P. Côté - juin 2021

Un oiseau très beau, parfaitement adapté pour le vol à grande vitesse et la chasse.
Photo gracieuseté de la librairie Macaulay, Cornell lab.

S’il est une scène qui marque pour toujours un observateur d’oiseaux, c’est bien celle d’un faucon pèlerin qui plonge à plus de 320 km à l’heure sur une proie, souvent un pigeon en train de manger des miettes de pain dans un parc urbain, ou, plus fréquemment chez nous, un petit canard ou eider que ses parents n’arrivent pas à protéger. Oui, 320 km par heure! C’est l’oiseau le plus rapide de la planète. Il grimpe bien haut dans le ciel, se perd dans l’éclat du soleil, puis plonge à cette vitesse vertigineuse sur sa proie. C’est un chasseur remarquable.

Pendant les années 70, ce petit rapace était sur la liste des oiseaux gravement menacés en Amérique du Nord. Il n’arrivait plus à se reproduire, surtout à cause de l’utilisation généralisée du pesticide DDT. Des changements de réglementation, l’élimination du DDT des pratiques agricoles, et une campagne bien orchestrée pour réintroduire le faucon pèlerin, tout cela a contribué à un lent retour du pèlerin. Des faucons furent capturés, transportés et réintroduits en milieu captif un peu partout aux États-Unis et au Canada. Les fauconneaux nés de ces couples réintroduits sont revenus à leur lieu de naissance au printemps suivant et se sont lentement mis à former des couples et à se reproduire.

Nous sommes tous familiers avec ces images diffusées en direct et en continu du couple de faucons qui nichait sur un toit de l’Université de Montréal.

Les autorités fédérales et provinciales se sont beaucoup impliquées pour étudier et faciliter leur retour.

Il y a quelques semaines, plusieurs Charlevoisiens ont aperçu un véhicule du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP) stationné à différents endroits.

Ils sont venus constater, avec des équipements spécialisés, l’évolution de l’implantation naturelle des faucons dans notre région. Car le faucon y fait un retour. Notre relief escarpé est un milieu favorable pour le pèlerin.

Mme Zany Duchesneau, avec son équipement, devant ses falaises.

Depuis 5 ans, Mme Zany Duchesneau, de Saint-Irénée, agit comme bénévole pour ce ministère afin de surveiller quelques nids de faucons. Dernièrement, M. Ghislain Tremblay, de Saint-Joseph-de-la-Rive, lui donne un sérieux coup de main. Surveiller est un mot bien modeste pour décrire l’immensité de l’effort déployé. D’avril à la fin juillet, Zany et Ghislain se déplacent presque quotidiennement au pied de falaises qui accueillent généralement des couples de pèlerins. Et ils se déplacent sur de longues distances, à travers une nature parfois difficile d’accès, avec comme «bagage léger» des carnets de notes, des jumelles, une caméra, un télescope, un trépied, des vêtements chauds, un lunch, un sac à dos, un petit banc. Zany mentionne de plus en plus souvent qu’elle a mal au dos.

De longues heures passées au froid glacial, à la pluie, au vent, parmi les nuées de moustiques, puis durant nos grandes chaleurs. Parfois pour ne rien voir, puis pour dénicher l’endroit où les couples s’établissent pour la saison, plus souvent pour noter un simple mouvement de tête, un échange de nourriture entre le mâle et la femelle. Après plusieurs semaines, la couvaison, l’éclosion, les fauconneaux qui grandissent, puis qui se lancent pour leur premier envol. Ça semble très beau, et ce premier envol remplit les parents et observateurs d’une grande satisfaction, mais un pourcentage non négligeable de fauconneaux n’arrivent pas à ce premier envol. Grande déception pour les bénévoles de voir un corbeau piller le nid en l’absence des parents qui sont partis chasser pour nourrir des petits de plus en plus exigeants. C’est la nature à l’état pur.

Plusieurs falaises abritent des couples de faucons pèlerins. Les plus connues se situent à Saint-Irénée, Saint-Joseph-de-la-Rive, Baie-Saint-Paul, Baie-des-Rochers, Saint-Siméon, et les palissades.

Les zones d’estran constituent un terrain de chasse idéal pour les faucons pèlerins qui aiment nicher dans les hauteurs des falaise

Mais il y a probablement beaucoup plus d’endroits qui accueillent cette espèce de rapaces spectaculaires.

Si vous pensez que votre secteur est occupé par un couple de faucons pèlerins, vous êtes privilégié. Et, svp, informez-nous de ces nids, afin que l’on puisse étudier leur progrès. (oiseauxcharlevoix@gmail.com)


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L’été de l’Aigle Empereur

Pygargue empereur

Photo par Allie Cauldfield – 2008-05-24 - CC-BY-2.0

En Asie, plus particulièrement sur la côte Nord-Est du Japon et sur la péninsule du Kamtchatka, à l’extrême est de la Russie, vit un oiseau exceptionnel. Il peut vivre jusqu’à l’âge vénérable de 50 ans, et il ne connaît pas vraiment de prédateurs. Il peut peser jusqu’à 9 kg, soit 20 livres, et en vol déploie ses ailes sur une amplitude pouvant atteindre 2,5 m, soit 8 pieds.

Ils sont près de 3000 à vivre paisiblement en Russie, le long de la côte poissonneuse, dans le climat dur de ce coin de la planète. Ils se nourrissent de petits phoques, de renards, mais principalement de poissons.

L’espèce est considérée comme vulnérable, ce qui signifie que son avenir est incertain. La surpêche rend son alimentation plus difficile, certains trappeurs russes continuent de les abattre, car ils mangent parfois des blanchons, et le réchauffement climatique rend leur aire de reproduction plus sujette aux inondations, ce qui détruit les nids. Le Japon protège l’espèce, mais il n’y en a que moins de 1000 dans ce pays.

Il s’agit de l’Aigle Empereur ou pygargue empereur ou pygargue de Steller (Haliaeetus pelagicus ).

Ce majestueux rapace aime bien vagabonder, et traverse parfois le détroit de Béring, profitant des vents favorables de tempête, pour aller faire une petite virée en Alaska. Ainsi, peu fréquemment, il est aperçu à l’extrême ouest de l’Alaska. Peu d’observateurs ont eu la chance de le voir en Amérique. Se rendre en Alaska, dans des secteurs très difficiles d’accès, pour y apercevoir ce vagabond éphémère n’est pas une activité au goût ni à la portée de bien des amateurs.

L’espèce ne fut jamais observée au Canada.

Jusqu’à cet été.

Début juillet, branle-bas de combat sur les sites spécialisés d’observation d’oiseaux : L’oiseau fut observé par un pêcheur sur la rivière Restigouche, près de Pointe-à-la-Croix, entre le Québec et le Nouveau-Brunswick. Son observation fut visuellement confirmée par les gardes-chasse du secteur que le pêcheur a contacté, étant lui-même assez perplexe. On y pense à deux fois avant de confirmer la présence d’une telle rareté sur les sites spécialisés…

Mais c’est bien lui, à 11 000 kilomètres de son domicile. Que fait-il à cet endroit, comment est-il venu, est-il seul, est-ce un aigle qui se serait échappé d’un lieu de captivité? Nul ne sait. Il fut revu brièvement par quelques observateurs. Il est seul. Il n’est pas bagué, donc c’est un oiseau sauvage.

En juillet, je me suis empressé de sauter dans notre petit motorisé pour me rendre à Pointe-à-la-Croix. À mon arrivée, on ne l’a pas vu depuis quelques jours, et il ne sera pas revu. Déception, mais quel beau coin de la province! Et les amateurs d’oiseaux du secteur décrivent avec fierté leur coin de paradis, le secteur où je verrai l’aigle pêcheur, où le martin-pêcheur qui fait sa ronde d’après-midi. Un peu partout, le pygargue à tête blanche est perché sur les arbres surplombant la rivière. Oui, vraiment, un beau coin de pays. Content d’être venu.

Retour à Saint-Irénée, bredouille, mais pas vraiment. Ce fut un beau petit voyage.

Deux semaines plus tard, les sites WEB clignotent en rouge, notre vagabond est aperçu à Gaspé, le long de la rivière York, par plusieurs observateurs. Puis aperçu le lendemain, puis le surlendemain… C’est assurément notre même Aigle Empereur. Le frigo du motorisé est plein, mais je dois retarder mon départ de quelques jours. Le jour du départ, on ne l’a pas vu depuis 48 heures. On décide de ne pas partir, d’attendre qu’il soit revu. Il ne sera pas revu.

Est-ce la fin de l’histoire de notre Empereur? Pas encore.

Récemment, l’aigle est apparu à Matane. Il est observé notamment le long de la rivière Matane, précisément à l’endroit d’où j’écris cette chronique. Je suis au camping de la rivière Matane depuis 4 jours. Nulle trace de l’aigle. Je suis à mon ordinateur, assis à une table de pique-nique, il fait beau, pas trop frais, je bois mon café du matin, et je regarde la branche où s’est posé l’aigle il y a déjà deux semaines. Où est-il? Comment a-t-il pu parcourir une si grande distance? Que deviendra-t-il cet hiver? Autant de questions sans réponses…

Mais j’ai rencontré des gens qui l’ont vu brièvement. Agréable de vivre leurs émotions en écoutant leurs récits. Et quelle belle rivière, que l’on peut explorer en vélo, car une piste cyclable la longe sur une bonne distance! Évidemment, la bière locale doit être goûtée, et les crevettes sont excellentes.

La probabilité que je croise l’empereur est faible. Demain, départ pour Gaspé. On ne sait jamais, peut-être y retournera-t-il… Et je suis si près, pourquoi ne pas y aller? Je ne connais pas la rivière York.

L’observation des oiseaux et la chasse aux raretés sont souvent un prétexte pour voyager, pour découvrir des coins enchanteurs, pour rencontrer des gens passionnés, pour en apprendre sur le lieu de vie d’origine de l’oiseau recherché, pour créer des souvenirs.

Oui, l’été de l’aigle Empereur aura été un bel été de voyage, de rencontre, de souvenirs. Merci, le vagabond, où que tu sois. Et bonne route!

Reportage de Radio-Canada sur la visite du pygargue empereur en Gaspécie : RC_pygargue empereur


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Le parcours des Berges
de Clermont

Parcours des berges 

  Photo : Ville de Clermont

Cette première rubrique se devait de débuter, non pas par un oiseau, mais bien par la description d’un joyau de Charlevoix en matière d’observation des oiseaux, et de la rencontre avec une amatrice hors du commun, Doris Martel.

Il s’agit d’un secret bien gardé : le «Parcours des berges Alexis le Trotteur», situé à Clermont, le long de la rivière Malbaie. Ce site est peu fréquenté par les amateurs d’oiseaux, car aucun guide des sites d’observation d’oiseaux du Québec n’en fait mention. Le site WEB de la municipalité ne mentionne même pas l’observation d’oiseaux parmi les très nombreuses activités qu’on y pratique. Pourtant, on y trouve une bonne variété d’oiseaux à tout moment de l’année. Environ 127 espèces rapportées à ce jour, il y en a probablement beaucoup plus, autour de 160.

Le parc suit la rivière sur plus de trois kilomètres, et traverse plusieurs milieux naturels. La rivière avec ses rapides et ses berges, un étang avec un grand marécage, la plaine, et le milieu forestier. Au centre, entre l’étang et le boisé, se trouve l’usine de traitement des eaux de Clermont, avec ses 3 bassins. Paradis pour bien des espèces de canards, avec une belle piste asphaltée, des aires de pique-nique, un pavillon d’accueil.

Les sentiers sont maintenus par la municipalité tout au cours de l’année. Mme Doris Martel, résidente de Clermont, fait bénévolement l’entretien de plusieurs mangeoires et nichoirs. Sept nichoirs à hirondelles bicolores font présentement le bonheur des oiseaux, et pique-niqueurs. Le merle bleu tente bien d’y nicher, mais les logements sont rares.

Il y a 20 ans, l’organisme «Canards illimités» y installe une vingtaine de nichoirs. Faute d’entretien, les nichoirs se sont détériorés avec les années. C’est alors que Doris est intervenu auprès du maire. Elle a bâti une petite équipe de bénévoles, et installé de nouveaux nichoirs qu’elle entretient. Avec un peu plus de ressources, le parcours des Berges pourrait facilement accueillir 20 nichoirs de plus, pour le bonheur des merles et des amateurs. Quel bel outil de valorisation du site, et quel attrait pour les ornithologues de partout au Québec!

Les bassins, qui ne gèlent pas l’hiver à cause du mouvement de l’eau, servent de refuge pour beaucoup d’espèces de canards.

Tout au bout du sentier, la piste descend dans le boisé et permet d’accéder aux berges de la rivière, avec juste en face des falaises de sable. On y observe en saison le martin-pêcheur qui y réside. Les jeunes et moins jeunes peuvent s’y rafraîchir lors des grandes chaleurs de l’été.

On y observe régulièrement l’aigle à tête blanche, perché au sommet d’un arbre mort surplombant la rivière, qui guette sa proie qui remonte les rapides. L’aigle pêcheur en fait également son territoire de pêche.

Depuis quelques années, l’urubu à tête rouge, grand rapace imposant, y abonde.

Lors de votre prochain passage près de Clermont, allez visiter ce merveilleux site, qui deviendra un arrêt obligatoire pour les ornithologues du Québec de passage chez nous. Et saluez Mme Martel si vous la croisez. C’est la dame qui se promène avec jumelles et caméra, dès le lever du soleil, tous les matins. Elle vous montrera les «raretés» du jour.

Vous en reviendrez ravis, reposés, et ferez de ce parc une halte habituelle.

Courrier des lecteurs : n’hésitez pas à commenter via l’adresse courriel oiseauxcharlevoix@gmail.com. J’invite les lecteurs à poser des questions, à faire des suggestions pour cette rubrique. Je tenterai de répondre aux courriels rapidement.


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