Mosaïque

Société d'horticulture
et d'écologie de Charlevoix

CHRONIQUES
ORNITHOLOGIQUES

Par Michel P. Côté
oiseauxcharlevoix@gmail.com




INDEX DES CHRONIQUES
  1. Sur la route, avec les oiseaux
  2. Le commandeur qui montre ses galons : le carouge à épaulettes.
  3. La mésange à tête brune
  4. Le printemps est à nos portes, les corneilles sont arrivées!!!!
  5. Un rayon de soleil d’hiver à notre mangeoire : le gros-bec errant.
  6. L’omniprésente mésange à tête noire, fidèle compagne.
  7. Charlevoix s’offre un beau cadeau : un club d’observation des oiseaux.
  8. L’oiseau venant du nord : le « snowbird » québécois
  9. L’observation d’oiseaux : une maladie incurable…
  10. L’oiseau qui rend heureux
  11. Le garrot d’Islande, ce survivant qui aime Charlevoix
  12. L'urubu à tête rouge
  13. Le colibri à gorge rubis, et l’homme qui les photographie.
  14. Les oiseaux, trait d'union intergénérationnel
  15. Le retour du faucon pèlerin dans Charlevoix
  16. L’été de l’Aigle Empereur
  17. Le parcours des Berges de Clermont

Sur la route, avec les oiseaux

Chronique de la semaine du 15 mai 2022

L’observation des oiseaux est une activité qui devient rapidement, pour plusieurs, une habitude de vie, un réflexe, même une forme de thérapie bienfaisante. Ces mouvements et ces sons qui nous entourent deviennent des compagnons, une sorte d’assurance que la vie poursuit son cours, naturellement, au-delà des absurdités humaines toujours omniprésentes au téléjournal en soirée.


Observateurs : les refuges, parcs, plages, quais constituent des points de rassemblement pour de nombreux observateurs…

Dernièrement, nous nous sommes rendus au sud des États-Unis pour profiter un peu de la chaleur et, bien évidemment, observer la migration des oiseaux qui se dirigent lentement vers le Canada et le Québec pour la période de nidification.

Lorsque mes amis de Saint-Irénée ont confirmé que la neige disparaissait rapidement, nous avons décidé qu’il était temps de revenir, nous aussi.

2 000 km à parcourir…

Pour l’observateur d’oiseaux, les déplacements en auto ou en motorisé ne sont jamais monotones. Il suffit de quitter les grandes autoroutes fédérales et d’emprunter les chemins parallèles des différents états ou provinces pour retrouver des milieux naturels où abondent les oiseaux. Ils sont partout, dans les champs, au sommet des arbres, dans les marécages, sur les étangs, sur les piquets de clôture, même sur le bord de la route en train de nettoyer une carcasse.

L’observateur voit tout, surtout s’il roule à 90 kilomètres-heure ou moins.

Mais l’observation est brève, furtive. Souvent le vol ondulé typique du pic qui traverse la route, l’épaulette orangée du carouge sur la clôture, la blancheur de l’aigrette dans le marais, le vol plané d’un escadron de pélicans qui longent la mer. La silhouette de la buse est souvent aperçue, perchée sur une branche d’un arbre mort sur le bord de la route. Elle guette sa proie dans le champ.

Dans les airs, les vautours et urubus semblent immobiles, suspendus dans le vide.

Inévitablement, vous croiserez des refuges d’oiseaux. Il suffit de consulter les sites WEB pour identifier les nombreux endroits, le long de votre route, qui permettent de faire de belles observations. L’application gratuite «Birdseye» est particulièrement efficace pour vous indiquer les principaux points d’intérêt sur votre route, ainsi que les espèces qui y furent observées depuis quelques jours.

Pourquoi parcourir 600 km par jour quand on peut en parcourir 400? De toute façon, il est recommandé de se délier les jambes toutes les 120 minutes de conduite. Ou est-ce 60 minutes, je ne sais plus trop?

Tout observateur qui se respecte garde toujours ses jumelles à portée de main, ainsi qu’un guide d’identification.


Petit étang au «Parcours des berges» de Clermont.

L’observateur obsessif peut même se distraire avec des défis : combien de temps pour identifier 10 espèces différentes? Combien d’espèces seront identifiées en traversant le Maryland, le Delaware, la Géorgie, ou entre Baie-Saint-Paul et La Malbaie, etc. Évidemment, il est intéressant de pouvoir compter sur la complicité du copilote qui note le tout dans un calepin, et qui démontre le même intérêt…

Les routes ont leurs spécialités.

Certaines routes sont d’un intérêt particulier selon la saison. Au Québec, au printemps, la route 40 présente un spectacle inoubliable dans les champs inondés près du lac Saint-Pierre. Des dizaines de milliers d’oies blanches… Et de dizaines de buses dans les arbres, qui se régalent des souris qui ont dû quitter la protection de leurs terriers.

L’hiver, les routes qui longent la 20 entre Montmagny et Rivière-du-Loup permettront d’observer de nombreux harfangs des neiges.

L’été, une tournée du Saint-Jean nous fait croiser régulièrement la grue du Canada. La route du fleuve en Gaspésie : goélands, mouettes, macreuses, eiders, cormorans, pygargues sont partout. Chez nous, la route du fleuve nous offre de plus en plus souvent la présence du merlebleu. Tous les quais permettent d’observer de nombreux oiseaux de mer, et ce tous les jours de l’année, peu importe la saison.

Bref, chaque déplacement en voiture peut devenir une aventure, une découverte. Même un aller-retour rapide au dépanneur est une occasion de jeter un coup d’œil rapide à la mangeoire d’un voisin, au petit lac, au quai, au parc… Il suffit de regarder.

Le code d’éthique de l’automobiliste ornithologue doit toutefois être respecté. Il relève du gros bon sens.

Bonne route !

MPC

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Le commandeur qui montre ses galons :
le carouge à épaulettes.

Chronique du 26 avril 2022


Carouge à épaulettes

  Le commandeur montre ses galons lorsqu’il prend bruyamment possession de son territoire.

L’arrivée du printemps est officielle lorsqu’on observe des oiseaux chanteurs noirs, arborant fièrement à l’épaule des galons oranges, s’activant dans nos champs encore un peu enneigés. Leur domaine est bruyamment revendiqué au sommet d’un piquet de clôture, d’où ils surveillent les alentours et protègent leur nouveau territoire.

Ils n’hésitent pas à montrer leurs épaules orangées lorsqu’ils font entendre leur trille aigu caractéristique. Cette démonstration de son et de couleur a pour objectif d’attirer une femelle et de montrer leur supériorité aux autres mâles.

Le surnom de commandeur remonte au 18e siècle alors qu’on nommait le carouge à épaulettes le carouge commandeur. Vers le milieu du siècle dernier, Claude Mélançon l’appelait simplement le commandeur dans son populaire livre «Charmants voisins». Le nom est toutefois tombé dans l’oubli depuis.

Le carouge mâle est noir, incluant le bec et les pattes. Il arrive au Québec avant la femelle. De taille moyenne, les épaulettes orangées sont soulignées d’une bande jaune. Parfois, selon la façon dont il est perché, on ne voit que la bande jaune. La femelle est beaucoup plus discrète au niveau de son apparence. Brune, striée de couleurs chamois, elle se confond complètement avec son milieu de nidification. On la confond parfois avec un gros bruant. Elle privilégie les milieux humides, au milieu des quenouilles. Ce type de lieu de nidification lui procure une excellente protection contre les nombreux prédateurs qui menacent les œufs, puis les petits. Couleuvres, ratons laveurs, visons, autres oiseaux, le danger est omniprésent. C’est toutefois un oiseau bagarreur qui défend vigoureusement son territoire. Il est fréquent de voir le carouge s’attaquer à la corneille, au corbeau, et même au héron si ce dernier s’approche de trop près du nid. La même réception est réservée à l’observateur qui s’approche trop du nid. Le commandeur vous survole avec vigueur, simulant l’attaque de votre casquette par des piqués dignes des grands pilotes de guerre. Mieux vaut s’éloigner.

L’espèce est polygyne. Cela signifie que le mâle pourra s’accoupler avec plusieurs femelles pendant la saison de reproduction. Il est fréquent que 15 femelles établissent leur nid sur le territoire d’un seul mâle. Des prélèvements d’ADN ont toutefois démontré que les petits ne sont pas tous issus du même mâle. À chacun son mode de vie…


Carouge à épaulettes : oisillon







Oisillon : Les petits et la femelle sont semblables. La couleur de leur plumage facilite le camouflage au milieu des quenouilles des milieux humides.

La femelle peut élever 3 nichées au cours de la même saison. Les petits sont généralement au nombre de 4. Les petits œufs bleutés sont couvés 12 jours, et les petits demeurent au nid environ 11 jours.

Le carouge est omnivore. Il mange de tout. Grains, insectes grands et petits (libellules, demoiselles, papillons, diptères), fruits, petits mammifères et batraciens, même carcasses d’animaux morts. Cela explique sa présence un peu partout en Amérique du Nord. Il sait s’adapter, même s’il privilégie les milieux humides.

Carouge à épaulettes (photo : Doris Martel)

Doris Martel nous offre ce carouge observé en début avril à Clermont.

À l’automne, les grands rassemblements migratoires de carouges se déplacent souvent dans les champs afin de se nourrir des céréales laissées au sol suite aux récoltes. Le même phénomène se produit au printemps, mais ce sont alors les semences qui sont au menu. Inutile de mentionner que les agriculteurs des prairies n’apprécient pas beaucoup le passage de dizaines de milliers de carouges et d’étourneaux quelques jours après avoir ensemencé leurs champs.

La femelle nous quitte généralement vers le milieu du mois d’août, et le mâle quitte quelques semaines plus tard. Il ne demeure presque jamais au Québec pendant la saison froide, mais on l’aperçoit parfois dans le sud de l’Ontario et de la Colombie-Britannique l’hiver. Le sud des États-Unis et le Mexique accueillent la grande majorité de ces migrateurs.

Très jeune, j’étais déjà fasciné par cet oiseau. Il m’accompagnait lors de mes randonnées quotidiennes dans les champs et pâturages qui entouraient le chalet où nous passions nos vacances d’été. Un compagnon toujours fidèle, coloré, bruyant.

C’est avec un certain plaisir nostalgique que je le retrouve chaque été.

MPC


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La mésange à tête brune

Chronique de la semaine du 10 avril 2022

La passion des oiseaux est quelque chose que les amateurs aiment partager. Les liens d’amitié se créent rapidement, et l’entraide est toujours disponible. Voici un bel exemple de collaboration.

Il y a quelques semaines, «Le Charlevoisien» publiait ma chronique sur la mésange à tête noire. À la fin du texte, je mentionnais que la cousine de cet oiseau, la mésange à tête brune, était beaucoup plus rare et discrète, sortant rarement de la protection de sa forêt boréale. J’observe les oiseaux depuis ma jeunesse, et je n’ai jamais pu observer la mésange à tête brune. Je la cherche depuis longtemps.


Mésange à tête brune

Contrairement à sa cousine la mésange à tête noire, la mésange à tête brune est peu visible et ne fréquente pas les mangeoires. Elle préfère la discrétion des forêts boréales. La calotte brune et la nuque grise sont caractéristiques de l’espèce

On la retrouve en Gaspésie, sur la Côte-Nord, parfois dans les hauteurs de Charlevoix. J’ai mentionné que si des lecteurs connaissaient un endroit où je pourrais apercevoir «la brune» dans Charlevoix, j’aimerais grandement qu’on me contacte.

Le monde des observateurs d’oiseaux est composé de passionnés qui aiment partager. Quelques jours après la parution de la chronique, une dame m’a contacté par courriel pour m’informer qu’un couple de mésanges à tête brune fréquente les abords de son chalet depuis de nombreuses années. Elle m’a décrit avec une passion évidente la joie que ce couple lui procure lorsqu’elle emprunte le sentier près de son habitation. Ils ne sont pas toujours visibles, mais leur chant caractéristique la suit lors de ses marches quotidiennes.

Mésange à tête brune

Après quelques échanges de courriels, je lui ai demandé s’il m’était possible de tenter de les observer. Certainement, mais son chalet se situe au nord de Baie-Comeau. Légère déception, mais les échanges avec cette amatrice d’oiseau furent intéressants.

Quelques jours plus tard, elle me contacta. Son frère voit régulièrement une bande de mésanges à tête brune. La bande fréquente un boisé privé qui jouit d’un microclimat assez nordique. Et son frère habite Charlevoix, à moins de 30 minutes de chez moi! Elle m’offre de nous mettre en contact. Bien sûr!

Le lendemain, je parle à Roger. Oui, il sait où observer «la brune», et en moins de deux nous avons rendez-vous dans son secteur en début d’après-midi.

Isabelle et Roger aiment la nature. Ils vivent au milieu de la forêt et prennent un grand soin de leurs mangeoires d’oiseaux. Sans eux, jamais je n’aurais pu trouver l’endroit. Environ 1 km sur un chemin forestier, heureusement déneigé, un peu. Arrivés à une clairière, on stationne les camions et on emprunte un sentier récemment ouvert par une motoneige. Après environ 20 minutes de montée, Isabelle déclare : «c’est ici».

Évidemment, pas un oiseau en vue. Même pas un son. C’est souvent ainsi.

Mais je suis heureux, car je me trouve sur leur territoire. Si je ne les vois pas aujourd’hui, je reviendrai. Pour l’amateur d’oiseaux, la recherche de l’espèce rare est aussi passionnante que l’observation, sinon plus. Oui, je reviendrai, souvent. Je ferai durer le plaisir.

J’ai grandement remercié ce couple de passionnés qui m’ont invité à revenir quand je voudrai. Si je rencontre le propriétaire du boisé, il me suffira de mentionner leur nom.

Dans les jours qui ont suivi, je suis retourné à plusieurs reprises. Sans succès, mais chaque sortie fut un plaisir. J’ai pu observer longuement, à quelques mètres, une chouette cendrée qui semblait fort surprise de ma présence.

Un jour, j’ai rencontré le propriétaire du boisé qui s’affairait à corder du bois. Je me suis présenté, ai expliqué ma présence, utilisé le nom de Roger et Isabelle. Il m’a bien accueilli, m’a indiqué où stationner mon camion, et m’a souhaité bonne chance.

Cette histoire de mésange à tête brune se termine bien pour moi. Lors d’un après-midi neigeux, en revenant bredouille de ma xième sortie, un mouvement a attiré mon regard, tout près. Nul besoin de jumelles, «la brune» est perchée devant moi et m’observe. Sa calotte brune n’est pas vraiment visible à cause de la mauvaise visibilité, mais le gris de son cou est évident. Et pour confirmer le tout, elle émet son cri caractéristique avant de s’envoler.

C’est terminé. Je suis évidemment heureux, mais en même temps un peu désolé que la recherche de cet oiseau énigmatique soit terminée.

Sur le chemin du retour, j’ai croisé Roger. Un pur hasard. Il me demande :

— Puis?
— Je l’ai vue!

Il semble aussi heureux que moi. Et il ajoute doucement :

— C’est une belle passion, l’observation des oiseaux.
— Oui, c’est vrai.

MPC

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Le printemps est à nos portes,
les corneilles sont arrivées!!!!

Chronique de la semaine du 27 mars 2022

Nous sommes tous familiers avec la corneille d’Amérique.
Elle fait partie du paysage ornithologique québécois depuis toujours.



Lorsque j’étais jeune, l’oiseau noir était abondamment chassé par les cultivateurs, car l’espèce possède la fâcheuse habitude de dérober le maïs dans les champs, et de dévorer au passage les poussins qui s’aventurent un peu trop loin du poulailler.

Les légendes anciennes associaient souvent l’oiseau au mal, DIsney et Hitchcock ont certainement contribué à maintenir ces préjugés bien présents.

Son plumage, entièrement noir, avec l’œil et le bec également noirs, ont probablement prédestiné la corneille au rôle qu’elle occupe dans notre imaginaire.

Pourtant, la réalité est bien différente!

Elle nous revient vers la fin de mars, car une grande partie de la population migre pendant l’hiver vers le Sud des États-Unis et le Mexique. Son arrivée ne passe pas inaperçue. La corneille se déplace en bande pendant la période de migration. Et le groupe est nombreux et très bruyant. Il est constitué d’un couple reproducteur, uni pour la vie, accompagné des rejetons des deux années précédentes, parfois de neveux et nièces. Le tout forme une équipe très bien rodée où chaque individu se voit confier un rôle bien précis. Il y a l’éclaireur, le guet, ceux qui aident à construire le nid, ceux qui défendent le territoire. Tous contribuent à nourrir la femelle lors de la période de couvaison qui dure environ 18 jours. Les petits, particulièrement laids, sont nourris grâce à un aller-retour incessant de tous les membres du groupe. Après quelques semaines, une fois les petits devenus autonomes, le groupe se disperse et devient très discret pendant l’été. C’est la période de la mue.

L’automne arrivé, les bandes se retrouvent, forment parfois d’immenses regroupements dans des dortoirs qui peuvent compter des dizaines de milliers d’individus, facilement observables. Puis, un matin d’automne, les corneilles nous ont quittés.



La corneille est facilement reconnaissable, mais difficile d’approche. Le défi est particulièrement grand pour les photographes. Prendre une bonne photo d’une corneille, toute noire, méfiante de tout objectif pointé dans sa direction, en plein soleil, sur un fond de neige, relève de l’exploit technique. Nos amis photographes connaissent bien la frustration que cet oiseau peut leur générer…

La corneille est intelligente, très intelligente. Elle a rapidement appris à se méfier de l’homme. Elle demeure très près, mais distante. Elle nous observe sans cesse, et n’hésite pas à fréquenter une mangeoire, un jardin, un dépotoir, lorsqu’elle juge que l’endroit est sécuritaire. Les différents moyens inventés par l’homme pour faire fuir la corneille constituent une insulte à leur intelligence. La corneille, comme le faisait remarquer Claude Mélançon dans son bouquin «Charmants Voisins», sait très exactement à qui appartenait chaque pièce de vêtement qui habille maintenant l’affreux et ridicule épouvantail installé au jardin…

Les études récentes ont démontré que la corneille est un des seuls animaux qui peut utiliser des «outils» pour arriver à ses fins, notamment prendre un petit bâton pour aller dégager de la nourriture coincée au fond d’un contenant. Les corneilles élevées en captivité au temps des Romains (maintenant strictement illégal) constituaient jadis des animaux de compagnie appréciés, attachants, fidèles, imitateurs, pouvant apprendre et répéter des mots, compter jusqu’à dix, avec un tempérament espiègle.

La corneille aime jouer. Un bout de bâton suffit à divertir la bande. Un oiseau s’envole avec le bâton, poursuivi par les frères et sœurs. Le bâton tombe au sol pour être aussitôt récupéré par un autre oiseau qui s’envole à son tour, puis le laisse retomber. Cela peut durer fort longtemps… Il suffit d’observer, à distance.

La corneille déteste les chouettes, buses et hiboux et leur livre un combat incessant. Les éclaireurs découvrent rapidement le grand-duc qui dort sous le couvert d’un grand conifère et le chassent sans pitié hors de leur territoire.

L’alimentation de la corneille est celle d’un rapace. Poisson, petits mammifères, oisillons, maïs, et évidemment carcasses le long de nos routes.

Ainsi, ce matin, une bande de corneilles s’est installée autour de la maison, comme à chaque printemps. Il s’agit sûrement de la même bande. Leurs cris étaient matinaux, très matinaux…! Mais le plaisir que l’observation de ces oiseaux intéressants me procurera pendant les prochaines semaines vaut bien quelques minutes de sommeil…

Bonnes observations.

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Un rayon de soleil d’hiver à notre mangeoire :
le gros-bec errant.


Chronique du 3 mars 2022

On associe souvent les oiseaux aux coloris chaleureux à la période estivale.
Heureusement, le
gros-bec errant sait égayer nos mangeoires. Et il est abondant dans notre région,
car il préfère les forêts de conifères comme habitat.


En plein cœur de l’hiver, lors d’une promenade en forêt, à l’orée d’un boisé, ou tout simplement dans la cour arrière, leur arrivée ne passe jamais inaperçue. Il s’agit de la «gang» des jaunes, les gros-becs errants.

De la grosseur du merle, le gros-bec est dodu et plein de vie. Il se déplace en bande bruyante, avec un vol rapide et ondulant. Pas de chant mélodieux, mais des cris incessants et variés qui correspondent au rang social de l’oiseau au sein de la bande, et qui expriment aux autres membres de la bande une gamme de sentiments : la surprise, la curiosité, le danger, la colère, l’inquiétude.

Lorsque cette troupe de gros-becs se présente à vos mangeoires, ils s’annoncent sans gêne.

Les mâles sont spectaculaires, avec un dos et un ventre d’un jaune éclatant. La tête et le cou sont bruns, et les ailes et le cou, bien découpés, noir luisant.



Le gros bec errant porte bien son nom, car il aime vagabonder au gré de la nourriture qu’il trouve. Son coloris très voyant et bien découpé transforme toujours sa rencontre en un moment spécial.

Le bec est caractéristique par sa grosseur, nettement non proportionnée au reste du corps. De forme conique, le bec est de couleur beige l’hiver, mais devient vert pâle au fur et à mesure que le printemps s’installe. C’est une façon naturelle de se camoufler, car il s’agit du même vert que la couleur des nouveaux bourgeons qui poussent à l’extrémité des branches de conifères. Il niche dans ces branches, ne montrant que le bout de sa tête et son bec pour surveiller les alentours. Il est ainsi très difficile à apercevoir.

Son alimentation ne pose jamais de problème dans les forêts de conifères, car il se nourrit principalement des graines des cônes d’épinettes, de sapin et de pin. Et toutes les graines lui conviennent, y compris les graines de mauvaises herbes.

L’hiver, les bandes de gros-becs errants sont souvent aperçues le long de nos routes. Ils raffolent du sel et du gravier fin, et peuvent en consommer de grandes quantités. Cette habitude alimentaire est souvent une source de mortalité causée par les voitures.

Dans notre cour arrière, par -35 °C, il visite joyeusement les mangeoires bien pleines de graines de tournesol, dont il raffole. Une bande de gros-becs errants qui fréquente vos mangeoires est source de grand plaisir, mais c’est un plaisir dispendieux, car leur appétit est insatiable. Observez la technique pour manger une graine de tournesol : patient et très habile pour positionner la graine dans son bec, c’est avec force que l’écaille vole en éclat, et est recrachée au sol, pour ne déguster que la graine intérieure.

Pendant l’été, on le voit moins souvent, bien qu’il soit tout aussi présent.
Il délaisse toutefois le groupe pour se concentrer à ses tâches familiales. Le gros-bec aime bien les larves de la tordeuse des bourgeons pendant la saison chaude. C’est d’ailleurs une importante source de nourriture pour les petits qui sont encore au nid. Les biologistes et agents de la faune qui étudient les populations de gros-becs errants ont noté que les forêts atteintes de la tordeuse accueillent de grandes populations de cet oiseau, mais que ces populations diminuent grandement lorsque la tordeuse est contrôlée.

On le retrouve partout au Canada, et dans plusieurs états américains situés plus au nord.

Mais c’est l’hiver que le gros-bec errant sait égayer notre quotidien parfois un peu grisâtre. Un rayon de soleil bienvenu.


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L’omniprésente mésange à tête noire,
fidèle compagne.

Par Michel Côté - Chronique du 22 février 2022

S’il y a un oiseau avec lequel tous les amateurs sont familiers, il s’agit bien de la mésange à tête noire. On la retrouve partout, tout particulièrement autour des mangeoires.

La mésange est une résidente permanente. On la retrouve dans toutes les régions du Québec, au Canada et dans le nord des États-Unis. Elle s’accommode de tous les habitats, forêts, parcs, jardins, autant à la ville qu’à la campagne.

Facile à reconnaître, elle mesure environ 13 centimètres et porte toujours sa calotte noire caractéristique. Les yeux sont vifs, presque rieurs. Les joues sont blanches, et elle montre un triangle noir sur la gorge. Le dos est gris, le dessous clair, les côtés un peu rouillés, et la queue gris sombre.

Elle est grandement appréciée de tous à cause de son comportement. La mésange s’accommode bien de la présence humaine, est curieuse, et adopte presque immédiatement une nouvelle mangeoire installée près d’une fenêtre.

L’hiver, on voit rarement une mésange seule. Elle vit en groupe, de 4 à 12 individus, en fonction d’une hiérarchie bien établie, basée sur la dominance de chaque oiseau. Il s’agit d’une cellule familiale, composée d’un couple accompagné des juvéniles. Une bande de mésanges est bruyante, échangeant continuellement leur caractéristique «tchic-a -di-di-di». C’est ainsi que les informations sont partagées concernant les prédateurs et la présence de nourriture. Le territoire de chaque bande s’étend sur une douzaine d’hectares. La bande s’y déplace lentement, le long des sentiers, allant de buisson en buisson. La mésange cache souvent de la nourriture dans les cavités des arbres, et démontre une mémoire remarquable pour retrouver ses centaines de cachettes. L’oiseau est territorial, et défend agressivement son domaine.

Lors des nuits glaciales de janvier, la bande se réfugie sous les branches denses des conifères, bien à l’abri des vents et de la neige. Les oiseaux gonflent leur plumage afin de créer une couche isolante d’air et de duvet, et abaissent la température de leur corps de 12 degrés afin de préserver de l’énergie.

Dans son jardin, il est facile d’attirer la mésange. Une simple mangeoire ronde, ou même un plateau, le tout rempli de graines de tournesol, sont garants de succès. Si vous êtes un peu patient, une main tendue avec quelques graines a de bonnes chances d’attirer une mésange. Elles se laissent observer de très près, et attendront même patiemment à côté de vous pendant que vous remplissez la mangeoire.

Au printemps, la bande commence à se disperser. Les juvéniles iront faire leur vie ailleurs, et le couple s’affaire à fonder une nouvelle famille.

Même si les bandes de mésanges sont moins fréquentes avec le retour du beau temps, vous continuerez d’accueillir l’oiseau pendant l’été si vous maintenez une mangeoire et offrez du tournesol. Il s’agit généralement du couple initial et des jeunes de l’année, nés au printemps. La nourriture principale des mésanges pendant l’été est constituée d’insectes, ce qui rend la présence des mésanges souhaitable autour des domiciles.

La mésange joue un rôle important dans la popularité de l’activité d’observation des oiseaux. Nul ne demeure insensible à la vue des mésanges qui s’activent du matin au soir dans la cour arrière. Le simple fait que ce petit oiseau si sympathique et familier soit toujours présent à votre mangeoire, 12 mois par année, beau temps mauvais temps, contribue assurément à notre appréciation de la faune ailée.

En guise de conclusion, dans Charlevoix, on observe parfois la cousine, la mésange à tête brune. Comme l’indique le nom, sa calotte est brune. Elle quitte plus rarement sa forêt. Légèrement plus petite que la mésange à tête noire, elle habite les régions plus au nord. Elle est parfois observée à l’est de Port-au-Persil, et un peu partout sur la côte nord. Je la cherche depuis 50 ans, sans succès… Si vous savez où je peux la voir, faites-moi signe. Mon adresse courriel se trouve en haut de la chronique.

Mésange 2Mésange 1
La mésange à tête noire visite nos mangeoires avec une grande loyauté. Toujours présente, même si vous oubliez parfois de renouveler votre réserve de graines de tournesol. L’été, elle se nourrit principalement d’insectes, très abondants, mais continuera toutefois de fréquenter votre mangeoire.


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Charlevoix s’offre un beau cadeau :
un club d’observation des oiseaux.

(Chronique de la semaine du 24 janvier 2022)

Notre santé mentale est mise à rude épreuve depuis 2 ans. Un bon remède pour contrecarrer l’effet déprimant de la situation, la COVID demeure, au-delà des doses de vaccins, une bonne dose de nature.

Toutes les études scientifiques arrivent aux mêmes conclusions : le simple fait de prendre l’air pendant un petit 30 minutes chaque jour, et d’apprécier les moments de relaxation que procure l’observation de la nature autour de soi, tout cela aide à combattre la dépression, le stress. Marcher, respirer l’air frais, se reposer sur un banc et observer les oiseaux s’alimentant à une mangeoire, tout cela augmente la perception du bonheur.

Charlevoix est privilégié d’avoir des milieux naturels très diversifiés, facilement accessibles, souvent dans sa cour arrière : fleuve, lacs, champs, montagnes, forêts, falaises, rivières.

Évidemment, l’observation des oiseaux permet d’agrémenter nos sorties. Beaucoup de personnes se laissent prendre par cette occupation assez passionnante, qui devient toutefois un peu frustrante lorsque pratiquée en solitaire. Il est agréable de pouvoir partager ses observations avec d’autres amateurs, ce qui permet d’améliorer et d’accélérer ses capacités d’observation. C’est la raison pour laquelle des clubs d’observation d’oiseaux existent un peu partout en Amérique du Nord et en Europe. Ces clubs permettent aux amateurs, du débutant à l’expert, de se regrouper et d’échanger lors de différentes activités centrées sur l’oiseau. Les clubs offrent des sorties guidées, différentes conférences, encouragent et facilitent les sorties plus informelles entre observateurs, et bien souvent chapeautent des projets de revitalisation des milieux où nichent les oiseaux, etc.

La socialisation que permet un club constitue également un facteur très recherché par les membres. Couples de tous âges, personnes vivant seules, nouveaux arrivants, amateurs et photographes de nature, tous se retrouvent autour d’un intérêt commun.

Et la socialisation est certainement un important besoin qui est mis en évidence depuis 2 ans.

Malheureusement, Charlevoix n’avait pas de club. Beaucoup d’observateurs, d’amateurs, mais rien de structuré.

C’est maintenant une situation corrigée.

En fin d’année 2021, le Conseil d’administration de la SHEC (Société d’horticulture et d’écologie de Charlevoix) a adopté une résolution, ajoutant l’ornithologie au mandat de la société.

Fort de plus de 125 membres, la SHEC existe depuis plus de 20 ans. Ses membres, amateurs de jardins, ont toujours été très près des oiseaux qui fréquentent et utilisent leurs coins de paradis durant la belle saison. L’ajout de l’ornithologie aux activités du club est venu naturellement. Pendant l’été 2021, les membres furent consultés, et deux activités furent organisées. L’intérêt fut rapidement confirmé.

De plus, de très nombreux lecteurs de cette chronique ont identifié un grand intérêt à se joindre à un club d’observation des oiseaux.

Il est prévu que de nombreux nouveaux membres se joindront à la SHEC.

L’auteur de ces lignes s’est joint au CA de la SHEC en décembre, et contribuera avec enthousiasme au développement des volets ornithologiques et écologiques, qui vont évidemment de pair.

Dans les prochaines semaines, la SHEC publiera sur son site WEB (http://www.shecharlevoix.com) et sa page Facebook (https://m.facebook.com/SHECCharlevoix) le programme d’activité pour l’année 2022. Il y aura des sorties guidées sur le terrain qui vont s’échelonner de mai à octobre, et qui permettront d’observer nos migrants de même que nos oiseaux résidents. Des cours d’introduction à l’observation et des conférences seront également au programme, particulièrement pendant la saison froide.

La SHEC développera également avec les milieux politiques, touristiques et pédagogiques différents projets qui auront comme objectifs d’améliorer notre connaissance et appréciation de notre diversité avicole, et surtout d’intéresser nos jeunes à cette activité qui capte facilement leur intérêt et souvent façonne positivement leurs perspectives sur l’écologie.

Vous êtes tous invités à consulter le site WEB de la SHEC ainsi que sa page Facebook, et d’ajouter ces sites à vos signets. Pour obtenir de l’information pour devenir membre, il suffit de contacter le président du CA, M. Daniel Masse, à l’adresse suivante : societecharlevoix@gmail.com, ou de me contacter directement.

Au plaisir de vous rencontrer bientôt lors des activités du club.

Nouvelles ornithologiques de Charlevoix.

Un «GRAND PIC» pas comme les autres !

Il y a quelques jours, j’ai rendu visite à Janot Duguay, propriétaire de la forge «L’Idée forgée», située au cœur de Saint-Irénée. Je savais que Janot travaillait depuis plus de 2 mois à fabriquer une pièce exceptionnelle, un «grand pic». En pénétrant dans la forge, j’ai été renversé à la vue de l’immense sculpture qui a pris forme grâce au grand talent de Janot. Près de 2 mètres de long, les pattes bien agrippées à un tronc d’arbre de presque 1 mètre de diamètre, l’oiseau est imposant, même si la peinture rouge caractéristique de la tête n’est pas encore appliquée. Des centaines de plumes d’acier, fabriquées individuellement, donnent fière allure au pic. L’oiseau sera installé sur un arbre, à une hauteur d’environ 6 mètres. Nul doute que les heureux propriétaires seront comblés.

Un grand pic pas comme les autres

Janot Duguay, dans sa forge, devant son imposant grand pic.


Logo de la SHEC

La SHEC garde son nom d’origine, SHEC, en tant que club regroupant des activités complémentaires axées vers la nature. Elle deviendra dans quelques semaines un club d’ornithologie reconnu par QuébecOiseaux, organisme québécois qui regroupe tous les clubs du Québec.

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L’oiseau venant du nord :
le « snowbird » québécois

12 janvier 2022

Chaque année, en hiver, un oiseau québécois bien particulier entreprend une rapide migration vers la Floride. Il s’agit du SNOWBIRD.

Malheureusement, depuis 2 ans, le SNOWBIRD doit prendre son mal en patience et passer l’hiver ici, dans la neige et le froid. Il y a pire, mais il est clair que le SNOWBIRD s’ennuie de la chaleur de la Floride.

En ce début d’année 2022, à défaut de pouvoir aller passer quelques semaines (mois….) au chaud, je vous propose une visite virtuelle des principaux sites d’observations d’oiseaux qu’offre la Floride.

En espérant que cette chronique pourra réchauffer vos cœurs pendant quelques minutes.

Que la destination en Floride soit le Sud, la côte Atlantique, la côte du Golfe, ou le Nord-Ouest, la Floride constitue l’hiver une destination de choix pour y retrouver un peu de chaleur et de soleil.

Et on y observe, sans effort, beaucoup d’oiseaux. Plusieurs sont des migrants qui, comme les Snowbirds, attendent le retour du printemps pour remonter au Nord. Mais une grande proportion sont des oiseaux qu’on n’aperçoit que très rarement au Québec. Comment les observer, où aller, à quel moment?

Fort heureusement, l’état de la Floride facilite grandement la tâche des observateurs. Il suffit de se présenter à n’importe quel bureau touristique pour y prendre un ou plusieurs des 4 documents intitulés : «Great Florida Birding Trail». C’est totalement gratuit. Chaque document couvre un secteur de l’État, soit l’Est, Le Sud, la côte Ouest, et le «Panhandle» (Nord-ouest). L’État, en partenariat avec les agences fédérales et des organismes voués à la protection des oiseaux, a répertorié et documenté 510 sites où l’on retrouve en abondance les oiseaux. Chaque endroit est décrit avec beaucoup de détails, avec la mention des oiseaux susceptibles d’y être observés ainsi que le type de sentier offert. Les sites eux-mêmes sont clairement identifiés de la route par des panneaux standardisés qui correspondent à la brochure.

La Floride étant constituée principalement de territoires marécageux, les refuges d’oiseaux sont nombreux et bien garants de trouvailles. Généralement, des trottoirs en bois facilitent les déplacements en milieu humide, et à peu près tous les sentiers sont accessibles aux fauteuils roulants.

Quels sont les oiseaux et les sites les plus spectaculaires? Il y en a pour tous les goûts, je ne pourrais les énumérer tellement ils sont nombreux et variés.

 FoulqueChevalier
 
Aigrette tricoloreIbisÉchasse

Les marécages sont omniprésents en Floride. Des trottoirs de bois permettent de les explorer et d’admirer de très près la foulque d’Amérique, l’aigrette tricolore, le chevalier, l’échasse d’Amérique et l’ibis.

Toutefois, dès votre entrée dans le Nord de l’État, à St-Augustine, la ferme Alligator vous accueille. C’est un passage obligé pour tous les Snowbirds qui arrivent en Floride ou en sortent, car situé près de la route 95, accès principal pour les Québécois se déplaçant en voiture. C’est un endroit assez exceptionnel, qui est surtout publicisé pour ses alligators. Mais le véritable attrait est ailleurs pour des centaines d’ornithologues et photographes amateurs. Un secteur de la ferme est constitué de trottoirs de bois, bancs, tables de pique-nique, le tout bien campé sous un important couvert feuillu où nichent une multitude d’oiseaux de mars à mai. Ainsi, dans un espace assez restreint, on y observe facilement des spatules rosées, plusieurs espèces d’aigrettes et de hérons, des tantales, et tout cela pendant la saison de reproduction. Les oiseaux, nichant à quelques mètres de nous, s’occupent à nourrir les petits qui viennent d’éclore. Le spectacle est unique et assez inoubliable.

SpatuleAigrette tricolore
 
Aigrette des neiges Héron garde-boeuf

Le printemps est la saison de nidification en Floride. Un arrêt à la ferme «Alligator» de St-Augustine permet d’être témoin de comportements rarement observés. Spectacle inoubliable!

Plus au Sud, les parcs d’État abondent et permettent, souvent du confort de votre voiture, d’observer une grande variété d’oiseaux de rivage. Des refuges comme celui du Cap Canaveral permettent aux voitures de longer d’immenses marécages où les oiseaux de toutes sortes se nourrissent. Ils sont des milliers. On peut facilement y consacrer plusieurs heures, voire y revenir souvent.

Les observateurs novices et plus expérimentés ont avantage à s’informer auprès du personnel d’accueil des refuges et parcs d’états sur les programmes offerts en matière de visites ornithologiques guidées. Deux à trois matinées par semaine, un ou plusieurs naturalistes guident une quinzaine d’observateurs aux principaux points d’intérêt de l’endroit. Cela constitue la façon la plus efficace, rapide et agréable de faire connaissance avec la faune ailée spécifique au secteur. Ces experts connaissent toutes les habitudes des oiseaux du secteur, et sont familiers avec les sites de nidification. C’est la meilleure façon de se familiariser avec un parc, un refuge, qui souvent couvrent d’immenses territoires. C’est particulièrement vrai pour le parc des Everglades, un véritable joyau, qui est très vaste. Le guide est indispensable pour vous indiquer les endroits dignes d’intérêt.

Passerin nonpareilCardinal

Vautour noir

Lors des visites de refuge, on observe souvent des oiseaux exceptionnels aux mangeoires installées près des centres d’accueil. Et souvent le vautour noir, presque absent au Québec

Presque toujours, des mangeoires sont installées près des centres d’accueil. C’est l’endroit tout désigné pour y manger son lunch, car les tables de pique-nique sont toujours tout près. On y observe les oiseaux résidents à l’année. Ainsi, vous y verrez facilement le passerin nonpareil, l’éclatant et bruyant cardinal, et une foule d’oiseaux locaux qui sont très habitués à se faire photographier.

Qui visualise la Floride imagine automatiquement les immenses plages de sable. Peu importe où l’on se situe en Floride, on y verra les pélicans bruns et blancs qui survolent les vagues tout en volant en formation, les cormorans et anhingas perchés sur un rocher à fleur d’eau, hérons et ibis de toutes sortes et toutes couleurs qui pataugent dans l’eau peu profonde, à l’affût de leur nourriture. Et les oiseaux de rivage, pluviers et bécasseaux, se nourrissent dans le sable, courant continuellement entre deux vagues, toujours à quelques mètres des baigneurs et des marcheurs. La section Sud (Key West), avec sa végétation très basse, est surtout riche de pélicans, aigrettes, goélands, sternes, et de hérons.

Ahninga

Les plages qui se déroulent presque à l’infini permettent d’observer les vols en formation des pélicans bruns, parfois, mais plus rarement le pélican blanc, les cormorans et leur cousin du Sud, l’anhinga, ainsi que bien des espèces d’oiseaux de mer et de rivage, pluviers, bécasseaux, sternes, goélands, mouettes.

Plusieurs Snowbirds pratiquent le golf. La Floride est généreuse en possibilités pour cette activité. Là aussi, ces grands espaces de verdure, parsemés de plans d’eau, hébergent une grande variété d’oiseaux facilement observables. Notamment, plusieurs représentants de la famille des hérons, aigrettes et ibis qui abondent autour des plans d’eau. Attention aux alligators! Il est souvent sage d’abandonner une balle et de perdre un coup….

Alors, lorsque cette satanée pandémie nous laissera finalement reprendre une vie un peu plus normale, en faisant vos bagages pour votre séjour en Floride, pensez à mettre votre paire de jumelles près de votre maillot et vos sandales. Vous ne le regretterez pas.

D’ici là, cet hiver, je serai le long du fleuve vêtu de mon fidèle Kanuk.

Bonne année 2022, je vous souhaite santé et de belles observations!!


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L’observation d’oiseaux :
une maladie incurable…

Chronique du 22 décembre 2021

Récemment, une amie me demandait : «Michel, j’aimerais bien faire de l’observation d’oiseaux». Est-ce dispendieux comme passe-temps?

C’est une bonne amie… Que lui répondre? Ma réponse usuelle à cette question qui revient souvent est : «Bien non, il suffit d’une paire de jumelles ordinaires, d’un guide d’identification gratuit sur Internet, et d’un peu de temps disponible.»

Mais c’est une bonne amie… Et c’est une question truquée. Bien des débutants apprécient l’observation ponctuelle des oiseaux qui les entourent, et sont satisfaits de pouvoir donner un nom aux différentes espèces communes. Mais plusieurs succombent à la passion que peut générer cette activité. Ça peut devenir une obsession, une fixation, et cette «condition quasi médicale» s’installe de façon pernicieuse, lentement, sournoisement. Il ne semble pas pour l’instant y avoir de cure. D’ailleurs, je ne crois pas que ce soit une priorité pour le monde médical…

Devrais-je mentionner à ma bonne amie qu’elle voudra possiblement changer la paire de jumelles à 200 $ pour un modèle plus haut de gamme pour faciliter l’observation dans de mauvaises conditions d’éclairage, puis une paire à plus fort grossissement pour les rapaces, puis une paire plus compacte qu’elle pourra laisser dans une poche de manteau (au cas où…), 450 $, puis 1500 $, puis?

Que le petit guide gratuit est bien, mais que les amateurs ont souvent dans leur bibliothèque des douzaines de guides, un par région visitée, des plus récents avec les nouveaux noms d’oiseaux et les nouvelles cartes de distribution, des guides de poche facilement transportables et des guides plus gros et lourds pour consultation à la maison, et des livres spécialisés sur les oiseaux de rivage, sur les hiboux, sur les plumages d’automne qui confondent même les experts, sur les migrations, sans oublier les atlas des endroits de nidifications. Bien sûr, il faut s’abonner aux périodiques qui traitent du sujet. Québec Oiseaux, le seul magazine ornithologique francophone en Amérique du Nord, est un incontournable tant par sa qualité que par le fait qu’il couvre notre territoire. Et il y a «Birding», «Birders Digest», «Audubon».



Avec le temps, après 10, 20, 30, 50+ ans d’observation, le patient qui est atteint de la maladie accumule livres, magazines, vêtements, matériel optique, matériel photographique. Il faut prévoir l’espace afin de faciliter la vie du patient. Un jour nous aurons possiblement un vaccin…

Est-ce que je dois mentionner que certains oiseaux de rivage et de mer sont bien plus faciles à observer avec une lunette d’approche, souvent appelée télescope? Que pour se servir d’un télescope, ça prend un trépied! Un trépied, c’est lourd. Mais ils ont maintenant de nouveaux trépieds en fibre de carbone, très légers, mais un peu plus dispendieux…

Doit-elle savoir que c’est bien de les observer, mais que bien des observateurs trouvent intéressant de les photographier afin de partager notre passion avec leurs amis, ou simplement pour documenter leurs observations? Un appareil photo, une lentille, une deuxième lentille plus puissante, un trépied pour cette nouvelle lentille super puissante, etc.

Évidemment, c’est lourd, tout ça. On ne rajeunit pas. Un gros sac à dos avec un bon support à la taille pour tout transporter lors de voyage, et aussi un plus petit sac à dos pour les courtes sorties…

Un des symptômes de la maladie est que le patient affecté garde tout. On ne jette pas le premier guide d’observation, fidèle compagnon de nos premières découvertes. Et les vieilles jumelles, on les garde près de la fenêtre de la cuisine ou du salon, dans la voiture, au chalet. Évidemment, avec le temps, ça s’accumule.

Et il y a les déplacements. C’est beau Charlevoix pour observer les oiseaux, mais il y a CapTourmente, puis Pointe-Pelée en Ontario, pendant la migration printanière des parulines, puis, Cape May au New Jersey pour la migration des rapaces…, puis la Floride pendant l’hiver afin d’y ajouter de nouvelles espèces à notre liste, puis l’Arizona qui est un des seuls endroits où l’on peut observer plus de 15 espèces de colibris au même endroit, puis l’Alaska où l’on augmente nos chances de voir des oiseaux égarés provenant d’Asie.

Puis il y a la phrase : «un peu de temps à consacrer à l’observation». Ouin! Doit-elle savoir tout de suite qu’on fait les plus belles observations le matin? Il est donc la norme de se lever (très) tôt pendant plusieurs semaines au printemps lors de la migration pour voir l’oiseau hâtif, et de passer plusieurs fins de semaine aux refuges d’oiseaux, et les vacances d’été qui, par un heureux hasard, se situent toujours près d’un site d’observation réputé, et les voyages «spéciaux» pour souligner le 40e anniversaire, 50e, 55e, 60e, et la fête du chien, n’oublions pas l’anniversaire de mariage.

Un petit motorisé (VR) ou une roulotte seraient bien pour visiter à son rythme ces endroits reculés où des raretés sont rapportées, sans dépendre des hôtels et des restaurants.

Et il y a…. et aussi… et n’oublions pas…

Mais c’est une bonne amie, une très bonne amie…

Et puis, elle m’a seulement demandé combien ça coûte d’observer. Pas combien coûte la passion.

Je l’ai regardée droit dans les yeux, et j’ai répondu : «Bien non, il suffit d’une paire de jumelles ordinaires, d’un petit guide d’identification gratuit sur Internet, et d’un peu de temps disponible». Pour me donner bonne conscience, j’ai ajouté : «Et un vieux chapeau pour le soleil. Tu vas voir, tu vas adorer».

Le reste lui appartient.


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L’oiseau qui rend heureux

Par Michel Paul-Côté 8 h - 5 décembre 2021

Temps de lecture : 4 minutes

Mésangeai_photo1

Une randonnée en forêt boréale ne manquera pas de vous mettre en contact avec le mésangeai du Canada, anciennement appelé geai gris. L’oiseau, fort sympathique, viendra volontiers vous visiter, surtout si vous êtes en train de prendre une collation. Il demandera ou prendra son dû…

Le mésangeai du Canada, communément appelé geai gris ou «whisky jack», passe sa vie dans nos forêts boréales. Il est présent dans toutes les provinces du Canada. Rencontrez l’oiseau le plus canadien qui soit!

Ici au Québec, on le retrouve surtout dans les secteurs situés au nord du Saint-Laurent et dans les hautes montagnes de la Gaspésie.

Charlevoix se situe à la limite sud de son aire de dispersion. On le croise souvent lors des visites dans nos parcs nationaux, et lors d’excursions dans l’arrière-pays.

Les amateurs de plein air qui fréquentent nos forêts du nord de Charlevoix le connaissent bien.

C’est un oiseau apparenté aux corneilles et geais bleus. De la taille du geai bleu, il montre un dos gris, collier blanc, petite calotte noire sur l’arrière de la tête, dessous blanc, face blanche, un œil curieux bien dégagé.

C’est un oiseau peu farouche qui aime et recherche la compagnie des humains. Les bûcherons d’autrefois l’appelaient «camp robber», à cause de son habitude de dérober la nourriture laissée dehors pendant l’heure du lunch.

En anglais, on l’appelle communément «whisky jack», déformation de son nom algonquin, «wiskedjak», qui signifie «esprit espiègle toujours prêt à jouer des tours».

Et c’est la raison pour laquelle la rencontre de cet oiseau nous rend heureux.

Le mésangeai sait depuis longtemps que l’humain est synonyme de nourriture, et que nous ne représentons pas de danger pour lui. Il vient vers nous, et nous suit dans la forêt.

Clairement, le lunch du midi est à risque si vous laissez un sandwich sans surveillance, ne serait-ce que quelques secondes. Si vous n’offrez pas un morceau de pain, le mésangeai n’a aucun scrupule à se servir lui-même.

Il aime son territoire, environ 150 hectares, et y réside toute sa vie. Pas de migration pour lui. Il aime le froid, et est bien équipé pour y résister grâce à des plumes bien duveteuses. Très tôt en hiver, ils se préparent à recevoir leur nouvelle famille.

Dès le début mars, ils sont déjà en train de couver, dans un nid confortable et très bien isolé, bâti dans un conifère, abrité des vents et exposé aux chauds rayons du soleil.

Mésangeai_photo2 Les grands froids des nuits de mars, parfois -30 °C, n’atteignent pas les œufs qui demeurent bien au chaud sous maman.
Début mai, alors que nos oiseaux migrateurs commencent tout juste à se pointer, les jeunes ont déjà effectué leurs premiers vols. Ils sont généralement 3 à 4.

Ils demeureront avec les parents pendant environ 50 à 60 jours. Par la suite, suite à des disputes de plus en plus fréquentes, les jeunes seront expulsés du territoire par le jeune dominant qui demeurera.

Le dominant est généralement un mâle qui demeurera avec ses parents pendant 1 an.
Les jeunes «expulsés» sont souvent des femelles. Certaines trouveront une famille d’accueil auprès d’un couple qui n’a pu mener à terme sa couvée. Mais le taux de mortalité des «expulsés» est de 80 %.

Côté nourriture, le mésangeai se nourrit d’insectes, de champignons, de fruits sauvages, d’araignées.

Menu intéressant, mais difficile à trouver en hiver. Son secret : à partir de la fin de l’été et pendant tout l’automne, le mésangeai accumule de la nourriture qu’il cache sous l’écorce des arbres.

Avant d’insérer la nourriture dans sa cachette, le mésangeai va l’enrober de salive collante, ce qui protège l’aliment d’une détérioration prématurée et lui permet de mieux adhérer à l’écorce. Il peut créer jusqu’à 1000 caches différentes par jour.

Le froid est son allié, car la nourriture ainsi cachée est préservée pendant tout l’hiver.
Fait exceptionnel : le mésangeai garde en mémoire ces dizaines de milliers de cachettes.

Les scientifiques qui ont étudié le phénomène ont conclu que c’est la mémoire qui les dirige vers leur nourriture, et non l’odorat ou le hasard.

Un impact de l’omniprésent changement climatique : la diminution de la fréquence et de la durée des grands froids nuit grandement à l’oiseau.

Les réchauffements en plein cœur de l’hiver nuisent à la préservation de la nourriture cachée.

L’oiseau peut difficilement se déplacer plus au nord, car il dépend pour sa survie des grandes forêts boréales.

Que lui réserve un Canada aux hivers moins rigoureux? Probablement une diminution de son aire de distribution.
Mais il est toujours bien présent chez nous, et ira vous rendre visite lors de votre prochaine randonnée hivernale en forêt.

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Le garrot d’Islande,
ce survivant qui aime Charlevoix

Par Michel Paul Côté 12 h 37 - 6 novembre 2021

Temps de lecture : 4 minutes

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Charlevoix est choyée, chaque automne, par l’arrivée d’un oiseau spécial, un batailleur, un survivant : le garrot d’Islande. Il demeurera avec nous tout l’hiver, et est facile à observer.

Il s’agit d’une espèce probablement en diminution, sûrement en péril, avec tout juste 6500 individus au Québec. Le reste de la population du garrot se situe en Colombie-Britannique et en Alaska (160 000), et en Islande (2000). Sa survie à l’est de l’Amérique du Nord est en jeu, car son habitat est sérieusement menacé.

Il est beau, de la taille d’un canard moyen, le mâle ayant un dos noir et un dessous blanc, une tête presque noire avec un front avancé (contrairement à son cousin le garrot à œil d’or qui a un front fuyant), et un croissant blanc bien visible et caractéristique entre l’œil et le bec.

La femelle niche l’été sur les hauts plateaux de la Basse-Côte-Nord, à 500 mètres d’altitude, sur le bord de lacs «morts», c’est-à-dire qu’ils ne comptent pas de poissons dans leurs eaux, ce qui élimine une bonne partie de la compétition pour la nourriture recherchée. Ce territoire se nomme le «muskeg».

On compte probablement quelques couples nicheurs dans l’arrière-pays de Charlevoix, sur nos lacs de tête, au haut des montagnes. Ce sont des oiseaux cavicoles, qui nichent dans les cavités de gros arbres morts. Ils se nourrissent de crustacés et insectes, beaucoup plus abondants lorsque les poissons sont absents des lacs.

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Photo Michel Paul Côté


Jadis ils étaient très nombreux, mais certaines pratiques de l’homme ont grandement affecté son habitat.
L’exploitation forestière dans des régions plus reculées a affecté le garrot d’Islande de deux façons. Les arbres qui servent de nichoirs disparaissent et l’ouverture de chemins forestiers permet de rejoindre des lacs jadis non exploités par les pêcheurs. L’ensemencement généralisé de ces lacs modifie leur habitat et rend leur survie plus ardue.

Il y a quelques années, plusieurs associations se sont intéressées à cet oiseau et ont tenté de lui donner un coup de main. L’installation de nichoirs artificiels s’est avérée assez fructueuse. Mais ça prend de la détermination et beaucoup de lotion antimoustique pour aller installer de tels nichoirs dans des secteurs éloignés. Merci aux bénévoles, aux différentes fondations et associations, et aux populations autochtones pour tous les efforts déployés. Il faut également signaler l’immense travail effectué par André et France Dion qui ont travaillé pendant des décennies à faire en sorte que le merlebleu et le garrot d’Islande puissent effectuer un retour en force sur le territoire du Québec.

L’hiver est la saison de la grande séduction pour cet oiseau. Nous sommes les témoins choyés de ces rituels amoureux qui se déroulent souvent à quelques dizaines de mètres de la rive du Saint-Laurent.

Avec le retour du beau temps, les femelles retournent au «muskeg» pour y nicher et élever les petits, seules. Les mâles, la grande séduction terminée, se dirigent, entre gars, vers le Grand Nord, l’arctique, la Baie-James. Il semble que leur travail, somme toute assez limité, soit accompli…

La femelle, aussitôt les œufs éclos, dirige les petits vers le lac et les accompagne jusqu’à ce qu’ils soient autonomes. Elle ira ensuite rejoindre les mâles dans le Grand Nord pour y passer une partie de l’automne.
Assez tard l’automne, ils arrivent tous chez nous, en grand nombre. Pas ailleurs au Québec, mais bien chez nous.
Les jeunes reconnaissent-ils papa? J’en doute…

Ces oiseaux passent l’hiver dans Charlevoix et dans certaines baies de la Côte-Nord qui ne gèlent pas.
Les nombreux espaces sans glace, grâce aux courants et aux mouvements de marées, de Baie-Sainte-Catherine à Cap-aux-Oies, accueillent ces oiseaux en nombre appréciable, quelques fois même jusqu’à Baie-Saint-Paul. On peut généralement observer des regroupements importants à Saint-Siméon, Pointe-au-Pic et Saint-Irénée.
La paire de jumelles permet de pénétrer dans leur intimité et d’observer leur vie hivernale au quotidien.
Combien de temps ce survivant parviendra-t-il à demeurer au Québec?

On l’ignore, on espère que le retour sera durable, on le protège, mais pour l’instant ils arrivent chez nous graduellement et n’attendent que votre visite…

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L'urubu à tête rouge

Chronique du 19 septembre 2021

Son apparence laisse perplexe, et je suis poli. Tête recouverte d’une peau rouge et plissée, sans plumes, l’œil menaçant, le plumage foncé, un bec de rapace. Mais ses parents le trouvent probablement très beau, et c’est une espèce très utile pour l’homme!

Urubu à tête rouge en vol plané
(©2012 Gunnar Helliesen)

Depuis quelques années, pendant la belle saison, on peut apercevoir dans le ciel de Charlevoix de très grands oiseaux noirs qui planent assez haut dans le ciel. Plus gros que les corneilles ou corbeaux, avec une amplitude d’ailes de près de 180 cm (6 pieds), ils flottent en altitude, leurs grandes ailes formant un léger V, se servant des courants d’air chaud pour parcourir des distances considérables sans donner un seul coup d’aile. Ils apparaissent vers 10 heures du matin, lorsque le soleil réchauffe le sol pour ainsi créer les courants ascendants. Aux jumelles, on remarque sous les ailes une nette démarcation plus pâle, caractéristique de l’espèce. Lorsqu’ils tournent, on peut apercevoir facilement la tête rouge.

Il s’agit de l’urubu à tête rouge, un nécrophage se nourrissant de charognes. Il y a 45 ans, je me rendais au pied de falaises situées au nord de Hull pour y observer la première mention de l’urubu au Québec. En 2021, l’espèce se retrouve presque partout le long de la vallée du Saint-Laurent. Un succès en termes d’occupation du territoire.

L’oiseau suit la route des dépotoirs à ciel ouvert et des autoroutes achalandées. Il aime les grands espaces qui offrent des falaises à proximité, afin de profiter des courants d’air chaud qui se forment le long des escarpements et qui lui permettent de parcourir de grandes distances sans se fatiguer.

Dans Charlevoix, l’été, il est impossible de ne pas le remarquer pendant la journée, planant assez haut dans le ciel, souvent en groupe de 3 ou 4. Le soir, c’est une autre histoire. L’oiseau se retire dans un arbre, ou dans une cavité le long d’une falaise, loin des regards. Il n’est pas rare d’en observer une dizaine, à la tombée du jour, à la halte routière située le long de la rivière Malbaie, sur le chemin de la Vallée.

On ne le retrouve pas chez nous en hiver. Difficile de trouver des carcasses fraîches, non gelées, sous un couvert de neige ou le long des routes.

Si l’on s’intéresse un peu à l’urubu, ce que l’on apprend surprend beaucoup.

Monogame, fidèle à son site de reproduction, on ne lui connaît que peu de prédateurs. C’est une espèce extrêmement utile pour l’homme. Ce charognard jouit d’un odorat exceptionnel, pouvant détecter l’odeur du sang à plusieurs kilomètres. Il se nourrit des carcasses d’animaux morts, que l’on retrouve fréquemment le long de nos routes, dans les champs, le long des cours d’eau. Il permet ainsi d’éviter la prolifération de bactéries qui pourraient affecter l’environnement. Son apparence n’est pas le fruit du hasard, mais le résultat d’un long processus d’évolution et d’adaptation remarquable. La tête totalement libre de plumes est conçue pour plonger profondément à l’intérieur des carcasses d’animaux, sans développer des bactéries que des plumes développent immanquablement. Il n’est pas rare d’apercevoir un urubu perché sur une branche, ailes déployées comme le cormoran, occupé à faire «stériliser» son plumage par les rayons du soleil.

Urubu à tête rouge perché

Son bec incurvé, de couleur ivoire, n’est pas suffisamment fort pour lui permettre de percer le cuir plus épais de mammifères plus gros que lui. Il se contente de petites carcasses, marmottes, écureuils, porcs-épics, ratons laveurs, lièvres, etc. Pour l’urubu, une carcasse âgée de 3 à 4 jours constitue un mets de prédilection, juste assez tendre. Il faut dire que son système digestif est très robuste et efficace.

Chez nos voisins du Sud, il cohabite assez bien avec le vautour noir, qui jouit d’un bec plus costaud, lui permettant de percer facilement les carcasses de gros mammifères. L’urubu trouve la carcasse, le vautour l’ouvre de son bec puissant et acéré, tout le monde y trouve son compte. Une fois son repas terminé, l’urubu peut se priver de nourriture pendant 2 semaines.

La prochaine fois que vous apercevrez, haut dans le ciel, quelques oiseaux noirs qui planent, prenez le temps de sortir vos jumelles.
À défaut d’être charmés, vous serez surpris.



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Le colibri à gorge rubis,
et l’homme qui les photographie.

Par Michel P. Côté – août 2021

Colibri CR-0

© Photographie de Clément Roy

Assis confortablement sur le balcon, mon café en main, perdu dans mes pensées à contempler le fleuve, je suis ramené à la réalité par un gazouillis familier.
Ils sont de retour assez tôt ce matin, malgré une certaine fraîcheur matinale.
La famille de colibris est de retour aux abreuvoirs. Ils sont 4. Des colibris à gorge rubis. C’est la seule espèce de colibris que l’on retrouve au Québec.
Je présume que ce sont les jeunes de l’année, accompagnés de la mère, mais il est difficile de les différencier.

Les mâles portent fièrement la gorge rubis, alors que les femelles sont plutôt verdâtres, sans la marque caractéristique.

Leur comportement n’est pas typique des autres espèces d’oiseaux.
Le concept de famille n’existe pas chez le colibri. Le mâle va s’accoupler avec la femelle du jour, après l’avoir impressionnée avec des vols acrobatiques, puis il disparaît totalement de la bulle familiale. C’est la femelle qui fait tout, seule.

Les mâles quittent même le Québec quelques semaines avant les familles. Pas nécessairement un modèle.

© Clément Roy

© Clément Roy

Au printemps, ils arrivent dans Charlevoix, généralement entre les 18 et 22 mai. Chez moi, c’est toujours le 20 ou 21 mai. Chez mon ami Jean-Louis, en bas de la côte, 2 jours plus tôt. Le colibri se pointe devant la fenêtre de la cuisine, bien en vue. Le message est clair : j’ai peu de temps pour sortir les abreuvoirs, sinon ils iront ailleurs, probablement chez Jean-Louis. Il est probable que ce sont les membres de la famille de l’année précédente qui reviennent sur leur territoire.

© Clément Roy

© Donald Lavoie

Mais les abreuvoirs sont toujours prêts, nettoyés. Le mélange classique : 1 partie de sucre pour 4 parties d’eau semble les satisfaire. Le colorant rouge n’est pas requis si l’abreuvoir est rouge. L’important est de garder les abreuvoirs très propres en les nettoyant à la brosse aux 48 à 72 heures. Surtout par temps chaud, car l’eau sucrée fermente et s’avère nocive pour l’oiseau. Ainsi les petits abreuvoirs sont à privilégier, pour éviter le gaspillage.
Le colibri ne se nourrit pas uniquement de nectar, mais des insectes que l’on trouve dans les fleurs, même d’insectes attrapés en vol. Différentes études récentes ont démontré que si un colibri ne se nourrit que de nectar, il perd du poids et s’affaiblit grandement. Les insectes sont une source de protéines indispensable pour la bonne santé du colibri.

Certains aiment l’idée que les colibris jouent à cache-cache continuellement. La réalité en est plutôt une de protection de territoire, de chicanes d’abreuvoirs… Nul jeu, mais un exercice continuel de repousser les intrus.

© Donald Lavoie

Au niveau physique, c’est une source d’émerveillement : quelques centimètres de long, il pèse l’équivalent d’une pièce de 5 sous. Les mouvements d’ailes caractérisent cet oiseau : en bougeant l’orientation des ailes, il peut faire du surplace. Et ces ailes battent très rapidement : 50 battements à la seconde. C’est ce qui rend la tâche du photographe si difficile. Capter l’image d’un colibri avec des ailes immobiles demande un grand talent de photographe, et des équipements spécialisés.

© Clément Roy

Ces petites boules d’énergie sont capables d’exploits physiques incomparables pour leur taille. Ils passent l’hiver en Amérique centrale.

© Clément Roy

Cela signifie que deux fois par année le colibri va parcourir une distance de plusieurs milliers de kilomètres, dont le survol du golfe du Mexique, une distance de 800 km sans arrêt.

Peu surprenant que le colibri double son poids avant d’entreprendre sa migration. Ses réserves de graisse seront totalement épuisées à son arrivée.
Son séjour chez nous dure peu de temps, les mâles commencent à partir vers la fin juillet, les femelles et les jeunes guère plus d’un mois plus tard. Oui, on aperçoit parfois des colibris en septembre et même plus tard, mais c’est l’exception. Il y a des retardataires partout…

N’hésitez pas à accrocher un abreuvoir et à planter des fleurs autour de votre galerie, à portée de vue. Ces charmants visiteurs sauront vous procurer des heures de plaisir.

L’homme qui photographie les colibris.

  Clément Roy

  Abreuvoirs chez Clément Roy

Le photographe et son studio grandeur nature.

M. Roy utilise surtout une lentille de 400mm f2,8, pour saisir l’action, à main levée, sans trépied. Évidemment, on constate le résultat de plusieurs décennies de métier.

Lorsque j’ai débuté cette chronique sur les oiseaux avec l’hebdo «Le Charlevoisien», je croyais que les oiseaux seraient évidemment le sujet central. Mais je me suis rapidement rendu compte qu’on ne peut parler des oiseaux sans parler des rencontres régulières avec des gens d’exception, les observateurs d’oiseaux. Ces individus qui les aiment, les observent, les nourrissent, les photographient, les protègent, et qui partagent leur passion et leurs connaissances avec nous tous.

En mai dernier, la «Corporation Lumière Image de Charlevoix», plus familièrement appelée la «CLIC» (au-delà de 2000 «amis» Facebook) a demandé à ses membres de proposer des photos de colibris pour illustrer cette chronique.

Plusieurs ont relevé le défi. Un membre en particulier m’a fait parvenir plusieurs fichiers de photos de colibris. En ouvrant ces fichiers, je fus littéralement renversé. Des photos superbes, hors du commun. Il s’agit de Clément Roy, de Saint-Aimé-des-Lacs. Évidemment, j’ai voulu le rencontrer. Clément et son épouse m’ont gentiment accueilli chez eux tout dernièrement. Nous avons parcouru les chemins qui sillonnent son immense propriété. Un véritable refuge pour les oiseaux. Et nous avons parlé colibri. Il les observe toute la journée, de sa galerie. Ses abreuvoirs et fleurs «à colibris» sont à quelques mètres, bien en vue. Muni de son 400 mm, il capte chaque mouvement avec un doigté exceptionnel.

Ce militaire retraité a toujours aimé la photographie. Père et grand-père étaient de bons photographes. C’est dans l’ADN familial. Il produit des photos exceptionnelles qui font régulièrement le tour de la planète. En 2011, il est reconnu à Washington par la société «National Geographic» comme faisant partie des 20 meilleurs photographes de l’année. Il ne cesse de nous émerveiller quotidiennement sur son compte Instagram. (clementroy3640)

Et il a gracieusement accepté que nous publiions 1 fois quelques-unes de ses photos de colibris. Je l’en remercie.


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Les oiseaux, trait d'union intergénérationnel

Chronique du 7 juillet 2021

L’observation des oiseaux constitue un passe-temps qui est pratiqué par des amateurs de tous les âges. Beaucoup de retraités, et semi-retraités, consacrent de nombreuses heures chaque semaine à cette passion. Et beaucoup de grands-parents veulent passer des moments de qualité avec leurs petits enfants, surtout suite à cette difficile période post-pandémie. Le résultat naturel de cette situation est que nous rencontrons de plus en plus fréquemment des grands-parents dans les principaux sites d’observation d’oiseaux, accompagnés de très jeunes «apprentis».


Les jeunes sont facilement et rapidement fascinés par les oiseaux. S’ils tendent une main remplie de graines de tournesol l’hiver à une bande de mésanges à tête noire, vous graverez pour toujours cette expérience dans leur mémoire. Pointez un télescope sur un nichoir, puis offrez à l’enfant de regarder une hirondelle qui nourrit ses petits, et le regard surpris et émerveillé de vos petits vous comblera de satisfaction.

Laissez vos petits remplir votre mangeoire de tournesol, ou remplir de beurre d’arachide les trous dans le petit rondin suspendu dans votre cour, et les petits passeront des heures aux fenêtres à surveiller tous les oiseaux qui se pointent à LEUR mangeoire.

Prenez le temps de répondre à leurs questions. Où dorment-ils la nuit, d’où viennent-ils, est-ce qu’ils se parlent entre eux, le pic a-t-il mal à la tête, est-ce qu’ils trouvent l’eau froide l’hiver? Soyez informés que chaque réponse génère plus de questions, encore plus d’intérêt. Autant d’occasions de parler subtilement de géographie, d’écologie, de biologie. Mais vous avez tout votre temps, et eux aussi.

La relation entre les petits-enfants et les grands-parents en est une de complicité, de rires, de plaisir, de confidences.

Nul besoin d’être un expert. Apprendre les oiseaux avec ses petits-enfants est tout aussi intéressant que de partager ses connaissances.

«Grand-papa n’entend plus aussi bien que jadis, est-ce que tu peux m’aider à entendre des oiseaux? Mamie ne voit pas très bien les couleurs de cet oiseau, peux-tu m’aider? Il semble y avoir 2 oiseaux dans le guide qui se ressemblent pas mal, qu’en penses-tu?»

Toutes les astuces sont permises.

Et il faut humblement accepter que le petit voie très bien la marque rouge derrière la nuque, sans même devoir utiliser ses jumelles. Oui, cette marque rouge que vous peinez à voir avec vos jumelles!

Débutez avec eux une liste des oiseaux vus, dans votre cours, dans le parc, sur le bord du fleuve. Rapidement, vous atteindrez 10, puis 25, puis 50 espèces. Autant d’occasions de fêter la marque atteinte.

Il manque 2 espèces pour atteindre 25, et la sortie est infructueuse. Belle occasion de revenir, et de parler de persévérance.

Lors de mes excursions régulières aux États-Unis l’hiver, à sillonner les sentiers dans les refuges d’oiseaux, il est tout à fait normal et fréquent de croiser des grands-parents qui gardent les jeunes pendant le congé scolaire. Jumelles au cou, ils se laissent guider par ces jeunes qui entendent tout, voient tout, et dont l’énergie semble inépuisable. Les aînés affichent un air de fierté, de bonheur, de calme, et souvent de grande fatigue…

Ces moments privilégiés demeurent gravés pour la vie dans les souvenirs de ces jeunes, et bien souvent contribuent à influencer des orientations scolaires et professionnelles.

Alors, n’hésitez pas. Que ce soit une mangeoire qu’on observe de la fenêtre de votre cuisine, au parc au coin de la rue, ou dans un refuge d’oiseau réputé, offrez-vous une petite sortie avec les petits.

Il y a fort à parier que très bientôt les parents, vos enfants, voudront se joindre à vous.

Bonne sortie.

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Le retour du faucon pèlerin dans Charlevoix

Par Michel P. Côté - juin 2021

Un oiseau très beau, parfaitement adapté pour le vol à grande vitesse et la chasse.
Photo gracieuseté de la librairie Macaulay, Cornell lab.


S’il est une scène qui marque pour toujours un observateur d’oiseaux, c’est bien celle d’un faucon pèlerin qui plonge à plus de 320 km à l’heure sur une proie, souvent un pigeon en train de manger des miettes de pain dans un parc urbain, ou, plus fréquemment chez nous, un petit canard ou eider que ses parents n’arrivent pas à protéger. Oui, 320 km par heure! C’est l’oiseau le plus rapide de la planète. Il grimpe bien haut dans le ciel, se perd dans l’éclat du soleil, puis plonge à cette vitesse vertigineuse sur sa proie. C’est un chasseur remarquable.

Pendant les années 70, ce petit rapace était sur la liste des oiseaux gravement menacés en Amérique du Nord. Il n’arrivait plus à se reproduire, surtout à cause de l’utilisation généralisée du pesticide DDT. Des changements de réglementation, l’élimination du DDT des pratiques agricoles, et une campagne bien orchestrée pour réintroduire le faucon pèlerin, tout cela a contribué à un lent retour du pèlerin. Des faucons furent capturés, transportés et réintroduits en milieu captif un peu partout aux États-Unis et au Canada. Les fauconneaux nés de ces couples réintroduits sont revenus à leur lieu de naissance au printemps suivant et se sont lentement mis à former des couples et à se reproduire.

Nous sommes tous familiers avec ces images diffusées en direct et en continu du couple de faucons qui nichait sur un toit de l’Université de Montréal.

Les autorités fédérales et provinciales se sont beaucoup impliquées pour étudier et faciliter leur retour.

Il y a quelques semaines, plusieurs Charlevoisiens ont aperçu un véhicule du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP) stationné à différents endroits.

Ils sont venus constater, avec des équipements spécialisés, l’évolution de l’implantation naturelle des faucons dans notre région. Car le faucon y fait un retour. Notre relief escarpé est un milieu favorable pour le pèlerin.

Mme Zany Duchesneau, avec son équipement, devant ses falaises.

Depuis 5 ans, Mme Zany Duchesneau, de Saint-Irénée, agit comme bénévole pour ce ministère afin de surveiller quelques nids de faucons. Dernièrement, M. Ghislain Tremblay, de Saint-Joseph-de-la-Rive, lui donne un sérieux coup de main. Surveiller est un mot bien modeste pour décrire l’immensité de l’effort déployé. D’avril à la fin juillet, Zany et Ghislain se déplacent presque quotidiennement au pied de falaises qui accueillent généralement des couples de pèlerins. Et ils se déplacent sur de longues distances, à travers une nature parfois difficile d’accès, avec comme «bagage léger» des carnets de notes, des jumelles, une caméra, un télescope, un trépied, des vêtements chauds, un lunch, un sac à dos, un petit banc. Zany mentionne de plus en plus souvent qu’elle a mal au dos.

De longues heures passées au froid glacial, à la pluie, au vent, parmi les nuées de moustiques, puis durant nos grandes chaleurs. Parfois pour ne rien voir, puis pour dénicher l’endroit où les couples s’établissent pour la saison, plus souvent pour noter un simple mouvement de tête, un échange de nourriture entre le mâle et la femelle. Après plusieurs semaines, la couvaison, l’éclosion, les fauconneaux qui grandissent, puis qui se lancent pour leur premier envol. Ça semble très beau, et ce premier envol remplit les parents et observateurs d’une grande satisfaction, mais un pourcentage non négligeable de fauconneaux n’arrivent pas à ce premier envol. Grande déception pour les bénévoles de voir un corbeau piller le nid en l’absence des parents qui sont partis chasser pour nourrir des petits de plus en plus exigeants. C’est la nature à l’état pur.

Plusieurs falaises abritent des couples de faucons pèlerins. Les plus connues se situent à Saint-Irénée, Saint-Joseph-de-la-Rive, Baie-Saint-Paul, Baie-des-Rochers, Saint-Siméon, et les palissades.

Les zones d’estran constituent un terrain de chasse idéal pour les faucons pèlerins qui aiment nicher dans les hauteurs des falaise

Mais il y a probablement beaucoup plus d’endroits qui accueillent cette espèce de rapaces spectaculaires.

Si vous pensez que votre secteur est occupé par un couple de faucons pèlerins, vous êtes privilégié. Et, svp, informez-nous de ces nids, afin que l’on puisse étudier leur progrès. (oiseauxcharlevoix@gmail.com)


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L’été de l’Aigle Empereur

Pygargue empereur

Photo par Allie Cauldfield – 2008-05-24 - CC-BY-2.0

En Asie, plus particulièrement sur la côte Nord-Est du Japon et sur la péninsule du Kamtchatka, à l’extrême est de la Russie, vit un oiseau exceptionnel. Il peut vivre jusqu’à l’âge vénérable de 50 ans, et il ne connaît pas vraiment de prédateurs. Il peut peser jusqu’à 9 kg, soit 20 livres, et en vol déploie ses ailes sur une amplitude pouvant atteindre 2,5 m, soit 8 pieds.

Ils sont près de 3000 à vivre paisiblement en Russie, le long de la côte poissonneuse, dans le climat dur de ce coin de la planète. Ils se nourrissent de petits phoques, de renards, mais principalement de poissons.

L’espèce est considérée comme vulnérable, ce qui signifie que son avenir est incertain. La surpêche rend son alimentation plus difficile, certains trappeurs russes continuent de les abattre, car ils mangent parfois des blanchons, et le réchauffement climatique rend leur aire de reproduction plus sujette aux inondations, ce qui détruit les nids. Le Japon protège l’espèce, mais il n’y en a que moins de 1000 dans ce pays.

Il s’agit de l’Aigle Empereur ou pygargue empereur ou pygargue de Steller (Haliaeetus pelagicus ).

Ce majestueux rapace aime bien vagabonder, et traverse parfois le détroit de Béring, profitant des vents favorables de tempête, pour aller faire une petite virée en Alaska. Ainsi, peu fréquemment, il est aperçu à l’extrême ouest de l’Alaska. Peu d’observateurs ont eu la chance de le voir en Amérique. Se rendre en Alaska, dans des secteurs très difficiles d’accès, pour y apercevoir ce vagabond éphémère n’est pas une activité au goût ni à la portée de bien des amateurs.

L’espèce ne fut jamais observée au Canada.

Jusqu’à cet été.

Début juillet, branle-bas de combat sur les sites spécialisés d’observation d’oiseaux : L’oiseau fut observé par un pêcheur sur la rivière Restigouche, près de Pointe-à-la-Croix, entre le Québec et le Nouveau-Brunswick. Son observation fut visuellement confirmée par les gardes-chasse du secteur que le pêcheur a contacté, étant lui-même assez perplexe. On y pense à deux fois avant de confirmer la présence d’une telle rareté sur les sites spécialisés…

Mais c’est bien lui, à 11 000 kilomètres de son domicile. Que fait-il à cet endroit, comment est-il venu, est-il seul, est-ce un aigle qui se serait échappé d’un lieu de captivité? Nul ne sait. Il fut revu brièvement par quelques observateurs. Il est seul. Il n’est pas bagué, donc c’est un oiseau sauvage.

En juillet, je me suis empressé de sauter dans notre petit motorisé pour me rendre à Pointe-à-la-Croix. À mon arrivée, on ne l’a pas vu depuis quelques jours, et il ne sera pas revu. Déception, mais quel beau coin de la province! Et les amateurs d’oiseaux du secteur décrivent avec fierté leur coin de paradis, le secteur où je verrai l’aigle pêcheur, où le martin-pêcheur qui fait sa ronde d’après-midi. Un peu partout, le pygargue à tête blanche est perché sur les arbres surplombant la rivière. Oui, vraiment, un beau coin de pays. Content d’être venu.

Retour à Saint-Irénée, bredouille, mais pas vraiment. Ce fut un beau petit voyage.

Deux semaines plus tard, les sites WEB clignotent en rouge, notre vagabond est aperçu à Gaspé, le long de la rivière York, par plusieurs observateurs. Puis aperçu le lendemain, puis le surlendemain… C’est assurément notre même Aigle Empereur. Le frigo du motorisé est plein, mais je dois retarder mon départ de quelques jours. Le jour du départ, on ne l’a pas vu depuis 48 heures. On décide de ne pas partir, d’attendre qu’il soit revu. Il ne sera pas revu.

Est-ce la fin de l’histoire de notre Empereur? Pas encore.

Récemment, l’aigle est apparu à Matane. Il est observé notamment le long de la rivière Matane, précisément à l’endroit d’où j’écris cette chronique. Je suis au camping de la rivière Matane depuis 4 jours. Nulle trace de l’aigle. Je suis à mon ordinateur, assis à une table de pique-nique, il fait beau, pas trop frais, je bois mon café du matin, et je regarde la branche où s’est posé l’aigle il y a déjà deux semaines. Où est-il? Comment a-t-il pu parcourir une si grande distance? Que deviendra-t-il cet hiver? Autant de questions sans réponses…

Mais j’ai rencontré des gens qui l’ont vu brièvement. Agréable de vivre leurs émotions en écoutant leurs récits. Et quelle belle rivière, que l’on peut explorer en vélo, car une piste cyclable la longe sur une bonne distance! Évidemment, la bière locale doit être goûtée, et les crevettes sont excellentes.

La probabilité que je croise l’empereur est faible. Demain, départ pour Gaspé. On ne sait jamais, peut-être y retournera-t-il… Et je suis si près, pourquoi ne pas y aller? Je ne connais pas la rivière York.

L’observation des oiseaux et la chasse aux raretés sont souvent un prétexte pour voyager, pour découvrir des coins enchanteurs, pour rencontrer des gens passionnés, pour en apprendre sur le lieu de vie d’origine de l’oiseau recherché, pour créer des souvenirs.

Oui, l’été de l’aigle Empereur aura été un bel été de voyage, de rencontre, de souvenirs. Merci, le vagabond, où que tu sois. Et bonne route!

Reportage de Radio-Canada sur la visite du pygargue empereur en Gaspécie : RC_pygargue empereur


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Le parcours des Berges
de Clermont

Parcours des berges 

  Photo : Ville de Clermont

Cette première rubrique se devait de débuter, non pas par un oiseau, mais bien par la description d’un joyau de Charlevoix en matière d’observation des oiseaux, et de la rencontre avec une amatrice hors du commun, Doris Martel.

Il s’agit d’un secret bien gardé : le «Parcours des berges Alexis le Trotteur», situé à Clermont, le long de la rivière Malbaie. Ce site est peu fréquenté par les amateurs d’oiseaux, car aucun guide des sites d’observation d’oiseaux du Québec n’en fait mention. Le site WEB de la municipalité ne mentionne même pas l’observation d’oiseaux parmi les très nombreuses activités qu’on y pratique. Pourtant, on y trouve une bonne variété d’oiseaux à tout moment de l’année. Environ 127 espèces rapportées à ce jour, il y en a probablement beaucoup plus, autour de 160.

Le parc suit la rivière sur plus de trois kilomètres, et traverse plusieurs milieux naturels. La rivière avec ses rapides et ses berges, un étang avec un grand marécage, la plaine, et le milieu forestier. Au centre, entre l’étang et le boisé, se trouve l’usine de traitement des eaux de Clermont, avec ses 3 bassins. Paradis pour bien des espèces de canards, avec une belle piste asphaltée, des aires de pique-nique, un pavillon d’accueil.

Les sentiers sont maintenus par la municipalité tout au cours de l’année. Mme Doris Martel, résidente de Clermont, fait bénévolement l’entretien de plusieurs mangeoires et nichoirs. Sept nichoirs à hirondelles bicolores font présentement le bonheur des oiseaux, et pique-niqueurs. Le merle bleu tente bien d’y nicher, mais les logements sont rares.

Il y a 20 ans, l’organisme «Canards illimités» y installe une vingtaine de nichoirs. Faute d’entretien, les nichoirs se sont détériorés avec les années. C’est alors que Doris est intervenu auprès du maire. Elle a bâti une petite équipe de bénévoles, et installé de nouveaux nichoirs qu’elle entretient. Avec un peu plus de ressources, le parcours des Berges pourrait facilement accueillir 20 nichoirs de plus, pour le bonheur des merles et des amateurs. Quel bel outil de valorisation du site, et quel attrait pour les ornithologues de partout au Québec!

Les bassins, qui ne gèlent pas l’hiver à cause du mouvement de l’eau, servent de refuge pour beaucoup d’espèces de canards.

Tout au bout du sentier, la piste descend dans le boisé et permet d’accéder aux berges de la rivière, avec juste en face des falaises de sable. On y observe en saison le martin-pêcheur qui y réside. Les jeunes et moins jeunes peuvent s’y rafraîchir lors des grandes chaleurs de l’été.

On y observe régulièrement l’aigle à tête blanche, perché au sommet d’un arbre mort surplombant la rivière, qui guette sa proie qui remonte les rapides. L’aigle pêcheur en fait également son territoire de pêche.

Depuis quelques années, l’urubu à tête rouge, grand rapace imposant, y abonde.

Lors de votre prochain passage près de Clermont, allez visiter ce merveilleux site, qui deviendra un arrêt obligatoire pour les ornithologues du Québec de passage chez nous. Et saluez Mme Martel si vous la croisez. C’est la dame qui se promène avec jumelles et caméra, dès le lever du soleil, tous les matins. Elle vous montrera les «raretés» du jour.

Vous en reviendrez ravis, reposés, et ferez de ce parc une halte habituelle.

Courrier des lecteurs : n’hésitez pas à commenter via l’adresse courriel oiseauxcharlevoix@gmail.com. J’invite les lecteurs à poser des questions, à faire des suggestions pour cette rubrique. Je tenterai de répondre aux courriels rapidement.


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