Mosaïque

Société d'horticulture
et d'écologie de Charlevoix

CHRONIQUES
ORNITHOLOGIQUES

Par Michel P. Côté
oiseauxcharlevoix@gmail.com


INDEX DES CHRONIQUES

  1. Ces pics qui nous donnent des maux de tête…
  2. La croisière s’amuse avec les oiseaux.
  3. La bernache du Canada : «la mal-aimée qui revient de loin».
  4. La bande des bleus, le geai.
  5. Un rayon de soleil dans nos mangeoires : le chardonneret !
  6. Le phare de Charlevoix : l’Île aux Coudres.
  7. L’hirondelle à front blanc
  8. L’embouchure de la rivière Jean-Noël à Saint-Irénée
  9. Si j’étais un oiseau, je voudrais être un aigle!
  10. Sur la route, avec les oiseaux
  11. Le commandeur qui montre ses galons : le carouge à épaulettes.
  12. La mésange à tête brune
  13. Le printemps est à nos portes, les corneilles sont arrivées!!!!
  14. Un rayon de soleil d’hiver à notre mangeoire : le gros-bec errant.
  15. L’omniprésente mésange à tête noire, fidèle compagne.
  16. Charlevoix s’offre un beau cadeau : un club d’observation des oiseaux.
  17. L’oiseau venant du nord : le « snowbird » québécois
  18. L’observation d’oiseaux : une maladie incurable…
  19. L’oiseau qui rend heureux
  20. Le garrot d’Islande, ce survivant qui aime Charlevoix
  21. L'urubu à tête rouge
  22. Le colibri à gorge rubis, et l’homme qui les photographie.
  23. Les oiseaux, trait d'union intergénérationnel
  24. Le retour du faucon pèlerin dans Charlevoix
  25. L’été de l’Aigle Empereur
  26. Le parcours des Berges de Clermont

Ces pics qui nous donnent des maux de tête…

Chronique de la semaine du 3 octobre 2022

Les pics représentent une famille d’oiseaux assez uniques. Surtout insectivores, ils sont présents partout au Canada où se trouvent des arbres, et ils demeurent généralement chez nous toute l’année, ne craignant pas d’affronter les rigueurs de nos hivers.

Il existe au Québec neuf espèces de pics, douze en Amérique du Nord. Charlevoix en accueille sur une base régulière sept : Le Grand Pic, le pic flamboyant, le pic mineur, le pic chevelu, le pic maculé, le pic à dos rayé, et le pic à dos noir.

Deux espèces sont migratrices, soit le pic maculé et le pic flamboyant. Les autres sont observables toute l’année.

Grand pic (dryocopus pileatus)
Pic chevelu (leuconotopicus villosus)
Pic flamboyant (colaptes auratus)
Pic mineur (dryobates pubescens)

Plusieurs espèces de pics se retrouvent dans Charlevoix et sont observables pendant les 4 saisons. L’hiver, un simple bloc de suif, ou un rondin troué rempli de beurre d’arachide accroché près d’une fenêtre vous permettront d’observer ces magnifiques oiseaux du confort de votre maison. Pourquoi s’en priver?

On les rencontre partout où il y a des arbres. Les plus fréquents à nos mangeoires sont le pic mineur et le pic chevelu, dont le plumage est presque identique. L’hiver, ils accepteront volontiers suif et beurre d’arachide. Le pic chevelu possède un bec plus long et est de taille un peu plus imposante. Si les deux espèces ne sont pas côte à côte, il est difficile pour l’amateur de les distinguer.

Le pic flamboyant, avec son croissant rouge caractéristique sur la nuque, peut volontiers s’installer sur votre pelouse, à la recherche de fourmis. Il se nourrit aussi de fruits à l’occasion.

Pendant la belle saison, les pics résidents font des provisions qu’ils cachent un peu partout en forêt, surtout dans les craques des arbres. Les graines d’arbres représentent une grande partie de l’alimentation hivernale, faute d’insectes.

Le son caractéristique du pic qui s’acharne sur un arbre attire toujours l’attention de l’observateur. L’oiseau ainsi occupé à marteler l’arbre avec son bec se laisse assez bien observer. Quelle observation fascinante! Méthodique, le pic fera le tour de l’arbre, de la base jusqu’au sommet, à la recherche de nourriture. S’il s’en prend à un arbre, c’est généralement parce que l’arbre en question est déjà l’hôte d’insectes. Le pic écoute attentivement et décèle facilement les endroits sous l’écorce où se trouvent ses proies. C’est alors qu’il se met à l’œuvre. C’est un travail qu’il faut observer. Les pics utilisent l’ensemble de leur corps pour former des cavités dans les arbres et se nourrir. Les pattes ont une forme particulière qui leur permet de se déplacer et de s’accrocher solidement à l’écorce. La queue est rigide, ce qui permet aux pics de se servir des pattes et de la queue comme d’un solide trépied.

Ils ont besoin de cet appui solide, car ils vont marteler avec force l’arbre afin d’y trouver leur nourriture.

Le mécanisme qui leur permet de frapper pendant toute la journée les arbres les plus résistants est une merveille de l’adaptation naturelle. Le bec possède la forme d’un couteau à bois et très résistant. Un bec normal casserait à la longue. La dureté du bec varie d’une espèce de pic à l’autre, en fonction de l’essence d’arbre fréquenté par les espèces.

Le corps tout entier est mis à contribution afin d’appliquer le maximum de force à chaque impact. La boîte crânienne des pics est très résistante, le cerveau est bien enveloppé par une substance qui absorbe les chocs, et les os à la base de la mâchoire agissent comme amortisseurs. Les narines sont, contrairement aux autres oiseaux, protégées par de petites plumes, un genre de filtre qui intercepte les éclats de bois et le bran de scie. Les yeux, lors des impacts, sont fermés. Une fois que la cavité permet d’accéder aux insectes, c’est une très longue langue, au fonctionnement complexe, qui se met à l’œuvre. À titre d’exemple, la langue du pic chevelu peut atteindre 13 centimètres (5 pouces). Elle se rétracte dans la tête, en contournant l’arrière de l’œil. L’extrémité est collante et en forme d’hameçon, ce qui permet d’explorer les cavités et de capturer facilement tous les insectes qui s’y trouvent.

Finalement, les pics échangent entre eux de différentes façons. Ils ont leurs cris, mais aussi ils communiquent sur de grandes distances en tambourinant sur les arbres. Il ne s’agit pas de creuser une cavité pour se nourrir, mais plutôt d’un message sonore lancé pendant la période de reproduction afin d’attirer l’âme sœur. L’arbre offrant la meilleure sonorité est choisi avec soin afin que le cri du cœur soit entendu le plus loin possible.

Parfois, la meilleure sonorité est obtenue en tambourinant sur le revêtement métallique de la cheminée, au grand désespoir des propriétaires… Consolation : une fois le couple formé, la cheminée sera délaissée.

Le but de cette chronique était d’intéresser les amateurs à observer les pics qui nous entourent. Il existe bien des différences entre les nombreuses espèces de pics. Ce sera pour des chroniques subséquentes.

Bonnes observations.


MPC
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La croisière s’amuse avec les oiseaux.

Chronique de la semaine du 12 septembre 2022

Les vrais amateurs, ceux qui n’hésitent pas à parcourir des centaines, souvent des milliers, de kilomètres pour avoir la chance de «peut-être» observer un nouvel oiseau, n’hésitent pas à investir des sommes importantes pour participer à des croisières pélagiques. Il s’agit de prendre un bateau le matin avec d’autres amateurs pour observer les oiseaux de mer pendant quelques heures. Floride, Texas, New Jersey, Cap Hatteras, Vancouver/Seattle, ce sont toutes des destinations qui permettent de telles sorties en mer.
Mais une telle croisière est également possible dans Charlevoix. Et à un coût fort raisonnable d’environ 8,60 $ de l’heure!
Intéressé?
Il s’agit de la traverse Saint-Siméon/Rivière-du-Loup qui permet aux piétons de faire un aller-retour pour 26 $ (23,80 $ pour les aînés).
Emprunter le traversier en voiture pour se rendre à un rendez-vous sur la rive sud n’est pas la même expérience que de flâner sur le pont du navire, jumelles au cou, pour observer les oiseaux. Et les oiseaux sur le fleuve, ils sont nombreux et intéressants. L’automne est une période particulièrement propice pour observer des raretés qui se déplacent pendant la migration.
Tenté par l’aventure? Voici les recommandations pour faire un succès de votre croisière pélagique dans Charlevoix.

Choisir le bon moment.

Contrairement aux passereaux, les oiseaux de mer ne sont pas actifs seulement tôt le matin ou en fin d’après-midi. Ils volent pendant toute la journée, occupés à se nourrir et à enseigner aux jeunes comment devenir autonomes. Une journée pas trop venteuse ni trop froide assurera un certain confort à l’observateur. Mes plus belles observations ont eu lieu alors que la mer était totalement calme, par des journées sans vent. On observe alors facilement les petits oiseaux de mer qui nagent à la surface du fleuve, avant de plonger puis réapparaître un peu plus loin avec un air satisfait. Donc, surveillez la météo et, si possible, optez pour une journée sans vent.

Les espèces à surveiller.

Eider à duvetLors du passage entre l’Île aux Fraises et l’Île aux Lièvres, c’est par centaines que les eiders à duvet seront regroupés près des rives des îles. Il n’est pas rare d’y voir l’eider à tête grise, majestueux. Les guillemots à miroir abondent, les macreuses, de même que les guillemots marmettes. On y voit l’occasionnel mergule nain et le petit pingouin, surtout par mer calme. Les cormorans à aigrettes sont omniprésents, volant comme des flèches. Le grand cormoran, plus rare, est tout de même présent.

Les goélands seront au rendez-vous, et en grand nombre. Becs cerclés, argentés, bruns, marins. Ils vont souvent suivre le traversier, volant au niveau du pont, offrant de merveilleuses opportunités de les observer et de les photographier. À l’automne, les labbes sont présents. Ces oiseaux nous fréquentent surtout l’automne, arrivant du golfe Saint-Laurent. Ainsi le labbe parasite et le labbe pomarin sont régulièrement observés, surtout au large du quai de Saint-Siméon. On y voit même le labbe à longue queue à l’automne. Si vous remarquez un mouvement de panique dans une colonie de goélands, regardez autour. Le labbe est en chasse.

Goéland argenté
Fou de bassan
Macareux
Sterne

En croisière, on observe surtout les oiseaux au vol, et bien souvent ils planent doucement à la hauteur de l’observateur. L’expérience est très différente de l’observation au sol.


Un autre oiseau observé très régulièrement, cette fois du côté de Rivière-du-Loup, est le fou de Bassan, ce célèbre résident estival de l’île Bonaventure en Gaspésie. Plusieurs disent que les fous de l’île doivent parcourir des distances de plus en plus grandes pour trouver de la nourriture. La réalité est probablement plus simple : une petite colonie niche probablement chaque été sur le Saint-Laurent sur les rochers entre l’île aux Coudres et la Rive-Sud. Vous avez admiré le macareux moine, ce fameux perroquet des mers, près de Mingan. Il fréquente nos eaux vers la fin septembre, jusqu’à la mi-octobre.

L’équipement requis.

Pour débuter, laissez le trépied et le télescope à la maison. Le traversier est propulsé par d’immenses moteurs qui transmettent une vibration à l’ensemble du bateau, rendant impossible toute utilisation d’un télescope sur un trépied. Les jumelles 8x et même 10 x sont idéales.
Pour la photographie, une lentille zoom de 200 à 400 mm ou plus est de mise si vous pouvez l’utiliser à main levée. Idéalement, un appareil doté d’un capteur stabilisé vous aidera à obtenir des images impeccables. Peaufinez vos réglages avant votre croisière si vous voulez éviter de revenir avec des centaines de photos d’oiseaux sous-exposées.

Apportez des vêtements chauds! La température sur le fleuve est très différente de celle sur la terre ferme. Les eaux froides du fleuve, combinées au vent léger produit par la vitesse du bateau, rendent une longue observation sur le pont inconfortable si vous n’êtes pas suffisamment vêtus. L’arrière du traversier, du côté sous le vent, permet de s’abriter et de se réchauffer.
Évidemment, la cafétéria du traversier offre des repas chauds et un bon café.
Alors si vous souhaitez ajouter un peu de diversité dans vos observations d’oiseaux, et êtes à la recherche d’un nouvel environnement, la traverse de Saint-Siméon vous attend. Vous ne serez pas déçus.

MPC

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La bernache du Canada :
«la mal-aimée qui revient de loin».


Chronique de la semaine du 15 août 2022

Qui ne connaît pas la bernache du Canada, communément nommée outarde ? L’oiseau est imposant, plus gros qu’un canard. En vol, il peut faire 1,75 m lorsque ses ailes sont déployées, et pèse six kilos. Il se déplace en groupe lors des migrations, adoptant le V caractéristique dans le ciel, ce qui permet au groupe de ménager de l’énergie en se relayant continuellement en tête de peloton.

Elles sont bruyantes les bernaches, et on les entend bien avant de les voir dans le ciel. Leur fameux a-honk/ a-honk/ hink incessant ne manque jamais de nous réjouir au printemps, car annonciateur de la belle saison. Fait à noter : le a-honk /a-honk est émis par le mâle, le hink est émis par la femelle, dans une harmonie parfaite qui fait penser qu’il s’agit du cri du même individu.



Depuis quelques décennies, le statut de la bernache du Canada fait l’objet de beaucoup de discussions animées dans la population. L’apparente surabondance de cette espèce indispose bien des gens qui demandent que la population de notre outarde soit contrôlée. Comment en est-on venu là ? Comment cet oiseau symbolique pour bien des Canadiens est-il devenu la cible de tant de critiques ?

Un peu d’histoire… Nos outardes voyaient leur population baisser de façon importante et inquiétante il y a quelques décennies. Un peu comme l’oie blanche.

Différentes mesures de conservation, notamment la réintroduction d’oiseaux et des restrictions importantes sur la chasse, ont permis à l’oiseau d’effectuer un retour. Et quel retour! En environ 25 ans, la population a augmenté de 300 %. La protection accordée à cette espèce lui a permis de venir s’établir près des régions habitées, n’étant plus inquiété par la chasse. C’est ainsi que cet oiseau fort intelligent s’est établi dans nos parcs publics et sur les terrains de golf, s’accommodant fort bien de la présence humaine.

Fait important à noter : la population de bernache demeure assez stable dans le Grand Nord, et fait toujours l’objet d’une surveillance étroite. L’augmentation est le fait des zones habitées.


La bernache du Canada est facile à reconnaître. La tête, le bec et le cou sont noirs, avec un genre de mentonnière blanche qui se prolonge sur les deux joues. Le dessous du corps est clair, le dessus grisonnant, le bout de la queue est noir.
Elle se nourrit de plantes aquatiques et de grain dans les champs.

Un oiseau de cette taille laisse sa marque çà et là. Plusieurs centaines de bernaches font plus que laisser leur marque, elles peuvent rendre l’endroit fort peu accueillant.

Il suffit d’un parc avec un plan d’eau à proximité pour que le couple, uni pour la vie, décide de s’y établir. Un nid de 35 à 50 cm est bâti sur le bord de l’eau au moyen de quenouilles, d’herbes et de plumes. La femelle va pondre son premier œuf moins d’une heure après que le nid ait été terminé. Elle pond un œuf par jour pendant cinq jours, et ne commence à couver que lorsque le dernier œuf est pondu. La couvaison dure 28 jours et demeure le monopole de la femelle. Cette dernière quitte le nid quotidiennement pour aller se nourrir. Elle est parfois accompagnée du mâle lors de ses sorties, mais ce dernier demeure souvent près du nid afin de le protéger. Car la bernache du Canada défend très bien son territoire, qui consiste généralement en ¼ d’acre. Elle n’hésite pas à engager le combat avec d’autres bernaches lors de la période de nidification, et ne recule devant aucun prédateur, incluant le renard et l’homme. Les joueurs de golf qui s’aventurent en territoire des bernaches pour retrouver une balle égarée se ravisent rapidement et décident souvent de perdre un coup!



Après l’éclosion, il ne faut que quelques heures avant que les jeunes ne puissent se déplacer, marcher, nager. Ils suivent les parents partout. La notion de défense de territoire face aux autres bernaches disparaît alors presque totalement. Les parents intimident un autre couple qui s’approche trop des petits, sans plus.

Dans les parcs publics, l’oiseau garde parfois son esprit territorial et peut s’avérer insistant afin que vous alliez manger votre pique-nique un peu plus loin.

Mais c’est une bonne occasion pour observer d’assez près le comportement social de la bernache. Mouvements de tête, cris de toutes sortes, danses, l’interaction entre les bernaches est variée et intéressante. Nul besoin d’être à l’affût pendant des heures, le spectacle se déroule devant nous. Et cette intrusion de l’observateur dans la vie privée de la bernache peut durer jusqu’à l’automne. Les jeunes ont grandi à une vitesse phénoménale, ont effectué leurs premiers vols devant vous, et ressemblent beaucoup aux parents.

Bien sûr, vous êtes en mesure de les différencier, car vous les avez observés tout l’été, et c’est avec un léger pincement de cœur qu’un matin vous vous rendez compte qu’ils sont partis.

Mais ils reviendront au printemps, annonçant leur retour avec leur a-honk/ a-honk/ hink…. Vous tournerez votre regard vers le ciel, et vous sourirez…


MPC

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La bande des bleus, le geai.

Chronique du 2 août 2022

Il ne passe jamais inaperçu, le geai bleu.

Bruyant, tapageur, gai, fanfaron, coquin, chapardeur, voici les qualificatifs que l’on attribue souvent au geai bleu. À juste raison d’ailleurs. Il se déplace souvent en groupe, et les cris de la joyeuse bande informent tout l’entourage de leur présence. De la taille d’un merle d’Amérique, membre de la famille des corvidés (corneilles, pies et corbeaux), c’est un joyeux luron qui possède des talents d’imitateurs. Il reproduit facilement et souvent les cris d’autres oiseaux et mammifères. Il se plaît à imiter le cri de chasse du faucon émerillon et de l’épervier, ce qui, bien évidemment, sème la terreur chez les oiseaux et animaux qui fréquentent les buissons. Entre eux, les membres de la bande s’échangent continuellement des cris rauques variés, ressemblant à un bavardage continu, rendant leur présence connue.


Le geai bleu raffole des cacahuètes. Vous aurez un ami pour la vie!
Il accepte toutefois volontiers les graines de tournesol, surtout si elles sont offertes sur un plateau.

Plusieurs demeurent avec nous toute l’année, et ils visiteront assidûment votre mangeoire si vous leur offrez des cacahuètes. C’est un migrateur «léger», qui ne se déplacera que de quelques centaines de kilomètres plus au sud pendant l’hiver.

Ils peuvent vivre 15 ans. Il y a donc de fortes chances que les geais bleus qui fréquentent votre mangeoire, année après année, soient toujours les mêmes. On les retrouve toutefois partout en Amérique du Nord, sauf dans les grandes prairies. Ils se déplacent peu, étant assez sédentaires.

Le plumage est spectaculaire. D’un bleu éclatant, le manteau, les ailes et la queue sont parsemés de points noirs et blancs, contrastant avec des bandes alaires et un poitrail blancs. La huppe est portée fièrement et très visible selon l’humeur du moment. En réalité, le plumage n’est pas bleu, car cette pigmentation n’existe pas chez les oiseaux. Mais la réfraction de la lumière sur la structure des plumes produit un reflet d’un bleu profond. Si vous trouvez une plume de geai bleu, il suffit de la froisser un peu pour que le bleu disparaisse.

Son alimentation est variée, presque omnivore. Graines, fruits sauvages, glands, céréales, nymphes, insectes variés, plantes et parfois même un œuf ou un oisillon dans un nid découvert lorsqu’il vagabonde dans la forêt. Comme mentionné plus haut, une mangeoire à cacahuètes, ou un plateau sur lequel on verse cette nourriture vous assureront que la bande viendra bruyamment vous visiter tous les jours. Et lorsque les cacahuètes viennent à manquer, les protestations vocales seront nombreuses.


Malgré ces comportements assez débordants, le geai bleu mène une vie de couple très rangée et discrète. La période de séduction est courte. Le mâle accompagne partout la femelle qui lui a signifié son accord pour la saison. Le nid sera solide, environ 20 centimètres de diamètre, souvent construit de brindilles fraîches. Il sera situé dans un arbre, de 3 à 10 mètres du sol. Le couple débute la construction de plusieurs nids avant de finaliser leur choix. Cela fait partie du rituel nuptial. Les œufs arrivent au rythme d’un par jour pendant 5 à 6 jours. La femelle couve, le mâle la nourrit. Plus tard, il accompagnera la femelle pour nourrir la petite famille. Pendant toute cette période, le couple est très discret, presque silencieux. Le geai est prudent, ne vole jamais directement au nid, se pose à proximité afin de s’assurer que nul prédateur n’est présent. Il se posera au bas de l’arbre abritant la famille et sautera graduellement d’une branche à l’autre pour se rendre au nid, rien de précipité. Discret, mais courageux. Il n’hésite pas à défendre son nid vigoureusement contre des oiseaux plus costaux ou des écureuils.

Pendant l’été, le geai bleu mue. Il n’est pas rare d’observer un geai bleu qui tente de laisser les fourmis pénétrer sous ses ailes. Ce comportement s’appelle le «formicage». Les biologistes ne savent pas vraiment pourquoi, mais il est possible que ce soit pour apaiser l’inconfort causé par les nouvelles plumes qui repoussent sur son corps.

L’automne venu, après la période de reproduction, les petites bandes se forment et deviennent plus visibles et bruyantes. Un bel oiseau qu’il faut apprécier et admirer au cours de nos 4 saisons.

Bonnes observations.

NOTE SUR L'OBSERVATION DES OISEAUX AU COEUR DE L'ÉTÉ:

Le milieu de l’été est une période un peu moins propice à l’observation des oiseaux, principalement en forêt. C’est la période de reproduction, les petits sont vulnérables, les parents sont discrets. On peut alors profiter de cette période pour se tourner vers le fleuve. Les oiseaux de rivage et de mer sont nombreux, visibles et très actifs. Il est facile d’observer nos eiders à duvet se promener sur l’eau avec parfois une vingtaine de petits qui les suivent. Ça ressemble drôlement à une sortie de CPE. Bientôt, vers la mi-août, la période de migration va débuter pour plusieurs espèces, pour se poursuivre pendant 2 mois. À vos jumelles!


MPC
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Un rayon de soleil dans nos mangeoires :
le chardonneret !



Chronique du 19 juillet 2022

Même si nos étés sont parfois maussades, un oiseau réussit toujours à percer la grisaille et nous réjouir avec son plumage ressemblant à un rayon de soleil.

Il s’agit du chardonneret jaune, et il porte bien son nom. Son plumage jaune éclatant, contrasté par des ailes et un capuchon noirs, affichant un bec orange, le rend immédiatement identifiable. Quant au chardon, ce sont les graines de cette plante abondante qui constituent son alimentation préférée et qui lui ont donné son nom.

Autrefois, on l’appelait familièrement le serin jaune.



Comment ne pas reconnaître ce joyeux compagnon de nos mangeoires.
Le plumage caractéristique du mâle durera tout l’été, pour notre plus grand plaisir.

Il est commun chez nous, et fréquente volontiers nos mangeoires et nos jardins.

Il aime se déplacer en bande. Le vol ondulé de la bande est joyeux et bruyant. On dirait presque qu’ils sautent continuellement sur une trampoline. Les individus chantent continuellement un gazouillis qui ressemble à «ti-di-di».

C’est un granivore, avec un bec pointu lui permettant d’extraire les graines de chardon. Il s’accommode toutefois très bien des graines de tournesol. Si les deux graines lui sont proposées, il videra la mangeoire de chardon avant même de regarder le tournesol.

Mesurant environ 11 à 13 cm, il arrive chez nous vers la fin du printemps. Fait à noter, il est de plus en plus fréquent que quelques bandes de chardonnerets passent l’hiver chez nous. La popularité des mangeoires joue certainement un rôle dans ce phénomène.

Mais son plumage est plus terne pendant l’hiver, le mâle et la femelle étant à peu près identiques pendant cette période. C’est vers la fin du printemps que le mâle va muer et revêtir son plumage nuptial caractéristique et assez spectaculaire.

La période des amours, contrairement aux autres passereaux, débute plus tardivement, pour notre plus grand plaisir. Pendant les mois de juin et juillet, le mâle tente de séduire sa muse par différents vols ayant comme objectif de l’impressionner. Il n’hésite pas à se chamailler avec les autres mâles afin de gagner la faveur de la femelle. L’accouplement se produit vers la fin juillet.

Le couple construit son nid dans un buisson ou un arbre pas trop gros, souvent dans un boisé dégagé longeant un champ, car le chardonneret n’aime pas la forêt.

La femelle construit, le mâle apporte les matériaux. On retrouve généralement de 4 à 6 œufs dans un nid assez confortable. La femelle est la seule à assurer la couvaison qui dure 2 semaines. Le mâle lui apporte de la nourriture continuellement. Après l’éclosion, le couple s’occupe de nourrir les petits. Fait à noter, les parents mangent des graines et des chenilles qu’ils vont partiellement digérer, et vont régurgiter une pâte brune très riche en protéines pour nourrir les oisillons.

Les graines de chardon constituant une nourriture très riche et abondante à la fin de l’été, les scientifiques concluent que l’espèce s’accouple plus tardivement afin de faire coïncider la naissance des oisillons au moment où le chardon est abondant.

Les petits quittent le nid après 2 semaines, vers la mi-septembre.

À ce moment, les adultes retournent à leur vagabondage nonchalant, alors que le plumage des mâles perd son éclat et redevient d’une teinte plus brunâtre et jaune pâle. Même si un bon nombre de chardonnerets nous quittent pour passer l’hiver loin de la neige, il est de plus en plus fréquent de les apercevoir à nos mangeoires pendant l’hiver. La population des chardonnerets, selon les derniers recensements, est stable. L’oiseau vit en moyenne 8 ans. L’espèce n’est pas menacée, son principal prédateur étant le chat domestique.

De bonnes nouvelles, pour notre grand plaisir.


MPC
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Le phare de Charlevoix : l’Île aux Coudres.

Chronique du 5 juillet 2022

Pour les oiseaux qui arrivent dans Charlevoix, ou qui quittent à l’automne, certains reliefs géographiques guident leurs déplacements. Bien ancrée au milieu du fleuve, là où le cours d’eau tranquille devient mer, l’île aux Coudres agit comme un phare pour les oiseaux. Si cet amer traditionnel avise les navires de dangers imminents, l’Île aux Coudres est plutôt rassurante et invitante pour les oiseaux.

Dans notre coin de pays, l’île aux Coudres occupe une place privilégiée. Paradis du tourisme l’été, elle redevient un havre de paix pour les insulaires, le reste de l’année. Pour les oiseaux qui doivent traverser le fleuve au printemps à la tombée du jour, la distance d’environ 14 à 20 kilomètres selon l’endroit où l’on traverse entre Québec et Tadoussac demeure un défi, surtout après plusieurs heures de vol. Le défi est d’autant plus grand lorsqu’un vent contraire se lève. Un arrêt sur l’île est attrayant. L’île est relativement plate, avec un couvert forestier important et invitant pour les passereaux. Les oiseaux de rivage sont aussi attirés par des zones d’estran vastes qui entourent l’île, avec peu d’habitations qui viendront déranger leur repos. À l’automne, l’île constitue une halte intéressante pour faire le plein d’énergie et attendre les vents favorables pour entreprendre le périple vers la chaleur.

Une tournée d’observation des oiseaux à l’île aux Coudres se planifie. Les horaires du traversier dictent les moments d’arrivée et de retour. Même si le tour de l’île peut paraître assez court, les nombreux points d’observation risquent fort de prendre beaucoup de temps. Le meilleur moment pour voir le maximum d’oiseaux est probablement lorsque la marée monte, car elle pousse les oiseaux de rivage vers la rive. Eiders, macreuses, canards, goélands, mouettes, cormorans, chevaliers, bécasseaux, la liste est très longue. Au fil des ans, on a observé près de 240 espèces d’oiseaux sur l’île. Et il y a les raretés, qu’on ne retrouve pas souvent dans Charlevoix : Cygnes, eider à tête grise, râle de Virginie, grue du Canada, courlis corlieu, grand cormoran, grande aigrette, autour des palombes, harfang des neiges, même l’hirondelle à front brun, venue du Mexique, poussée par les vents de tempête.

Pour visiter, il n’y a qu’une route qui fait le tour de l’île, le chemin des Coudriers. Il est souhaitable de faire le tour dans le sens contraire des aiguilles de la montre, car ainsi on est toujours du côté de la mer. La rive sud permet d’arrêter partout, car l’accotement est large et la circulation très sporadique. Le quai de Saint-Louis et le parc situé devant l’église, à la pointe sud-ouest de l’île, constituent de bons sites d’observation lorsque la mer remonte. Le chemin du côté sud-est réserve toujours des surprises du côté mer. On y observe régulièrement, au large, le fou de Bassan.

Mais il ne faut pas négliger, à chaque arrêt, d’explorer les arbres et bosquets situés de l’autre côté du chemin. Les passereaux y abondent. En mai, on y a observé, au cours des années, 2 douzaines d’espèces de parulines. Les secteurs de La Baleine et de la Roche pleureuse sont particulièrement intéressants, car assez boisés.

Des mises en garde s’imposent toutefois : il vente sur l’île, prévoyez emporter de bons vêtements. Et il y a beaucoup de cyclistes l’été, il faut rouler lentement et leur laisser beaucoup d’espace.

Le milieu de l’île fut longtemps utilisé pour exploiter des tourbières. Pendant quelques générations, on a exploité et exporté par bateau une tourbe de grande qualité. Cette industrie a cessé ses opérations il y a environ 5 ans. Mais les tourbières, maintenant en friche, demeurent un endroit de choix pour y observer de nombreux rapaces. On accède à ce secteur par le chemin de la traverse. Quelques minutes en voiture, mais qui peuvent s’étirer dangereusement selon les observations…

La visite de l’île aux Coudres constitue probablement une drogue douce, à laquelle on devient accro assez rapidement… Il faudra consacrer beaucoup de temps pour combler le besoin.

Gérard Desgagnés, le Coudrier qui aime les oiseaux.

La semaine dernière, j’ai eu le plaisir de visiter Gérard dans son ancien musée dédié à l’histoire de l’Île aux Coudres. Même si le musée, jadis très fréquenté par les touristes, a fermé ses portes depuis déjà bien des années, l’endroit demeure fascinant et empreint de nostalgie. Les collections ont pris le chemin de différents musées aux 4 coins du Québec. Mais le 2e étage demeure intact. Il s’agit de la section dédiée aux oiseaux de l’île et de Charlevoix. D’une grande richesse, ces pièces n’attendent qu’une opportunité pour revivre.






MPC

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L’hirondelle à front blanc

Chronique du 22 juin 2022

«L’été, c’est beaucoup le temps des hirondelles.»

Si, comme le veut le dicton, une hirondelle ne fait pas le printemps, des centaines d’hirondelles font certainement l’été.

Et l’hirondelle à front blanc fait partie du paysage aviaire du Québec lors de la belle saison.

Présente partout au Québec, on la retrouve surtout à la campagne, parfois dans les parcs urbains.

Facilement reconnaissable par la tache blanc crème qu’elle porte sur le front, elle niche généralement en colonies souvent importantes. Le mâle et la femelle sont semblables : tête noire, bande rousse autour du cou, croupion orangé, plumage des ailes assez noir avec de forts reflets bleutés, poitrine un peu plus pâle

Leur vol est chaotique, car elles attrapent constamment des insectes en vol, avec une adresse remarquable. Leur queue courte et carrée est parfaitement adaptée à ces vols acrobatiques. Le son est indescriptible, des cliquetis aigus et constants.

Et cette espèce d’hirondelle ne craint pas l’homme. Bien au contraire, elle n’hésite pas à utiliser les dessous de corniches des maisons et bâtiments de ferme pour y construire leur nid, de même que le dessous des grosses infrastructures comme les ponts. Ce nid est formé de boue patiemment récoltée par le mâle aux abords des bâtiments, et est fixé aux murs juste sous les corniches, afin de le protéger de la pluie. Le couple collabore pour la construction, une fois que la base du nid est en place. La boue devient compacte en séchant. Le nid prend une forme assez arrondie, parfois de la grosseur d’un ballon de soccer, avec sur le devant un trou permettant l’accès.

Il est robuste ce nid, et résistera aux assauts du vent, de la neige et du gel. Les hirondelles vont réutiliser ce nid année après année, y apportant facilement les travaux de réparation au besoin. La boue n’est jamais loin, et leur talent de maçon est sans limite. Et le nid est rarement seul. Il n’est pas rare de voir une dizaine, voire des centaines parfois, de nids bien collés aux corniches, les uns à côté des autres.

L’hirondelle à front blanc est un maçon extraordinaire. Il en faut de becs remplis de boue pour bâtir un nid! Heureusement, les hirondelles réutilisent souvent les nids des années précédentes.

L’hirondelle à front blanc se reproduit d’avril jusqu’au mois d’août. Après l’accouplement, la femelle pondra de 4 à 5 œufs que les deux parents vont couver en alternance pendant 2 semaines. L’éducation des hirondeaux dure quelques semaines et est partagée également par le couple. Après 24 jours, les hirondeaux se perchent en grand nombre sur les fils, et les parents les nourrissent en alternance. Ils reconnaissent leurs rejetons aux cris.

La population de l’hirondelle est en déclin depuis 40 ans. Elle semble avoir baissé de près de 80 %. La diminution des insectes comme source de nourriture, ainsi que la compétition assez farouche avec le moineau domestique, semblent être les causes principales du déclin. La population est actuellement assez stable.

Au Canada, l’espèce est protégée par la loi concernant les oiseaux migrateurs. La destruction des nids, des œufs, des oisillons et des adultes risque d’entraîner des amendes salées. Certains propriétaires canadiens ont reçu des amendes de plusieurs milliers de dollars pour avoir détruit des nids.

Cela pose problème parfois pour certains qui voient leurs corniches occupées par ces oiseaux. Que faire lorsque les nids se situent sur des bâtiments secondaires : il faut simplement se féliciter d’avoir été choisi, car le spectacle de ces parents travailleurs qui élèvent leur petite famille est très divertissant. Et les hirondelles à front blanc se nourrissent d’insectes qu’elles attrapent en vol, ce qui rend service à l’homme.

Mais, si le nid est construit en un endroit plus embêtant pour le propriétaire? On ne peut rien faire à court terme. Les Européens installent des planches sous les nids afin de garder le sol plus propre. Il me semble qu’ils déplacent le problème, mais ce peut être une solution au-dessus d’un endroit passant.

Lorsque les hirondelles ont pondu, il faut attendre la fin de la saison pour détruire le nid. Pour éviter que les hirondelles ne reviennent construire un nid l’année suivante au même endroit, il suffit de suspendre un léger filet pour bloquer l’accès aux corniches invitantes. Elles iront bâtir plus loin. Lorsqu’elles seront bien établies ailleurs et que la saison de nidification est bien entamée, on enlève les filets.

L’hirondelle à front blanc nous arrive généralement au mois de mai, et ne repart qu’à la fin de l’été. Elle fait partie intégrante de notre paysage aviaire qui est de plus en plus menacé de disparaître.

Profitons de leur présence et, si possible, donnons-leur un coup de main.

Bonnes observations.

MPC


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L’embouchure de la rivière Jean-Noël
à Saint-Irénée

Chronique de la semaine du 5 juin 2022

«Un endroit exceptionnel, tous les jours de l’année.»

Depuis un an que la chronique est publiée, j’ai écrit à maintes reprises mon admiration pour le parc du «Parcours des berges» de Clermont. Ce site a le potentiel de devenir le point central de l’observation des oiseaux dans Charlevoix. Cela fera l’objet d’une autre rubrique, plus tard.

Le site charlevoisien par excellence, reconnu par tous depuis des dizaines d’années, est situé à Saint-Irénée, au bout de la plage, là où la rivière Jean Noël se jette dans le fleuve. On y a observé plus de 150 espèces différentes au cours des ans. C’est beaucoup pour un bord de mer. Beaucoup…

La rencontre entre l’eau douce et l’eau salée amène plusieurs avantages pour les oiseaux. L’endroit devient un garde-manger important pour les oiseaux de rivage, une source d’alimentation infinie. Plancton, poissons, crustacés. Et le courant de la rivière est suffisant pour maintenir une zone sans glace assez importante malgré les froids les plus mordants de l’hiver.

Il n’est donc pas surprenant que les laridés affectionnent cet endroit. Les goélands, mouettes et sternes font partie de cette famille, et ils abondent à Saint-Irénée.

Mais ils ne sont pas seuls : les eiders à duvet, une grande variété de canards, macreuses, grèbes, bécasseaux et chevaliers, labbes, harles, fuligules, huards, garrots y sont toujours présents. Pour les observer, il suffit de stationner sa voiture au bout de la route longeant la plage, près de la rivière. Vous descendez de votre véhicule, traversez avec prudence la voie ferrée située à quelques mètres, et vous levez vos jumelles. S’il pleut, ou fait -40 C, vous demeurez dans votre voiture et baissez un peu la vitre du côté passager. Pas compliqué…

Les périodes de migration réservent toujours des surprises. Il y a quelques jours, on y observait 300 mouettes de Bonaparte, en route pour des territoires de nidifications situées au nord. Le garrot d’Islande, dont la population est précaire, passe ses hivers à Saint-Irénée, en bandes de plus de 50 individus, avant de retourner nicher dans les muskegs de la côte nord au mois de mai. Il revient toujours en novembre.

L’endroit est aussi reconnu pour ses raretés : eider à tête grise, cygne, Fou de Bassan, macareux moine, petit pingouin, mouette pygmée, mouette atricille, goéland brun, la liste est longue, très longue. Il semble que le réchauffement climatique amène de plus en plus fréquemment des raretés, ou simplement que nous avons plus d’observateurs, qui sait?

Mosaïque d'oiseaux rivière Jean-Noël
Avec plus de 150 espèces d’oiseaux observées à l’embouchure de la rivière Jean Noël, la difficulté principale est de ne pas être trop distrait par tout ce qui bouge autour de vous.


Depuis quelque temps, la zone d’estran située au nord de la plage est de plus en plus observée par les amateurs. C’est dans cette zone qu’on verra un nombre important de cormorans à aigrettes, se faisant sécher les ailes, bien tassés sur les rochers qui émergent à mer basse. Le grand cormoran s’y observe également régulièrement. Les grands hérons bleus abondent, parfois accompagnés d’un bihoreau. Si l’observateur pointe ses jumelles vers la falaise située derrière lui, il verra probablement le corbeau. En levant les yeux, l’été, de nombreux urubus à tête rouge planent doucement, à l’affût d’une carcasse. Avec un peu de chance, le pygargue à tête blanche fera sa tournée journalière pendant votre visite. Si vous observez un mouvement de panique chez les goélands, regardez autour. L’aigle arrive. Les goélands l’ont aperçu bien avant vous.

Et si vous passez suffisamment de temps dans ce secteur, vous verrez en juillet le faucon pèlerin surprendre sa proie, plongeant de très haut dans le ciel. Ça ne dure que quelques secondes, mais le souvenir d’une telle scène est éternel.

Si vous comptez visiter la zone d’estran, de bonnes bottes seront appréciées. Encore mieux, des bottes de caoutchouc vous permettent d’aller jouer dans les flaques d’eau au lieu de les contourner, si vous avez encore un cœur d’enfant.

Après votre sortie, la cantine Chez Ginette pourra combler une rage alimentaire. Et la municipalité a un projet de toilettes publiques qui devrait se réaliser bientôt.

Donc, la prochaine fois que vous voudrez observer des oiseaux sans dépenser trop d’énergie, allez faire un tour à Saint-Irénée. Vous y reviendrez souvent.

Bonnes observations !

MPC


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Si j’étais un oiseau, je voudrais être un aigle!

Chronique de la semaine du 29 mai 2022

J’aime beaucoup l’aigle à tête blanche. J’aime moins son nouveau nom, le «pygargue», mais bon, c’est probablement un problème de génération.

Pour bien des gens, l’oiseau que nos voisins américains ont adopté comme emblème aviaire représente une observation qui n’est jamais banale.

Si vous vivez en Alaska ou en Colombie-Britannique, l’oiseau y est commun. Les grands rassemblements de ces rapaces majestueux, particulièrement le long des côtes et des rivières en période de remontée du saumon, ne laissent personne indifférent. Lorsque c’est par dizaines que ces oiseaux nous entourent quotidiennement, on s’habitue.

La situation est fort différente de ce côté du continent. Certes, le pygargue est présent un peu partout, mais sa présence est beaucoup plus discrète. Au milieu des années 70, sa survie était sérieusement remise en question. Initialement, il fut victime de la chasse, puis de l’usage de certains pesticides, notamment le DDT autour du golfe du Mexique. En tentant de contrôler les moustiques, l’effet du DDT remontait la chaîne alimentaire (plancton, poisson, mammifère, aigle). Sa toxicité destructrice augmentait à chaque transfert d’espèce animale et empêchait finalement l’oiseau de se reproduire en fragilisant les coquilles de l’œuf qui ne résistait pas à la période de couvaison. Heureusement que les lois ont mis fin à l’usage de ces pratiques de chasse et à l’usage de ces produits. Le pygargue a effectué depuis un retour. Il ne constitue plus une espèce menacée de disparition, mais demeure sous surveillance.

L’oiseau est le plus grand oiseau d’Amérique, avec plus de deux mètres d’envergure d’ailes. C’est à l’âge de 4 ans que les adultes arborent leur tête blanche. Avant, ils sont généralement foncés, bruns/noirs, souvent tachetés, avec un bec, des pattes et les yeux d’un jaune distinctif et caractéristique.

Pygargue à tête blanche en vol

Avant l’âge de 4 ans, le pygargue est assez foncé, sans tête blanche. Pattes, bec et yeux sont jaunes.

Dans Charlevoix, on le voit un peu partout, mais peu souvent. Si vous pensez avoir aperçu un aigle royal, car il avait la tête foncée, c’était fort probablement un pygargue juvénile.

Son nid, énorme, fait plus de deux mètres de diamètre et un mètre de hauteur. Il est bien ancré dans les branches d’un solide pin ou sur une falaise, et est composé de branches et brindilles. Lorsqu’on découvre un tel nid, il est impossible de le confondre avec le nid d’une autre espèce. Au centre du nid se trouve une cavité douillette où la femelle pond et couve 2 ou 3 œufs pendant 5 semaines. C’est le mâle, légèrement plus petit que la femelle, qui assure son alimentation pendant la période de couvaison. Une fois que les aiglons sont nés, mâle et femelle les nourrissent. Les jeunes prendront leur envol environ 17 semaines après la ponte.

Le nid du pygargue

Le nid du pygargue est énorme, et réutilisé année après année. L’oiseau nous quitte pendant l’hiver pour se rendre à des endroits où l’eau ne gèle pas, afin de se nourrir plus facilement. Il est de retour tôt au printemps.

Le couple.

Un pygargue peut vivre 50 ans en captivité, mais beaucoup moins dans la nature. Les risques sont nombreux : collision ou électrocution sur les pylônes électriques, chasse illégale, empoisonnement au plomb, après avoir mangé du petit gibier blessé ou mort. Il s’accouple généralement pour la vie. Un autre partenaire n’est requis qu’en cas de décès, ou lorsque le couple n’arrive pas à produire de rejeton.

Chasseur solitaire, il plane majestueusement près des falaises, et longe la rive du Saint-Laurent, à l’affût de nourriture, souvent des poissons morts ou des petits mammifères morts ou malades.

Le regard perçant du Pygargue

Regard perçant, terrifiant si vous êtes une souris.

Son vol est lent et puissant. L’oiseau dégage une image de confiance, de force, de calme, d’assurance.

Si vous avez la chance d’observer de près le passage d’un aigle à tête blanche et que vos regards se croisent, vous n’oublierez jamais l’œil perçant du chasseur, et vous serez reconnaissant à ce moment de ne pas être un petit mammifère….

Bonnes observations!

MPC

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Sur la route, avec les oiseaux

Chronique de la semaine du 15 mai 2022

L’observation des oiseaux est une activité qui devient rapidement, pour plusieurs, une habitude de vie, un réflexe, même une forme de thérapie bienfaisante. Ces mouvements et ces sons qui nous entourent deviennent des compagnons, une sorte d’assurance que la vie poursuit son cours, naturellement, au-delà des absurdités humaines toujours omniprésentes au téléjournal en soirée.

Observateurs : les refuges, parcs, plages, quais constituent des points de rassemblement pour de nombreux observateurs…

Dernièrement, nous nous sommes rendus au sud des États-Unis pour profiter un peu de la chaleur et, bien évidemment, observer la migration des oiseaux qui se dirigent lentement vers le Canada et le Québec pour la période de nidification.

Lorsque mes amis de Saint-Irénée ont confirmé que la neige disparaissait rapidement, nous avons décidé qu’il était temps de revenir, nous aussi.

2 000 km à parcourir…

Pour l’observateur d’oiseaux, les déplacements en auto ou en motorisé ne sont jamais monotones. Il suffit de quitter les grandes autoroutes fédérales et d’emprunter les chemins parallèles des différents états ou provinces pour retrouver des milieux naturels où abondent les oiseaux. Ils sont partout, dans les champs, au sommet des arbres, dans les marécages, sur les étangs, sur les piquets de clôture, même sur le bord de la route en train de nettoyer une carcasse.

L’observateur voit tout, surtout s’il roule à 90 kilomètres-heure ou moins.

Mais l’observation est brève, furtive. Souvent le vol ondulé typique du pic qui traverse la route, l’épaulette orangée du carouge sur la clôture, la blancheur de l’aigrette dans le marais, le vol plané d’un escadron de pélicans qui longent la mer. La silhouette de la buse est souvent aperçue, perchée sur une branche d’un arbre mort sur le bord de la route. Elle guette sa proie dans le champ.

Dans les airs, les vautours et urubus semblent immobiles, suspendus dans le vide.

Inévitablement, vous croiserez des refuges d’oiseaux. Il suffit de consulter les sites WEB pour identifier les nombreux endroits, le long de votre route, qui permettent de faire de belles observations. L’application gratuite «Birdseye» est particulièrement efficace pour vous indiquer les principaux points d’intérêt sur votre route, ainsi que les espèces qui y furent observées depuis quelques jours.

Pourquoi parcourir 600 km par jour quand on peut en parcourir 400? De toute façon, il est recommandé de se délier les jambes toutes les 120 minutes de conduite. Ou est-ce 60 minutes, je ne sais plus trop?

Tout observateur qui se respecte garde toujours ses jumelles à portée de main, ainsi qu’un guide d’identification.

Petit étang au «Parcours des berges» de Clermont.

L’observateur obsessif peut même se distraire avec des défis : combien de temps pour identifier 10 espèces différentes? Combien d’espèces seront identifiées en traversant le Maryland, le Delaware, la Géorgie, ou entre Baie-Saint-Paul et La Malbaie, etc. Évidemment, il est intéressant de pouvoir compter sur la complicité du copilote qui note le tout dans un calepin, et qui démontre le même intérêt…

Les routes ont leurs spécialités.

Certaines routes sont d’un intérêt particulier selon la saison. Au Québec, au printemps, la route 40 présente un spectacle inoubliable dans les champs inondés près du lac Saint-Pierre. Des dizaines de milliers d’oies blanches… Et de dizaines de buses dans les arbres, qui se régalent des souris qui ont dû quitter la protection de leurs terriers.

L’hiver, les routes qui longent la 20 entre Montmagny et Rivière-du-Loup permettront d’observer de nombreux harfangs des neiges.

L’été, une tournée du Saint-Jean nous fait croiser régulièrement la grue du Canada. La route du fleuve en Gaspésie : goélands, mouettes, macreuses, eiders, cormorans, pygargues sont partout. Chez nous, la route du fleuve nous offre de plus en plus souvent la présence du merlebleu. Tous les quais permettent d’observer de nombreux oiseaux de mer, et ce tous les jours de l’année, peu importe la saison.

Bref, chaque déplacement en voiture peut devenir une aventure, une découverte. Même un aller-retour rapide au dépanneur est une occasion de jeter un coup d’œil rapide à la mangeoire d’un voisin, au petit lac, au quai, au parc… Il suffit de regarder.

Le code d’éthique de l’automobiliste ornithologue doit toutefois être respecté. Il relève du gros bon sens.

Bonne route !

MPC

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Le commandeur qui montre ses galons :
le carouge à épaulettes.

Chronique du 26 avril 2022

Carouge à épaulettes

  Le commandeur montre ses galons lorsqu’il prend bruyamment possession de son territoire.

L’arrivée du printemps est officielle lorsqu’on observe des oiseaux chanteurs noirs, arborant fièrement à l’épaule des galons oranges, s’activant dans nos champs encore un peu enneigés. Leur domaine est bruyamment revendiqué au sommet d’un piquet de clôture, d’où ils surveillent les alentours et protègent leur nouveau territoire.

Ils n’hésitent pas à montrer leurs épaules orangées lorsqu’ils font entendre leur trille aigu caractéristique. Cette démonstration de son et de couleur a pour objectif d’attirer une femelle et de montrer leur supériorité aux autres mâles.

Le surnom de commandeur remonte au 18e siècle alors qu’on nommait le carouge à épaulettes le carouge commandeur. Vers le milieu du siècle dernier, Claude Mélançon l’appelait simplement le commandeur dans son populaire livre «Charmants voisins». Le nom est toutefois tombé dans l’oubli depuis.

Le carouge mâle est noir, incluant le bec et les pattes. Il arrive au Québec avant la femelle. De taille moyenne, les épaulettes orangées sont soulignées d’une bande jaune. Parfois, selon la façon dont il est perché, on ne voit que la bande jaune. La femelle est beaucoup plus discrète au niveau de son apparence. Brune, striée de couleurs chamois, elle se confond complètement avec son milieu de nidification. On la confond parfois avec un gros bruant. Elle privilégie les milieux humides, au milieu des quenouilles. Ce type de lieu de nidification lui procure une excellente protection contre les nombreux prédateurs qui menacent les œufs, puis les petits. Couleuvres, ratons laveurs, visons, autres oiseaux, le danger est omniprésent. C’est toutefois un oiseau bagarreur qui défend vigoureusement son territoire. Il est fréquent de voir le carouge s’attaquer à la corneille, au corbeau, et même au héron si ce dernier s’approche de trop près du nid. La même réception est réservée à l’observateur qui s’approche trop du nid. Le commandeur vous survole avec vigueur, simulant l’attaque de votre casquette par des piqués dignes des grands pilotes de guerre. Mieux vaut s’éloigner.

L’espèce est polygyne. Cela signifie que le mâle pourra s’accoupler avec plusieurs femelles pendant la saison de reproduction. Il est fréquent que 15 femelles établissent leur nid sur le territoire d’un seul mâle. Des prélèvements d’ADN ont toutefois démontré que les petits ne sont pas tous issus du même mâle. À chacun son mode de vie…


Carouge à épaulettes : oisillon

Oisillon : Les petits et la femelle sont semblables. La couleur de leur plumage facilite le camouflage au milieu des quenouilles des milieux humides.

La femelle peut élever 3 nichées au cours de la même saison. Les petits sont généralement au nombre de 4. Les petits œufs bleutés sont couvés 12 jours, et les petits demeurent au nid environ 11 jours.

Le carouge est omnivore. Il mange de tout. Grains, insectes grands et petits (libellules, demoiselles, papillons, diptères), fruits, petits mammifères et batraciens, même carcasses d’animaux morts. Cela explique sa présence un peu partout en Amérique du Nord. Il sait s’adapter, même s’il privilégie les milieux humides.

Carouge à épaulettes (photo : Doris Martel)

Doris Martel nous offre ce carouge observé en début avril à Clermont.

À l’automne, les grands rassemblements migratoires de carouges se déplacent souvent dans les champs afin de se nourrir des céréales laissées au sol suite aux récoltes. Le même phénomène se produit au printemps, mais ce sont alors les semences qui sont au menu. Inutile de mentionner que les agriculteurs des prairies n’apprécient pas beaucoup le passage de dizaines de milliers de carouges et d’étourneaux quelques jours après avoir ensemencé leurs champs.

La femelle nous quitte généralement vers le milieu du mois d’août, et le mâle quitte quelques semaines plus tard. Il ne demeure presque jamais au Québec pendant la saison froide, mais on l’aperçoit parfois dans le sud de l’Ontario et de la Colombie-Britannique l’hiver. Le sud des États-Unis et le Mexique accueillent la grande majorité de ces migrateurs.

Très jeune, j’étais déjà fasciné par cet oiseau. Il m’accompagnait lors de mes randonnées quotidiennes dans les champs et pâturages qui entouraient le chalet où nous passions nos vacances d’été. Un compagnon toujours fidèle, coloré, bruyant.

C’est avec un certain plaisir nostalgique que je le retrouve chaque été.

MPC


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La mésange à tête brune

Chronique de la semaine du 10 avril 2022

La passion des oiseaux est quelque chose que les amateurs aiment partager. Les liens d’amitié se créent rapidement, et l’entraide est toujours disponible. Voici un bel exemple de collaboration.

Il y a quelques semaines, «Le Charlevoisien» publiait ma chronique sur la mésange à tête noire. À la fin du texte, je mentionnais que la cousine de cet oiseau, la mésange à tête brune, était beaucoup plus rare et discrète, sortant rarement de la protection de sa forêt boréale. J’observe les oiseaux depuis ma jeunesse, et je n’ai jamais pu observer la mésange à tête brune. Je la cherche depuis longtemps.


Mésange à tête brune

Contrairement à sa cousine la mésange à tête noire, la mésange à tête brune est peu visible et ne fréquente pas les mangeoires. Elle préfère la discrétion des forêts boréales. La calotte brune et la nuque grise sont caractéristiques de l’espèce

On la retrouve en Gaspésie, sur la Côte-Nord, parfois dans les hauteurs de Charlevoix. J’ai mentionné que si des lecteurs connaissaient un endroit où je pourrais apercevoir «la brune» dans Charlevoix, j’aimerais grandement qu’on me contacte.

Le monde des observateurs d’oiseaux est composé de passionnés qui aiment partager. Quelques jours après la parution de la chronique, une dame m’a contacté par courriel pour m’informer qu’un couple de mésanges à tête brune fréquente les abords de son chalet depuis de nombreuses années. Elle m’a décrit avec une passion évidente la joie que ce couple lui procure lorsqu’elle emprunte le sentier près de son habitation. Ils ne sont pas toujours visibles, mais leur chant caractéristique la suit lors de ses marches quotidiennes.

Mésange à tête brune

Après quelques échanges de courriels, je lui ai demandé s’il m’était possible de tenter de les observer. Certainement, mais son chalet se situe au nord de Baie-Comeau. Légère déception, mais les échanges avec cette amatrice d’oiseau furent intéressants.

Quelques jours plus tard, elle me contacta. Son frère voit régulièrement une bande de mésanges à tête brune. La bande fréquente un boisé privé qui jouit d’un microclimat assez nordique. Et son frère habite Charlevoix, à moins de 30 minutes de chez moi! Elle m’offre de nous mettre en contact. Bien sûr!

Le lendemain, je parle à Roger. Oui, il sait où observer «la brune», et en moins de deux nous avons rendez-vous dans son secteur en début d’après-midi.

Isabelle et Roger aiment la nature. Ils vivent au milieu de la forêt et prennent un grand soin de leurs mangeoires d’oiseaux. Sans eux, jamais je n’aurais pu trouver l’endroit. Environ 1 km sur un chemin forestier, heureusement déneigé, un peu. Arrivés à une clairière, on stationne les camions et on emprunte un sentier récemment ouvert par une motoneige. Après environ 20 minutes de montée, Isabelle déclare : «c’est ici».

Évidemment, pas un oiseau en vue. Même pas un son. C’est souvent ainsi.

Mais je suis heureux, car je me trouve sur leur territoire. Si je ne les vois pas aujourd’hui, je reviendrai. Pour l’amateur d’oiseaux, la recherche de l’espèce rare est aussi passionnante que l’observation, sinon plus. Oui, je reviendrai, souvent. Je ferai durer le plaisir.

J’ai grandement remercié ce couple de passionnés qui m’ont invité à revenir quand je voudrai. Si je rencontre le propriétaire du boisé, il me suffira de mentionner leur nom.

Dans les jours qui ont suivi, je suis retourné à plusieurs reprises. Sans succès, mais chaque sortie fut un plaisir. J’ai pu observer longuement, à quelques mètres, une chouette cendrée qui semblait fort surprise de ma présence.

Un jour, j’ai rencontré le propriétaire du boisé qui s’affairait à corder du bois. Je me suis présenté, ai expliqué ma présence, utilisé le nom de Roger et Isabelle. Il m’a bien accueilli, m’a indiqué où stationner mon camion, et m’a souhaité bonne chance.

Cette histoire de mésange à tête brune se termine bien pour moi. Lors d’un après-midi neigeux, en revenant bredouille de ma xième sortie, un mouvement a attiré mon regard, tout près. Nul besoin de jumelles, «la brune» est perchée devant moi et m’observe. Sa calotte brune n’est pas vraiment visible à cause de la mauvaise visibilité, mais le gris de son cou est évident. Et pour confirmer le tout, elle émet son cri caractéristique avant de s’envoler.

C’est terminé. Je suis évidemment heureux, mais en même temps un peu désolé que la recherche de cet oiseau énigmatique soit terminée.

Sur le chemin du retour, j’ai croisé Roger. Un pur hasard. Il me demande :

— Puis? — Je l’ai vue!

Il semble aussi heureux que moi. Et il ajoute doucement :

— C’est une belle passion, l’observation des oiseaux. — Oui, c’est vrai.

MPC

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Le printemps est à nos portes,
les corneilles sont arrivées!!!!

Chronique de la semaine du 27 mars 2022

Nous sommes tous familiers avec la corneille d’Amérique.
Elle fait partie du paysage ornithologique québécois depuis toujours.



Lorsque j’étais jeune, l’oiseau noir était abondamment chassé par les cultivateurs, car l’espèce possède la fâcheuse habitude de dérober le maïs dans les champs, et de dévorer au passage les poussins qui s’aventurent un peu trop loin du poulailler.

Les légendes anciennes associaient souvent l’oiseau au mal, DIsney et Hitchcock ont certainement contribué à maintenir ces préjugés bien présents.

Son plumage, entièrement noir, avec l’œil et le bec également noirs, ont probablement prédestiné la corneille au rôle qu’elle occupe dans notre imaginaire.

Pourtant, la réalité est bien différente!

Elle nous revient vers la fin de mars, car une grande partie de la population migre pendant l’hiver vers le Sud des États-Unis et le Mexique. Son arrivée ne passe pas inaperçue. La corneille se déplace en bande pendant la période de migration. Et le groupe est nombreux et très bruyant. Il est constitué d’un couple reproducteur, uni pour la vie, accompagné des rejetons des deux années précédentes, parfois de neveux et nièces. Le tout forme une équipe très bien rodée où chaque individu se voit confier un rôle bien précis. Il y a l’éclaireur, le guet, ceux qui aident à construire le nid, ceux qui défendent le territoire. Tous contribuent à nourrir la femelle lors de la période de couvaison qui dure environ 18 jours. Les petits, particulièrement laids, sont nourris grâce à un aller-retour incessant de tous les membres du groupe. Après quelques semaines, une fois les petits devenus autonomes, le groupe se disperse et devient très discret pendant l’été. C’est la période de la mue.

L’automne arrivé, les bandes se retrouvent, forment parfois d’immenses regroupements dans des dortoirs qui peuvent compter des dizaines de milliers d’individus, facilement observables. Puis, un matin d’automne, les corneilles nous ont quittés.


La corneille est facilement reconnaissable, mais difficile d’approche. Le défi est particulièrement grand pour les photographes. Prendre une bonne photo d’une corneille, toute noire, méfiante de tout objectif pointé dans sa direction, en plein soleil, sur un fond de neige, relève de l’exploit technique. Nos amis photographes connaissent bien la frustration que cet oiseau peut leur générer…

La corneille est intelligente, très intelligente. Elle a rapidement appris à se méfier de l’homme. Elle demeure très près, mais distante. Elle nous observe sans cesse, et n’hésite pas à fréquenter une mangeoire, un jardin, un dépotoir, lorsqu’elle juge que l’endroit est sécuritaire. Les différents moyens inventés par l’homme pour faire fuir la corneille constituent une insulte à leur intelligence. La corneille, comme le faisait remarquer Claude Mélançon dans son bouquin «Charmants Voisins», sait très exactement à qui appartenait chaque pièce de vêtement qui habille maintenant l’affreux et ridicule épouvantail installé au jardin…

Les études récentes ont démontré que la corneille est un des seuls animaux qui peut utiliser des «outils» pour arriver à ses fins, notamment prendre un petit bâton pour aller dégager de la nourriture coincée au fond d’un contenant. Les corneilles élevées en captivité au temps des Romains (maintenant strictement illégal) constituaient jadis des animaux de compagnie appréciés, attachants, fidèles, imitateurs, pouvant apprendre et répéter des mots, compter jusqu’à dix, avec un tempérament espiègle.

La corneille aime jouer. Un bout de bâton suffit à divertir la bande. Un oiseau s’envole avec le bâton, poursuivi par les frères et sœurs. Le bâton tombe au sol pour être aussitôt récupéré par un autre oiseau qui s’envole à son tour, puis le laisse retomber. Cela peut durer fort longtemps… Il suffit d’observer, à distance.

La corneille déteste les chouettes, buses et hiboux et leur livre un combat incessant. Les éclaireurs découvrent rapidement le grand-duc qui dort sous le couvert d’un grand conifère et le chassent sans pitié hors de leur territoire.

L’alimentation de la corneille est celle d’un rapace. Poisson, petits mammifères, oisillons, maïs, et évidemment carcasses le long de nos routes.

Ainsi, ce matin, une bande de corneilles s’est installée autour de la maison, comme à chaque printemps. Il s’agit sûrement de la même bande. Leurs cris étaient matinaux, très matinaux…! Mais le plaisir que l’observation de ces oiseaux intéressants me procurera pendant les prochaines semaines vaut bien quelques minutes de sommeil…

Bonnes observations.

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Un rayon de soleil d’hiver à notre mangeoire :
le gros-bec errant.

Chronique du 3 mars 2022

On associe souvent les oiseaux aux coloris chaleureux à la période estivale.
Heureusement, le
gros-bec errant sait égayer nos mangeoires. Et il est abondant dans notre région,
car il préfère les forêts de conifères comme habitat.

En plein cœur de l’hiver, lors d’une promenade en forêt, à l’orée d’un boisé, ou tout simplement dans la cour arrière, leur arrivée ne passe jamais inaperçue. Il s’agit de la «gang» des jaunes, les gros-becs errants.

De la grosseur du merle, le gros-bec est dodu et plein de vie. Il se déplace en bande bruyante, avec un vol rapide et ondulant. Pas de chant mélodieux, mais des cris incessants et variés qui correspondent au rang social de l’oiseau au sein de la bande, et qui expriment aux autres membres de la bande une gamme de sentiments : la surprise, la curiosité, le danger, la colère, l’inquiétude.

Lorsque cette troupe de gros-becs se présente à vos mangeoires, ils s’annoncent sans gêne.

Les mâles sont spectaculaires, avec un dos et un ventre d’un jaune éclatant. La tête et le cou sont bruns, et les ailes et le cou, bien découpés, noir luisant.


Le gros bec errant porte bien son nom, car il aime vagabonder au gré de la nourriture qu’il trouve. Son coloris très voyant et bien découpé transforme toujours sa rencontre en un moment spécial.

Le bec est caractéristique par sa grosseur, nettement non proportionnée au reste du corps. De forme conique, le bec est de couleur beige l’hiver, mais devient vert pâle au fur et à mesure que le printemps s’installe. C’est une façon naturelle de se camoufler, car il s’agit du même vert que la couleur des nouveaux bourgeons qui poussent à l’extrémité des branches de conifères. Il niche dans ces branches, ne montrant que le bout de sa tête et son bec pour surveiller les alentours. Il est ainsi très difficile à apercevoir.

Son alimentation ne pose jamais de problème dans les forêts de conifères, car il se nourrit principalement des graines des cônes d’épinettes, de sapin et de pin. Et toutes les graines lui conviennent, y compris les graines de mauvaises herbes.

L’hiver, les bandes de gros-becs errants sont souvent aperçues le long de nos routes. Ils raffolent du sel et du gravier fin, et peuvent en consommer de grandes quantités. Cette habitude alimentaire est souvent une source de mortalité causée par les voitures.

Dans notre cour arrière, par -35 °C, il visite joyeusement les mangeoires bien pleines de graines de tournesol, dont il raffole. Une bande de gros-becs errants qui fréquente vos mangeoires est source de grand plaisir, mais c’est un plaisir dispendieux, car leur appétit est insatiable. Observez la technique pour manger une graine de tournesol : patient et très habile pour positionner la graine dans son bec, c’est avec force que l’écaille vole en éclat, et est recrachée au sol, pour ne déguster que la graine intérieure.

Pendant l’été, on le voit moins souvent, bien qu’il soit tout aussi présent.
Il délaisse toutefois le groupe pour se concentrer à ses tâches familiales. Le gros-bec aime bien les larves de la tordeuse des bourgeons pendant la saison chaude. C’est d’ailleurs une importante source de nourriture pour les petits qui sont encore au nid. Les biologistes et agents de la faune qui étudient les populations de gros-becs errants ont noté que les forêts atteintes de la tordeuse accueillent de grandes populations de cet oiseau, mais que ces populations diminuent grandement lorsque la tordeuse est contrôlée.

On le retrouve partout au Canada, et dans plusieurs états américains situés plus au nord.

Mais c’est l’hiver que le gros-bec errant sait égayer notre quotidien parfois un peu grisâtre. Un rayon de soleil bienvenu.


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L’omniprésente mésange à tête noire,
fidèle compagne.

Par Michel Côté - Chronique du 22 février 2022

S’il y a un oiseau avec lequel tous les amateurs sont familiers, il s’agit bien de la mésange à tête noire. On la retrouve partout, tout particulièrement autour des mangeoires.

La mésange est une résidente permanente. On la retrouve dans toutes les régions du Québec, au Canada et dans le nord des États-Unis. Elle s’accommode de tous les habitats, forêts, parcs, jardins, autant à la ville qu’à la campagne.

Facile à reconnaître, elle mesure environ 13 centimètres et porte toujours sa calotte noire caractéristique. Les yeux sont vifs, presque rieurs. Les joues sont blanches, et elle montre un triangle noir sur la gorge. Le dos est gris, le dessous clair, les côtés un peu rouillés, et la queue gris sombre.

Elle est grandement appréciée de tous à cause de son comportement. La mésange s’accommode bien de la présence humaine, est curieuse, et adopte presque immédiatement une nouvelle mangeoire installée près d’une fenêtre.

L’hiver, on voit rarement une mésange seule. Elle vit en groupe, de 4 à 12 individus, en fonction d’une hiérarchie bien établie, basée sur la dominance de chaque oiseau. Il s’agit d’une cellule familiale, composée d’un couple accompagné des juvéniles. Une bande de mésanges est bruyante, échangeant continuellement leur caractéristique «tchic-a -di-di-di». C’est ainsi que les informations sont partagées concernant les prédateurs et la présence de nourriture. Le territoire de chaque bande s’étend sur une douzaine d’hectares. La bande s’y déplace lentement, le long des sentiers, allant de buisson en buisson. La mésange cache souvent de la nourriture dans les cavités des arbres, et démontre une mémoire remarquable pour retrouver ses centaines de cachettes. L’oiseau est territorial, et défend agressivement son domaine.

Lors des nuits glaciales de janvier, la bande se réfugie sous les branches denses des conifères, bien à l’abri des vents et de la neige. Les oiseaux gonflent leur plumage afin de créer une couche isolante d’air et de duvet, et abaissent la température de leur corps de 12 degrés afin de préserver de l’énergie.

Dans son jardin, il est facile d’attirer la mésange. Une simple mangeoire ronde, ou même un plateau, le tout rempli de graines de tournesol, sont garants de succès. Si vous êtes un peu patient, une main tendue avec quelques graines a de bonnes chances d’attirer une mésange. Elles se laissent observer de très près, et attendront même patiemment à côté de vous pendant que vous remplissez la mangeoire.

Au printemps, la bande commence à se disperser. Les juvéniles iront faire leur vie ailleurs, et le couple s’affaire à fonder une nouvelle famille.

Même si les bandes de mésanges sont moins fréquentes avec le retour du beau temps, vous continuerez d’accueillir l’oiseau pendant l’été si vous maintenez une mangeoire et offrez du tournesol. Il s’agit généralement du couple initial et des jeunes de l’année, nés au printemps. La nourriture principale des mésanges pendant l’été est constituée d’insectes, ce qui rend la présence des mésanges souhaitable autour des domiciles.

La mésange joue un rôle important dans la popularité de l’activité d’observation des oiseaux. Nul ne demeure insensible à la vue des mésanges qui s’activent du matin au soir dans la cour arrière. Le simple fait que ce petit oiseau si sympathique et familier soit toujours présent à votre mangeoire, 12 mois par année, beau temps mauvais temps, contribue assurément à notre appréciation de la faune ailée.

En guise de conclusion, dans Charlevoix, on observe parfois la cousine, la mésange à tête brune. Comme l’indique le nom, sa calotte est brune. Elle quitte plus rarement sa forêt. Légèrement plus petite que la mésange à tête noire, elle habite les régions plus au nord. Elle est parfois observée à l’est de Port-au-Persil, et un peu partout sur la côte nord. Je la cherche depuis 50 ans, sans succès… Si vous savez où je peux la voir, faites-moi signe. Mon adresse courriel se trouve en haut de la chronique.

Mésange 2Mésange 1
La mésange à tête noire visite nos mangeoires avec une grande loyauté. Toujours présente, même si vous oubliez parfois de renouveler votre réserve de graines de tournesol. L’été, elle se nourrit principalement d’insectes, très abondants, mais continuera toutefois de fréquenter votre mangeoire.


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Charlevoix s’offre un beau cadeau :
un club d’observation des oiseaux.

(Chronique de la semaine du 24 janvier 2022)

Notre santé mentale est mise à rude épreuve depuis 2 ans. Un bon remède pour contrecarrer l’effet déprimant de la situation, la COVID demeure, au-delà des doses de vaccins, une bonne dose de nature.

Toutes les études scientifiques arrivent aux mêmes conclusions : le simple fait de prendre l’air pendant un petit 30 minutes chaque jour, et d’apprécier les moments de relaxation que procure l’observation de la nature autour de soi, tout cela aide à combattre la dépression, le stress. Marcher, respirer l’air frais, se reposer sur un banc et observer les oiseaux s’alimentant à une mangeoire, tout cela augmente la perception du bonheur.

Charlevoix est privilégié d’avoir des milieux naturels très diversifiés, facilement accessibles, souvent dans sa cour arrière : fleuve, lacs, champs, montagnes, forêts, falaises, rivières.

Évidemment, l’observation des oiseaux permet d’agrémenter nos sorties. Beaucoup de personnes se laissent prendre par cette occupation assez passionnante, qui devient toutefois un peu frustrante lorsque pratiquée en solitaire. Il est agréable de pouvoir partager ses observations avec d’autres amateurs, ce qui permet d’améliorer et d’accélérer ses capacités d’observation. C’est la raison pour laquelle des clubs d’observation d’oiseaux existent un peu partout en Amérique du Nord et en Europe. Ces clubs permettent aux amateurs, du débutant à l’expert, de se regrouper et d’échanger lors de différentes activités centrées sur l’oiseau. Les clubs offrent des sorties guidées, différentes conférences, encouragent et facilitent les sorties plus informelles entre observateurs, et bien souvent chapeautent des projets de revitalisation des milieux où nichent les oiseaux, etc.

La socialisation que permet un club constitue également un facteur très recherché par les membres. Couples de tous âges, personnes vivant seules, nouveaux arrivants, amateurs et photographes de nature, tous se retrouvent autour d’un intérêt commun.

Et la socialisation est certainement un important besoin qui est mis en évidence depuis 2 ans.

Malheureusement, Charlevoix n’avait pas de club. Beaucoup d’observateurs, d’amateurs, mais rien de structuré.

C’est maintenant une situation corrigée.

En fin d’année 2021, le Conseil d’administration de la SHEC (Société d’horticulture et d’écologie de Charlevoix) a adopté une résolution, ajoutant l’ornithologie au mandat de la société.

Fort de plus de 125 membres, la SHEC existe depuis plus de 20 ans. Ses membres, amateurs de jardins, ont toujours été très près des oiseaux qui fréquentent et utilisent leurs coins de paradis durant la belle saison. L’ajout de l’ornithologie aux activités du club est venu naturellement. Pendant l’été 2021, les membres furent consultés, et deux activités furent organisées. L’intérêt fut rapidement confirmé.

De plus, de très nombreux lecteurs de cette chronique ont identifié un grand intérêt à se joindre à un club d’observation des oiseaux.

Il est prévu que de nombreux nouveaux membres se joindront à la SHEC.

L’auteur de ces lignes s’est joint au CA de la SHEC en décembre, et contribuera avec enthousiasme au développement des volets ornithologiques et écologiques, qui vont évidemment de pair.

Dans les prochaines semaines, la SHEC publiera sur son site WEB (http://www.shecharlevoix.com) et sa page Facebook (https://m.facebook.com/SHECCharlevoix) le programme d’activité pour l’année 2022. Il y aura des sorties guidées sur le terrain qui vont s’échelonner de mai à octobre, et qui permettront d’observer nos migrants de même que nos oiseaux résidents. Des cours d’introduction à l’observation et des conférences seront également au programme, particulièrement pendant la saison froide.

La SHEC développera également avec les milieux politiques, touristiques et pédagogiques différents projets qui auront comme objectifs d’améliorer notre connaissance et appréciation de notre diversité avicole, et surtout d’intéresser nos jeunes à cette activité qui capte facilement leur intérêt et souvent façonne positivement leurs perspectives sur l’écologie.

Vous êtes tous invités à consulter le site WEB de la SHEC ainsi que sa page Facebook, et d’ajouter ces sites à vos signets. Pour obtenir de l’information pour devenir membre, il suffit de contacter le président du CA, M. Daniel Masse, à l’adresse suivante : societecharlevoix@gmail.com, ou de me contacter directement.

Au plaisir de vous rencontrer bientôt lors des activités du club.

Nouvelles ornithologiques de Charlevoix.

Un «GRAND PIC» pas comme les autres !

Il y a quelques jours, j’ai rendu visite à Janot Duguay, propriétaire de la forge «L’Idée forgée», située au cœur de Saint-Irénée. Je savais que Janot travaillait depuis plus de 2 mois à fabriquer une pièce exceptionnelle, un «grand pic». En pénétrant dans la forge, j’ai été renversé à la vue de l’immense sculpture qui a pris forme grâce au grand talent de Janot. Près de 2 mètres de long, les pattes bien agrippées à un tronc d’arbre de presque 1 mètre de diamètre, l’oiseau est imposant, même si la peinture rouge caractéristique de la tête n’est pas encore appliquée. Des centaines de plumes d’acier, fabriquées individuellement, donnent fière allure au pic. L’oiseau sera installé sur un arbre, à une hauteur d’environ 6 mètres. Nul doute que les heureux propriétaires seront comblés.

Un grand pic pas comme les autres

Janot Duguay, dans sa forge, devant son imposant grand pic.

Logo de la SHEC

La SHEC garde son nom d’origine, SHEC, en tant que club regroupant des activités complémentaires axées vers la nature. Elle deviendra dans quelques semaines un club d’ornithologie reconnu par QuébecOiseaux, organisme québécois qui regroupe tous les clubs du Québec.

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L’oiseau venant du nord :
le « snowbird » québécois

12 janvier 2022

Chaque année, en hiver, un oiseau québécois bien particulier entreprend une rapide migration vers la Floride. Il s’agit du SNOWBIRD.

Malheureusement, depuis 2 ans, le SNOWBIRD doit prendre son mal en patience et passer l’hiver ici, dans la neige et le froid. Il y a pire, mais il est clair que le SNOWBIRD s’ennuie de la chaleur de la Floride.

En ce début d’année 2022, à défaut de pouvoir aller passer quelques semaines (mois….) au chaud, je vous propose une visite virtuelle des principaux sites d’observations d’oiseaux qu’offre la Floride.

En espérant que cette chronique pourra réchauffer vos cœurs pendant quelques minutes.

Que la destination en Floride soit le Sud, la côte Atlantique, la côte du Golfe, ou le Nord-Ouest, la Floride constitue l’hiver une destination de choix pour y retrouver un peu de chaleur et de soleil.

Et on y observe, sans effort, beaucoup d’oiseaux. Plusieurs sont des migrants qui, comme les Snowbirds, attendent le retour du printemps pour remonter au Nord. Mais une grande proportion sont des oiseaux qu’on n’aperçoit que très rarement au Québec. Comment les observer, où aller, à quel moment?

Fort heureusement, l’état de la Floride facilite grandement la tâche des observateurs. Il suffit de se présenter à n’importe quel bureau touristique pour y prendre un ou plusieurs des 4 documents intitulés : «Great Florida Birding Trail». C’est totalement gratuit. Chaque document couvre un secteur de l’État, soit l’Est, Le Sud, la côte Ouest, et le «Panhandle» (Nord-ouest). L’État, en partenariat avec les agences fédérales et des organismes voués à la protection des oiseaux, a répertorié et documenté 510 sites où l’on retrouve en abondance les oiseaux. Chaque endroit est décrit avec beaucoup de détails, avec la mention des oiseaux susceptibles d’y être observés ainsi que le type de sentier offert. Les sites eux-mêmes sont clairement identifiés de la route par des panneaux standardisés qui correspondent à la brochure.

La Floride étant constituée principalement de territoires marécageux, les refuges d’oiseaux sont nombreux et bien garants de trouvailles. Généralement, des trottoirs en bois facilitent les déplacements en milieu humide, et à peu près tous les sentiers sont accessibles aux fauteuils roulants.

Quels sont les oiseaux et les sites les plus spectaculaires? Il y en a pour tous les goûts, je ne pourrais les énumérer tellement ils sont nombreux et variés.

 FoulqueChevalier
 
Aigrette tricoloreIbisÉchasse

Les marécages sont omniprésents en Floride. Des trottoirs de bois permettent de les explorer et d’admirer de très près la foulque d’Amérique, l’aigrette tricolore, le chevalier, l’échasse d’Amérique et l’ibis.

Toutefois, dès votre entrée dans le Nord de l’État, à St-Augustine, la ferme Alligator vous accueille. C’est un passage obligé pour tous les Snowbirds qui arrivent en Floride ou en sortent, car situé près de la route 95, accès principal pour les Québécois se déplaçant en voiture. C’est un endroit assez exceptionnel, qui est surtout publicisé pour ses alligators. Mais le véritable attrait est ailleurs pour des centaines d’ornithologues et photographes amateurs. Un secteur de la ferme est constitué de trottoirs de bois, bancs, tables de pique-nique, le tout bien campé sous un important couvert feuillu où nichent une multitude d’oiseaux de mars à mai. Ainsi, dans un espace assez restreint, on y observe facilement des spatules rosées, plusieurs espèces d’aigrettes et de hérons, des tantales, et tout cela pendant la saison de reproduction. Les oiseaux, nichant à quelques mètres de nous, s’occupent à nourrir les petits qui viennent d’éclore. Le spectacle est unique et assez inoubliable.

SpatuleAigrette tricolore
 
Aigrette des neiges Héron garde-boeuf

Le printemps est la saison de nidification en Floride. Un arrêt à la ferme «Alligator» de St-Augustine permet d’être témoin de comportements rarement observés. Spectacle inoubliable!

Plus au Sud, les parcs d’État abondent et permettent, souvent du confort de votre voiture, d’observer une grande variété d’oiseaux de rivage. Des refuges comme celui du Cap Canaveral permettent aux voitures de longer d’immenses marécages où les oiseaux de toutes sortes se nourrissent. Ils sont des milliers. On peut facilement y consacrer plusieurs heures, voire y revenir souvent.

Les observateurs novices et plus expérimentés ont avantage à s’informer auprès du personnel d’accueil des refuges et parcs d’états sur les programmes offerts en matière de visites ornithologiques guidées. Deux à trois matinées par semaine, un ou plusieurs naturalistes guident une quinzaine d’observateurs aux principaux points d’intérêt de l’endroit. Cela constitue la façon la plus efficace, rapide et agréable de faire connaissance avec la faune ailée spécifique au secteur. Ces experts connaissent toutes les habitudes des oiseaux du secteur, et sont familiers avec les sites de nidification. C’est la meilleure façon de se familiariser avec un parc, un refuge, qui souvent couvrent d’immenses territoires. C’est particulièrement vrai pour le parc des Everglades, un véritable joyau, qui est très vaste. Le guide est indispensable pour vous indiquer les endroits dignes d’intérêt.

Passerin nonpareilCardinal

Vautour noir

Lors des visites de refuge, on observe souvent des oiseaux exceptionnels aux mangeoires installées près des centres d’accueil. Et souvent le vautour noir, presque absent au Québec

Presque toujours, des mangeoires sont installées près des centres d’accueil. C’est l’endroit tout désigné pour y manger son lunch, car les tables de pique-nique sont toujours tout près. On y observe les oiseaux résidents à l’année. Ainsi, vous y verrez facilement le passerin nonpareil, l’éclatant et bruyant cardinal, et une foule d’oiseaux locaux qui sont très habitués à se faire photographier.

Qui visualise la Floride imagine automatiquement les immenses plages de sable. Peu importe où l’on se situe en Floride, on y verra les pélicans bruns et blancs qui survolent les vagues tout en volant en formation, les cormorans et anhingas perchés sur un rocher à fleur d’eau, hérons et ibis de toutes sortes et toutes couleurs qui pataugent dans l’eau peu profonde, à l’affût de leur nourriture. Et les oiseaux de rivage, pluviers et bécasseaux, se nourrissent dans le sable, courant continuellement entre deux vagues, toujours à quelques mètres des baigneurs et des marcheurs. La section Sud (Key West), avec sa végétation très basse, est surtout riche de pélicans, aigrettes, goélands, sternes, et de hérons.

Ahninga

Les plages qui se déroulent presque à l’infini permettent d’observer les vols en formation des pélicans bruns, parfois, mais plus rarement le pélican blanc, les cormorans et leur cousin du Sud, l’anhinga, ainsi que bien des espèces d’oiseaux de mer et de rivage, pluviers, bécasseaux, sternes, goélands, mouettes.

Plusieurs Snowbirds pratiquent le golf. La Floride est généreuse en possibilités pour cette activité. Là aussi, ces grands espaces de verdure, parsemés de plans d’eau, hébergent une grande variété d’oiseaux facilement observables. Notamment, plusieurs représentants de la famille des hérons, aigrettes et ibis qui abondent autour des plans d’eau. Attention aux alligators! Il est souvent sage d’abandonner une balle et de perdre un coup….

Alors, lorsque cette satanée pandémie nous laissera finalement reprendre une vie un peu plus normale, en faisant vos bagages pour votre séjour en Floride, pensez à mettre votre paire de jumelles près de votre maillot et vos sandales. Vous ne le regretterez pas.

D’ici là, cet hiver, je serai le long du fleuve vêtu de mon fidèle Kanuk.

Bonne année 2022, je vous souhaite santé et de belles observations!!

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L’observation d’oiseaux :
une maladie incurable…

Chronique du 22 décembre 2021

Récemment, une amie me demandait : «Michel, j’aimerais bien faire de l’observation d’oiseaux». Est-ce dispendieux comme passe-temps?

C’est une bonne amie… Que lui répondre? Ma réponse usuelle à cette question qui revient souvent est : «Bien non, il suffit d’une paire de jumelles ordinaires, d’un guide d’identification gratuit sur Internet, et d’un peu de temps disponible.»

Mais c’est une bonne amie… Et c’est une question truquée. Bien des débutants apprécient l’observation ponctuelle des oiseaux qui les entourent, et sont satisfaits de pouvoir donner un nom aux différentes espèces communes. Mais plusieurs succombent à la passion que peut générer cette activité. Ça peut devenir une obsession, une fixation, et cette «condition quasi médicale» s’installe de façon pernicieuse, lentement, sournoisement. Il ne semble pas pour l’instant y avoir de cure. D’ailleurs, je ne crois pas que ce soit une priorité pour le monde médical…

Devrais-je mentionner à ma bonne amie qu’elle voudra possiblement changer la paire de jumelles à 200 $ pour un modèle plus haut de gamme pour faciliter l’observation dans de mauvaises conditions d’éclairage, puis une paire à plus fort grossissement pour les rapaces, puis une paire plus compacte qu’elle pourra laisser dans une poche de manteau (au cas où…), 450 $, puis 1500 $, puis?

Que le petit guide gratuit est bien, mais que les amateurs ont souvent dans leur bibliothèque des douzaines de guides, un par région visitée, des plus récents avec les nouveaux noms d’oiseaux et les nouvelles cartes de distribution, des guides de poche facilement transportables et des guides plus gros et lourds pour consultation à la maison, et des livres spécialisés sur les oiseaux de rivage, sur les hiboux, sur les plumages d’automne qui confondent même les experts, sur les migrations, sans oublier les atlas des endroits de nidifications. Bien sûr, il faut s’abonner aux périodiques qui traitent du sujet. Québec Oiseaux, le seul magazine ornithologique francophone en Amérique du Nord, est un incontournable tant par sa qualité que par le fait qu’il couvre notre territoire. Et il y a «Birding», «Birders Digest», «Audubon».

Avec le temps, après 10, 20, 30, 50+ ans d’observation, le patient qui est atteint de la maladie accumule livres, magazines, vêtements, matériel optique, matériel photographique. Il faut prévoir l’espace afin de faciliter la vie du patient. Un jour nous aurons possiblement un vaccin…

Est-ce que je dois mentionner que certains oiseaux de rivage et de mer sont bien plus faciles à observer avec une lunette d’approche, souvent appelée télescope? Que pour se servir d’un télescope, ça prend un trépied! Un trépied, c’est lourd. Mais ils ont maintenant de nouveaux trépieds en fibre de carbone, très légers, mais un peu plus dispendieux…

Doit-elle savoir que c’est bien de les observer, mais que bien des observateurs trouvent intéressant de les photographier afin de partager notre passion avec leurs amis, ou simplement pour documenter leurs observations? Un appareil photo, une lentille, une deuxième lentille plus puissante, un trépied pour cette nouvelle lentille super puissante, etc.

Évidemment, c’est lourd, tout ça. On ne rajeunit pas. Un gros sac à dos avec un bon support à la taille pour tout transporter lors de voyage, et aussi un plus petit sac à dos pour les courtes sorties…

Un des symptômes de la maladie est que le patient affecté garde tout. On ne jette pas le premier guide d’observation, fidèle compagnon de nos premières découvertes. Et les vieilles jumelles, on les garde près de la fenêtre de la cuisine ou du salon, dans la voiture, au chalet. Évidemment, avec le temps, ça s’accumule.

Et il y a les déplacements. C’est beau Charlevoix pour observer les oiseaux, mais il y a CapTourmente, puis Pointe-Pelée en Ontario, pendant la migration printanière des parulines, puis, Cape May au New Jersey pour la migration des rapaces…, puis la Floride pendant l’hiver afin d’y ajouter de nouvelles espèces à notre liste, puis l’Arizona qui est un des seuls endroits où l’on peut observer plus de 15 espèces de colibris au même endroit, puis l’Alaska où l’on augmente nos chances de voir des oiseaux égarés provenant d’Asie.

Puis il y a la phrase : «un peu de temps à consacrer à l’observation». Ouin! Doit-elle savoir tout de suite qu’on fait les plus belles observations le matin? Il est donc la norme de se lever (très) tôt pendant plusieurs semaines au printemps lors de la migration pour voir l’oiseau hâtif, et de passer plusieurs fins de semaine aux refuges d’oiseaux, et les vacances d’été qui, par un heureux hasard, se situent toujours près d’un site d’observation réputé, et les voyages «spéciaux» pour souligner le 40e anniversaire, 50e, 55e, 60e, et la fête du chien, n’oublions pas l’anniversaire de mariage.

Un petit motorisé (VR) ou une roulotte seraient bien pour visiter à son rythme ces endroits reculés où des raretés sont rapportées, sans dépendre des hôtels et des restaurants.

Et il y a…. et aussi… et n’oublions pas…

Mais c’est une bonne amie, une très bonne amie…

Et puis, elle m’a seulement demandé combien ça coûte d’observer. Pas combien coûte la passion.

Je l’ai regardée droit dans les yeux, et j’ai répondu : «Bien non, il suffit d’une paire de jumelles ordinaires, d’un petit guide d’identification gratuit sur Internet, et d’un peu de temps disponible». Pour me donner bonne conscience, j’ai ajouté : «Et un vieux chapeau pour le soleil. Tu vas voir, tu vas adorer».

Le reste lui appartient.

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L’oiseau qui rend heureux

Par Michel Paul-Côté 8 h - 5 décembre 2021

Temps de lecture : 4 minutes

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Une randonnée en forêt boréale ne manquera pas de vous mettre en contact avec le mésangeai du Canada, anciennement appelé geai gris. L’oiseau, fort sympathique, viendra volontiers vous visiter, surtout si vous êtes en train de prendre une collation. Il demandera ou prendra son dû…

Le mésangeai du Canada, communément appelé geai gris ou «whisky jack», passe sa vie dans nos forêts boréales. Il est présent dans toutes les provinces du Canada. Rencontrez l’oiseau le plus canadien qui soit!

Ici au Québec, on le retrouve surtout dans les secteurs situés au nord du Saint-Laurent et dans les hautes montagnes de la Gaspésie.

Charlevoix se situe à la limite sud de son aire de dispersion. On le croise souvent lors des visites dans nos parcs nationaux, et lors d’excursions dans l’arrière-pays.

Les amateurs de plein air qui fréquentent nos forêts du nord de Charlevoix le connaissent bien.

C’est un oiseau apparenté aux corneilles et geais bleus. De la taille du geai bleu, il montre un dos gris, collier blanc, petite calotte noire sur l’arrière de la tête, dessous blanc, face blanche, un œil curieux bien dégagé.

C’est un oiseau peu farouche qui aime et recherche la compagnie des humains. Les bûcherons d’autrefois l’appelaient «camp robber», à cause de son habitude de dérober la nourriture laissée dehors pendant l’heure du lunch.

En anglais, on l’appelle communément «whisky jack», déformation de son nom algonquin, «wiskedjak», qui signifie «esprit espiègle toujours prêt à jouer des tours».

Et c’est la raison pour laquelle la rencontre de cet oiseau nous rend heureux.

Le mésangeai sait depuis longtemps que l’humain est synonyme de nourriture, et que nous ne représentons pas de danger pour lui. Il vient vers nous, et nous suit dans la forêt.

Clairement, le lunch du midi est à risque si vous laissez un sandwich sans surveillance, ne serait-ce que quelques secondes. Si vous n’offrez pas un morceau de pain, le mésangeai n’a aucun scrupule à se servir lui-même.

Il aime son territoire, environ 150 hectares, et y réside toute sa vie. Pas de migration pour lui. Il aime le froid, et est bien équipé pour y résister grâce à des plumes bien duveteuses. Très tôt en hiver, ils se préparent à recevoir leur nouvelle famille.

Dès le début mars, ils sont déjà en train de couver, dans un nid confortable et très bien isolé, bâti dans un conifère, abrité des vents et exposé aux chauds rayons du soleil.

Mésangeai_photo2 Les grands froids des nuits de mars, parfois -30 °C, n’atteignent pas les œufs qui demeurent bien au chaud sous maman.
Début mai, alors que nos oiseaux migrateurs commencent tout juste à se pointer, les jeunes ont déjà effectué leurs premiers vols. Ils sont généralement 3 à 4.

Ils demeureront avec les parents pendant environ 50 à 60 jours. Par la suite, suite à des disputes de plus en plus fréquentes, les jeunes seront expulsés du territoire par le jeune dominant qui demeurera.

Le dominant est généralement un mâle qui demeurera avec ses parents pendant 1 an.
Les jeunes «expulsés» sont souvent des femelles. Certaines trouveront une famille d’accueil auprès d’un couple qui n’a pu mener à terme sa couvée. Mais le taux de mortalité des «expulsés» est de 80 %.

Côté nourriture, le mésangeai se nourrit d’insectes, de champignons, de fruits sauvages, d’araignées.

Menu intéressant, mais difficile à trouver en hiver. Son secret : à partir de la fin de l’été et pendant tout l’automne, le mésangeai accumule de la nourriture qu’il cache sous l’écorce des arbres.

Avant d’insérer la nourriture dans sa cachette, le mésangeai va l’enrober de salive collante, ce qui protège l’aliment d’une détérioration prématurée et lui permet de mieux adhérer à l’écorce. Il peut créer jusqu’à 1000 caches différentes par jour.

Le froid est son allié, car la nourriture ainsi cachée est préservée pendant tout l’hiver.
Fait exceptionnel : le mésangeai garde en mémoire ces dizaines de milliers de cachettes.

Les scientifiques qui ont étudié le phénomène ont conclu que c’est la mémoire qui les dirige vers leur nourriture, et non l’odorat ou le hasard.

Un impact de l’omniprésent changement climatique : la diminution de la fréquence et de la durée des grands froids nuit grandement à l’oiseau.

Les réchauffements en plein cœur de l’hiver nuisent à la préservation de la nourriture cachée.

L’oiseau peut difficilement se déplacer plus au nord, car il dépend pour sa survie des grandes forêts boréales.

Que lui réserve un Canada aux hivers moins rigoureux? Probablement une diminution de son aire de distribution.
Mais il est toujours bien présent chez nous, et ira vous rendre visite lors de votre prochaine randonnée hivernale en forêt.

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Le garrot d’Islande,
ce survivant qui aime Charlevoix

Par Michel Paul Côté 12 h 37 - 6 novembre 2021

Temps de lecture : 4 minutes

Garrot_photo1

Charlevoix est choyée, chaque automne, par l’arrivée d’un oiseau spécial, un batailleur, un survivant : le garrot d’Islande. Il demeurera avec nous tout l’hiver, et est facile à observer.

Il s’agit d’une espèce probablement en diminution, sûrement en péril, avec tout juste 6500 individus au Québec. Le reste de la population du garrot se situe en Colombie-Britannique et en Alaska (160 000), et en Islande (2000). Sa survie à l’est de l’Amérique du Nord est en jeu, car son habitat est sérieusement menacé.

Il est beau, de la taille d’un canard moyen, le mâle ayant un dos noir et un dessous blanc, une tête presque noire avec un front avancé (contrairement à son cousin le garrot à œil d’or qui a un front fuyant), et un croissant blanc bien visible et caractéristique entre l’œil et le bec.

La femelle niche l’été sur les hauts plateaux de la Basse-Côte-Nord, à 500 mètres d’altitude, sur le bord de lacs «morts», c’est-à-dire qu’ils ne comptent pas de poissons dans leurs eaux, ce qui élimine une bonne partie de la compétition pour la nourriture recherchée. Ce territoire se nomme le «muskeg».

On compte probablement quelques couples nicheurs dans l’arrière-pays de Charlevoix, sur nos lacs de tête, au haut des montagnes. Ce sont des oiseaux cavicoles, qui nichent dans les cavités de gros arbres morts. Ils se nourrissent de crustacés et insectes, beaucoup plus abondants lorsque les poissons sont absents des lacs.

Garrot_photo2

Photo Michel Paul Côté


Jadis ils étaient très nombreux, mais certaines pratiques de l’homme ont grandement affecté son habitat.
L’exploitation forestière dans des régions plus reculées a affecté le garrot d’Islande de deux façons. Les arbres qui servent de nichoirs disparaissent et l’ouverture de chemins forestiers permet de rejoindre des lacs jadis non exploités par les pêcheurs. L’ensemencement généralisé de ces lacs modifie leur habitat et rend leur survie plus ardue.

Il y a quelques années, plusieurs associations se sont intéressées à cet oiseau et ont tenté de lui donner un coup de main. L’installation de nichoirs artificiels s’est avérée assez fructueuse. Mais ça prend de la détermination et beaucoup de lotion antimoustique pour aller installer de tels nichoirs dans des secteurs éloignés. Merci aux bénévoles, aux différentes fondations et associations, et aux populations autochtones pour tous les efforts déployés. Il faut également signaler l’immense travail effectué par André et France Dion qui ont travaillé pendant des décennies à faire en sorte que le merlebleu et le garrot d’Islande puissent effectuer un retour en force sur le territoire du Québec.

L’hiver est la saison de la grande séduction pour cet oiseau. Nous sommes les témoins choyés de ces rituels amoureux qui se déroulent souvent à quelques dizaines de mètres de la rive du Saint-Laurent.

Avec le retour du beau temps, les femelles retournent au «muskeg» pour y nicher et élever les petits, seules. Les mâles, la grande séduction terminée, se dirigent, entre gars, vers le Grand Nord, l’arctique, la Baie-James. Il semble que leur travail, somme toute assez limité, soit accompli…

La femelle, aussitôt les œufs éclos, dirige les petits vers le lac et les accompagne jusqu’à ce qu’ils soient autonomes. Elle ira ensuite rejoindre les mâles dans le Grand Nord pour y passer une partie de l’automne.
Assez tard l’automne, ils arrivent tous chez nous, en grand nombre. Pas ailleurs au Québec, mais bien chez nous.
Les jeunes reconnaissent-ils papa? J’en doute…

Ces oiseaux passent l’hiver dans Charlevoix et dans certaines baies de la Côte-Nord qui ne gèlent pas.
Les nombreux espaces sans glace, grâce aux courants et aux mouvements de marées, de Baie-Sainte-Catherine à Cap-aux-Oies, accueillent ces oiseaux en nombre appréciable, quelques fois même jusqu’à Baie-Saint-Paul. On peut généralement observer des regroupements importants à Saint-Siméon, Pointe-au-Pic et Saint-Irénée.
La paire de jumelles permet de pénétrer dans leur intimité et d’observer leur vie hivernale au quotidien.
Combien de temps ce survivant parviendra-t-il à demeurer au Québec?

On l’ignore, on espère que le retour sera durable, on le protège, mais pour l’instant ils arrivent chez nous graduellement et n’attendent que votre visite…

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L'urubu à tête rouge

Chronique du 19 septembre 2021

Son apparence laisse perplexe, et je suis poli. Tête recouverte d’une peau rouge et plissée, sans plumes, l’œil menaçant, le plumage foncé, un bec de rapace. Mais ses parents le trouvent probablement très beau, et c’est une espèce très utile pour l’homme!

Urubu à tête rouge en vol plané
(©2012 Gunnar Helliesen)

Depuis quelques années, pendant la belle saison, on peut apercevoir dans le ciel de Charlevoix de très grands oiseaux noirs qui planent assez haut dans le ciel. Plus gros que les corneilles ou corbeaux, avec une amplitude d’ailes de près de 180 cm (6 pieds), ils flottent en altitude, leurs grandes ailes formant un léger V, se servant des courants d’air chaud pour parcourir des distances considérables sans donner un seul coup d’aile. Ils apparaissent vers 10 heures du matin, lorsque le soleil réchauffe le sol pour ainsi créer les courants ascendants. Aux jumelles, on remarque sous les ailes une nette démarcation plus pâle, caractéristique de l’espèce. Lorsqu’ils tournent, on peut apercevoir facilement la tête rouge.

Il s’agit de l’urubu à tête rouge, un nécrophage se nourrissant de charognes. Il y a 45 ans, je me rendais au pied de falaises situées au nord de Hull pour y observer la première mention de l’urubu au Québec. En 2021, l’espèce se retrouve presque partout le long de la vallée du Saint-Laurent. Un succès en termes d’occupation du territoire.

L’oiseau suit la route des dépotoirs à ciel ouvert et des autoroutes achalandées. Il aime les grands espaces qui offrent des falaises à proximité, afin de profiter des courants d’air chaud qui se forment le long des escarpements et qui lui permettent de parcourir de grandes distances sans se fatiguer.

Dans Charlevoix, l’été, il est impossible de ne pas le remarquer pendant la journée, planant assez haut dans le ciel, souvent en groupe de 3 ou 4. Le soir, c’est une autre histoire. L’oiseau se retire dans un arbre, ou dans une cavité le long d’une falaise, loin des regards. Il n’est pas rare d’en observer une dizaine, à la tombée du jour, à la halte routière située le long de la rivière Malbaie, sur le chemin de la Vallée.

On ne le retrouve pas chez nous en hiver. Difficile de trouver des carcasses fraîches, non gelées, sous un couvert de neige ou le long des routes.

Si l’on s’intéresse un peu à l’urubu, ce que l’on apprend surprend beaucoup.

Monogame, fidèle à son site de reproduction, on ne lui connaît que peu de prédateurs. C’est une espèce extrêmement utile pour l’homme. Ce charognard jouit d’un odorat exceptionnel, pouvant détecter l’odeur du sang à plusieurs kilomètres. Il se nourrit des carcasses d’animaux morts, que l’on retrouve fréquemment le long de nos routes, dans les champs, le long des cours d’eau. Il permet ainsi d’éviter la prolifération de bactéries qui pourraient affecter l’environnement. Son apparence n’est pas le fruit du hasard, mais le résultat d’un long processus d’évolution et d’adaptation remarquable. La tête totalement libre de plumes est conçue pour plonger profondément à l’intérieur des carcasses d’animaux, sans développer des bactéries que des plumes développent immanquablement. Il n’est pas rare d’apercevoir un urubu perché sur une branche, ailes déployées comme le cormoran, occupé à faire «stériliser» son plumage par les rayons du soleil.

Urubu à tête rouge perché

Son bec incurvé, de couleur ivoire, n’est pas suffisamment fort pour lui permettre de percer le cuir plus épais de mammifères plus gros que lui. Il se contente de petites carcasses, marmottes, écureuils, porcs-épics, ratons laveurs, lièvres, etc. Pour l’urubu, une carcasse âgée de 3 à 4 jours constitue un mets de prédilection, juste assez tendre. Il faut dire que son système digestif est très robuste et efficace.

Chez nos voisins du Sud, il cohabite assez bien avec le vautour noir, qui jouit d’un bec plus costaud, lui permettant de percer facilement les carcasses de gros mammifères. L’urubu trouve la carcasse, le vautour l’ouvre de son bec puissant et acéré, tout le monde y trouve son compte. Une fois son repas terminé, l’urubu peut se priver de nourriture pendant 2 semaines.

La prochaine fois que vous apercevrez, haut dans le ciel, quelques oiseaux noirs qui planent, prenez le temps de sortir vos jumelles.
À défaut d’être charmés, vous serez surpris.



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Le colibri à gorge rubis,
et l’homme qui les photographie.

Par Michel P. Côté – août 2021

Colibri CR-0

© Photographie de Clément Roy

Assis confortablement sur le balcon, mon café en main, perdu dans mes pensées à contempler le fleuve, je suis ramené à la réalité par un gazouillis familier.
Ils sont de retour assez tôt ce matin, malgré une certaine fraîcheur matinale.
La famille de colibris est de retour aux abreuvoirs. Ils sont 4. Des colibris à gorge rubis. C’est la seule espèce de colibris que l’on retrouve au Québec.
Je présume que ce sont les jeunes de l’année, accompagnés de la mère, mais il est difficile de les différencier.

Les mâles portent fièrement la gorge rubis, alors que les femelles sont plutôt verdâtres, sans la marque caractéristique.

Leur comportement n’est pas typique des autres espèces d’oiseaux.
Le concept de famille n’existe pas chez le colibri. Le mâle va s’accoupler avec la femelle du jour, après l’avoir impressionnée avec des vols acrobatiques, puis il disparaît totalement de la bulle familiale. C’est la femelle qui fait tout, seule.

Les mâles quittent même le Québec quelques semaines avant les familles. Pas nécessairement un modèle.

© Clément Roy

© Clément Roy

Au printemps, ils arrivent dans Charlevoix, généralement entre les 18 et 22 mai. Chez moi, c’est toujours le 20 ou 21 mai. Chez mon ami Jean-Louis, en bas de la côte, 2 jours plus tôt. Le colibri se pointe devant la fenêtre de la cuisine, bien en vue. Le message est clair : j’ai peu de temps pour sortir les abreuvoirs, sinon ils iront ailleurs, probablement chez Jean-Louis. Il est probable que ce sont les membres de la famille de l’année précédente qui reviennent sur leur territoire.

© Clément Roy

© Donald Lavoie

Mais les abreuvoirs sont toujours prêts, nettoyés. Le mélange classique : 1 partie de sucre pour 4 parties d’eau semble les satisfaire. Le colorant rouge n’est pas requis si l’abreuvoir est rouge. L’important est de garder les abreuvoirs très propres en les nettoyant à la brosse aux 48 à 72 heures. Surtout par temps chaud, car l’eau sucrée fermente et s’avère nocive pour l’oiseau. Ainsi les petits abreuvoirs sont à privilégier, pour éviter le gaspillage.
Le colibri ne se nourrit pas uniquement de nectar, mais des insectes que l’on trouve dans les fleurs, même d’insectes attrapés en vol. Différentes études récentes ont démontré que si un colibri ne se nourrit que de nectar, il perd du poids et s’affaiblit grandement. Les insectes sont une source de protéines indispensable pour la bonne santé du colibri.

Certains aiment l’idée que les colibris jouent à cache-cache continuellement. La réalité en est plutôt une de protection de territoire, de chicanes d’abreuvoirs… Nul jeu, mais un exercice continuel de repousser les intrus.

© Donald Lavoie

Au niveau physique, c’est une source d’émerveillement : quelques centimètres de long, il pèse l’équivalent d’une pièce de 5 sous. Les mouvements d’ailes caractérisent cet oiseau : en bougeant l’orientation des ailes, il peut faire du surplace. Et ces ailes battent très rapidement : 50 battements à la seconde. C’est ce qui rend la tâche du photographe si difficile. Capter l’image d’un colibri avec des ailes immobiles demande un grand talent de photographe, et des équipements spécialisés.

© Clément Roy

Ces petites boules d’énergie sont capables d’exploits physiques incomparables pour leur taille. Ils passent l’hiver en Amérique centrale.

© Clément Roy

Cela signifie que deux fois par année le colibri va parcourir une distance de plusieurs milliers de kilomètres, dont le survol du golfe du Mexique, une distance de 800 km sans arrêt.

Peu surprenant que le colibri double son poids avant d’entreprendre sa migration. Ses réserves de graisse seront totalement épuisées à son arrivée.
Son séjour chez nous dure peu de temps, les mâles commencent à partir vers la fin juillet, les femelles et les jeunes guère plus d’un mois plus tard. Oui, on aperçoit parfois des colibris en septembre et même plus tard, mais c’est l’exception. Il y a des retardataires partout…

N’hésitez pas à accrocher un abreuvoir et à planter des fleurs autour de votre galerie, à portée de vue. Ces charmants visiteurs sauront vous procurer des heures de plaisir.

L’homme qui photographie les colibris.

  Clément Roy

  Abreuvoirs chez Clément Roy

Le photographe et son studio grandeur nature.

M. Roy utilise surtout une lentille de 400mm f2,8, pour saisir l’action, à main levée, sans trépied. Évidemment, on constate le résultat de plusieurs décennies de métier.

Lorsque j’ai débuté cette chronique sur les oiseaux avec l’hebdo «Le Charlevoisien», je croyais que les oiseaux seraient évidemment le sujet central. Mais je me suis rapidement rendu compte qu’on ne peut parler des oiseaux sans parler des rencontres régulières avec des gens d’exception, les observateurs d’oiseaux. Ces individus qui les aiment, les observent, les nourrissent, les photographient, les protègent, et qui partagent leur passion et leurs connaissances avec nous tous.

En mai dernier, la «Corporation Lumière Image de Charlevoix», plus familièrement appelée la «CLIC» (au-delà de 2000 «amis» Facebook) a demandé à ses membres de proposer des photos de colibris pour illustrer cette chronique.

Plusieurs ont relevé le défi. Un membre en particulier m’a fait parvenir plusieurs fichiers de photos de colibris. En ouvrant ces fichiers, je fus littéralement renversé. Des photos superbes, hors du commun. Il s’agit de Clément Roy, de Saint-Aimé-des-Lacs. Évidemment, j’ai voulu le rencontrer. Clément et son épouse m’ont gentiment accueilli chez eux tout dernièrement. Nous avons parcouru les chemins qui sillonnent son immense propriété. Un véritable refuge pour les oiseaux. Et nous avons parlé colibri. Il les observe toute la journée, de sa galerie. Ses abreuvoirs et fleurs «à colibris» sont à quelques mètres, bien en vue. Muni de son 400 mm, il capte chaque mouvement avec un doigté exceptionnel.

Ce militaire retraité a toujours aimé la photographie. Père et grand-père étaient de bons photographes. C’est dans l’ADN familial. Il produit des photos exceptionnelles qui font régulièrement le tour de la planète. En 2011, il est reconnu à Washington par la société «National Geographic» comme faisant partie des 20 meilleurs photographes de l’année. Il ne cesse de nous émerveiller quotidiennement sur son compte Instagram. (clementroy3640)

Et il a gracieusement accepté que nous publiions 1 fois quelques-unes de ses photos de colibris. Je l’en remercie.


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Les oiseaux, trait d'union intergénérationnel

Chronique du 7 juillet 2021

L’observation des oiseaux constitue un passe-temps qui est pratiqué par des amateurs de tous les âges. Beaucoup de retraités, et semi-retraités, consacrent de nombreuses heures chaque semaine à cette passion. Et beaucoup de grands-parents veulent passer des moments de qualité avec leurs petits enfants, surtout suite à cette difficile période post-pandémie. Le résultat naturel de cette situation est que nous rencontrons de plus en plus fréquemment des grands-parents dans les principaux sites d’observation d’oiseaux, accompagnés de très jeunes «apprentis».

Les jeunes sont facilement et rapidement fascinés par les oiseaux. S’ils tendent une main remplie de graines de tournesol l’hiver à une bande de mésanges à tête noire, vous graverez pour toujours cette expérience dans leur mémoire. Pointez un télescope sur un nichoir, puis offrez à l’enfant de regarder une hirondelle qui nourrit ses petits, et le regard surpris et émerveillé de vos petits vous comblera de satisfaction.

Laissez vos petits remplir votre mangeoire de tournesol, ou remplir de beurre d’arachide les trous dans le petit rondin suspendu dans votre cour, et les petits passeront des heures aux fenêtres à surveiller tous les oiseaux qui se pointent à LEUR mangeoire.

Prenez le temps de répondre à leurs questions. Où dorment-ils la nuit, d’où viennent-ils, est-ce qu’ils se parlent entre eux, le pic a-t-il mal à la tête, est-ce qu’ils trouvent l’eau froide l’hiver? Soyez informés que chaque réponse génère plus de questions, encore plus d’intérêt. Autant d’occasions de parler subtilement de géographie, d’écologie, de biologie. Mais vous avez tout votre temps, et eux aussi.

La relation entre les petits-enfants et les grands-parents en est une de complicité, de rires, de plaisir, de confidences.

Nul besoin d’être un expert. Apprendre les oiseaux avec ses petits-enfants est tout aussi intéressant que de partager ses connaissances.

«Grand-papa n’entend plus aussi bien que jadis, est-ce que tu peux m’aider à entendre des oiseaux? Mamie ne voit pas très bien les couleurs de cet oiseau, peux-tu m’aider? Il semble y avoir 2 oiseaux dans le guide qui se ressemblent pas mal, qu’en penses-tu?»

Toutes les astuces sont permises.

Et il faut humblement accepter que le petit voie très bien la marque rouge derrière la nuque, sans même devoir utiliser ses jumelles. Oui, cette marque rouge que vous peinez à voir avec vos jumelles!

Débutez avec eux une liste des oiseaux vus, dans votre cours, dans le parc, sur le bord du fleuve. Rapidement, vous atteindrez 10, puis 25, puis 50 espèces. Autant d’occasions de fêter la marque atteinte.

Il manque 2 espèces pour atteindre 25, et la sortie est infructueuse. Belle occasion de revenir, et de parler de persévérance.

Lors de mes excursions régulières aux États-Unis l’hiver, à sillonner les sentiers dans les refuges d’oiseaux, il est tout à fait normal et fréquent de croiser des grands-parents qui gardent les jeunes pendant le congé scolaire. Jumelles au cou, ils se laissent guider par ces jeunes qui entendent tout, voient tout, et dont l’énergie semble inépuisable. Les aînés affichent un air de fierté, de bonheur, de calme, et souvent de grande fatigue…

Ces moments privilégiés demeurent gravés pour la vie dans les souvenirs de ces jeunes, et bien souvent contribuent à influencer des orientations scolaires et professionnelles.

Alors, n’hésitez pas. Que ce soit une mangeoire qu’on observe de la fenêtre de votre cuisine, au parc au coin de la rue, ou dans un refuge d’oiseau réputé, offrez-vous une petite sortie avec les petits.

Il y a fort à parier que très bientôt les parents, vos enfants, voudront se joindre à vous.

Bonne sortie.

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Le retour du faucon pèlerin dans Charlevoix

Par Michel P. Côté - juin 2021

Un oiseau très beau, parfaitement adapté pour le vol à grande vitesse et la chasse.
Photo gracieuseté de la librairie Macaulay, Cornell lab.

S’il est une scène qui marque pour toujours un observateur d’oiseaux, c’est bien celle d’un faucon pèlerin qui plonge à plus de 320 km à l’heure sur une proie, souvent un pigeon en train de manger des miettes de pain dans un parc urbain, ou, plus fréquemment chez nous, un petit canard ou eider que ses parents n’arrivent pas à protéger. Oui, 320 km par heure! C’est l’oiseau le plus rapide de la planète. Il grimpe bien haut dans le ciel, se perd dans l’éclat du soleil, puis plonge à cette vitesse vertigineuse sur sa proie. C’est un chasseur remarquable.

Pendant les années 70, ce petit rapace était sur la liste des oiseaux gravement menacés en Amérique du Nord. Il n’arrivait plus à se reproduire, surtout à cause de l’utilisation généralisée du pesticide DDT. Des changements de réglementation, l’élimination du DDT des pratiques agricoles, et une campagne bien orchestrée pour réintroduire le faucon pèlerin, tout cela a contribué à un lent retour du pèlerin. Des faucons furent capturés, transportés et réintroduits en milieu captif un peu partout aux États-Unis et au Canada. Les fauconneaux nés de ces couples réintroduits sont revenus à leur lieu de naissance au printemps suivant et se sont lentement mis à former des couples et à se reproduire.

Nous sommes tous familiers avec ces images diffusées en direct et en continu du couple de faucons qui nichait sur un toit de l’Université de Montréal.

Les autorités fédérales et provinciales se sont beaucoup impliquées pour étudier et faciliter leur retour.

Il y a quelques semaines, plusieurs Charlevoisiens ont aperçu un véhicule du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP) stationné à différents endroits.

Ils sont venus constater, avec des équipements spécialisés, l’évolution de l’implantation naturelle des faucons dans notre région. Car le faucon y fait un retour. Notre relief escarpé est un milieu favorable pour le pèlerin.

Mme Zany Duchesneau, avec son équipement, devant ses falaises.

Depuis 5 ans, Mme Zany Duchesneau, de Saint-Irénée, agit comme bénévole pour ce ministère afin de surveiller quelques nids de faucons. Dernièrement, M. Ghislain Tremblay, de Saint-Joseph-de-la-Rive, lui donne un sérieux coup de main. Surveiller est un mot bien modeste pour décrire l’immensité de l’effort déployé. D’avril à la fin juillet, Zany et Ghislain se déplacent presque quotidiennement au pied de falaises qui accueillent généralement des couples de pèlerins. Et ils se déplacent sur de longues distances, à travers une nature parfois difficile d’accès, avec comme «bagage léger» des carnets de notes, des jumelles, une caméra, un télescope, un trépied, des vêtements chauds, un lunch, un sac à dos, un petit banc. Zany mentionne de plus en plus souvent qu’elle a mal au dos.

De longues heures passées au froid glacial, à la pluie, au vent, parmi les nuées de moustiques, puis durant nos grandes chaleurs. Parfois pour ne rien voir, puis pour dénicher l’endroit où les couples s’établissent pour la saison, plus souvent pour noter un simple mouvement de tête, un échange de nourriture entre le mâle et la femelle. Après plusieurs semaines, la couvaison, l’éclosion, les fauconneaux qui grandissent, puis qui se lancent pour leur premier envol. Ça semble très beau, et ce premier envol remplit les parents et observateurs d’une grande satisfaction, mais un pourcentage non négligeable de fauconneaux n’arrivent pas à ce premier envol. Grande déception pour les bénévoles de voir un corbeau piller le nid en l’absence des parents qui sont partis chasser pour nourrir des petits de plus en plus exigeants. C’est la nature à l’état pur.

Plusieurs falaises abritent des couples de faucons pèlerins. Les plus connues se situent à Saint-Irénée, Saint-Joseph-de-la-Rive, Baie-Saint-Paul, Baie-des-Rochers, Saint-Siméon, et les palissades.

Les zones d’estran constituent un terrain de chasse idéal pour les faucons pèlerins qui aiment nicher dans les hauteurs des falaise

Mais il y a probablement beaucoup plus d’endroits qui accueillent cette espèce de rapaces spectaculaires.

Si vous pensez que votre secteur est occupé par un couple de faucons pèlerins, vous êtes privilégié. Et, svp, informez-nous de ces nids, afin que l’on puisse étudier leur progrès. (oiseauxcharlevoix@gmail.com)


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L’été de l’Aigle Empereur

Pygargue empereur

Photo par Allie Cauldfield – 2008-05-24 - CC-BY-2.0

En Asie, plus particulièrement sur la côte Nord-Est du Japon et sur la péninsule du Kamtchatka, à l’extrême est de la Russie, vit un oiseau exceptionnel. Il peut vivre jusqu’à l’âge vénérable de 50 ans, et il ne connaît pas vraiment de prédateurs. Il peut peser jusqu’à 9 kg, soit 20 livres, et en vol déploie ses ailes sur une amplitude pouvant atteindre 2,5 m, soit 8 pieds.

Ils sont près de 3000 à vivre paisiblement en Russie, le long de la côte poissonneuse, dans le climat dur de ce coin de la planète. Ils se nourrissent de petits phoques, de renards, mais principalement de poissons.

L’espèce est considérée comme vulnérable, ce qui signifie que son avenir est incertain. La surpêche rend son alimentation plus difficile, certains trappeurs russes continuent de les abattre, car ils mangent parfois des blanchons, et le réchauffement climatique rend leur aire de reproduction plus sujette aux inondations, ce qui détruit les nids. Le Japon protège l’espèce, mais il n’y en a que moins de 1000 dans ce pays.

Il s’agit de l’Aigle Empereur ou pygargue empereur ou pygargue de Steller (Haliaeetus pelagicus ).

Ce majestueux rapace aime bien vagabonder, et traverse parfois le détroit de Béring, profitant des vents favorables de tempête, pour aller faire une petite virée en Alaska. Ainsi, peu fréquemment, il est aperçu à l’extrême ouest de l’Alaska. Peu d’observateurs ont eu la chance de le voir en Amérique. Se rendre en Alaska, dans des secteurs très difficiles d’accès, pour y apercevoir ce vagabond éphémère n’est pas une activité au goût ni à la portée de bien des amateurs.

L’espèce ne fut jamais observée au Canada.

Jusqu’à cet été.

Début juillet, branle-bas de combat sur les sites spécialisés d’observation d’oiseaux : L’oiseau fut observé par un pêcheur sur la rivière Restigouche, près de Pointe-à-la-Croix, entre le Québec et le Nouveau-Brunswick. Son observation fut visuellement confirmée par les gardes-chasse du secteur que le pêcheur a contacté, étant lui-même assez perplexe. On y pense à deux fois avant de confirmer la présence d’une telle rareté sur les sites spécialisés…

Mais c’est bien lui, à 11 000 kilomètres de son domicile. Que fait-il à cet endroit, comment est-il venu, est-il seul, est-ce un aigle qui se serait échappé d’un lieu de captivité? Nul ne sait. Il fut revu brièvement par quelques observateurs. Il est seul. Il n’est pas bagué, donc c’est un oiseau sauvage.

En juillet, je me suis empressé de sauter dans notre petit motorisé pour me rendre à Pointe-à-la-Croix. À mon arrivée, on ne l’a pas vu depuis quelques jours, et il ne sera pas revu. Déception, mais quel beau coin de la province! Et les amateurs d’oiseaux du secteur décrivent avec fierté leur coin de paradis, le secteur où je verrai l’aigle pêcheur, où le martin-pêcheur qui fait sa ronde d’après-midi. Un peu partout, le pygargue à tête blanche est perché sur les arbres surplombant la rivière. Oui, vraiment, un beau coin de pays. Content d’être venu.

Retour à Saint-Irénée, bredouille, mais pas vraiment. Ce fut un beau petit voyage.

Deux semaines plus tard, les sites WEB clignotent en rouge, notre vagabond est aperçu à Gaspé, le long de la rivière York, par plusieurs observateurs. Puis aperçu le lendemain, puis le surlendemain… C’est assurément notre même Aigle Empereur. Le frigo du motorisé est plein, mais je dois retarder mon départ de quelques jours. Le jour du départ, on ne l’a pas vu depuis 48 heures. On décide de ne pas partir, d’attendre qu’il soit revu. Il ne sera pas revu.

Est-ce la fin de l’histoire de notre Empereur? Pas encore.

Récemment, l’aigle est apparu à Matane. Il est observé notamment le long de la rivière Matane, précisément à l’endroit d’où j’écris cette chronique. Je suis au camping de la rivière Matane depuis 4 jours. Nulle trace de l’aigle. Je suis à mon ordinateur, assis à une table de pique-nique, il fait beau, pas trop frais, je bois mon café du matin, et je regarde la branche où s’est posé l’aigle il y a déjà deux semaines. Où est-il? Comment a-t-il pu parcourir une si grande distance? Que deviendra-t-il cet hiver? Autant de questions sans réponses…

Mais j’ai rencontré des gens qui l’ont vu brièvement. Agréable de vivre leurs émotions en écoutant leurs récits. Et quelle belle rivière, que l’on peut explorer en vélo, car une piste cyclable la longe sur une bonne distance! Évidemment, la bière locale doit être goûtée, et les crevettes sont excellentes.

La probabilité que je croise l’empereur est faible. Demain, départ pour Gaspé. On ne sait jamais, peut-être y retournera-t-il… Et je suis si près, pourquoi ne pas y aller? Je ne connais pas la rivière York.

L’observation des oiseaux et la chasse aux raretés sont souvent un prétexte pour voyager, pour découvrir des coins enchanteurs, pour rencontrer des gens passionnés, pour en apprendre sur le lieu de vie d’origine de l’oiseau recherché, pour créer des souvenirs.

Oui, l’été de l’aigle Empereur aura été un bel été de voyage, de rencontre, de souvenirs. Merci, le vagabond, où que tu sois. Et bonne route!

Reportage de Radio-Canada sur la visite du pygargue empereur en Gaspécie : RC_pygargue empereur


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Le parcours des Berges
de Clermont

Parcours des berges 

  Photo : Ville de Clermont

Cette première rubrique se devait de débuter, non pas par un oiseau, mais bien par la description d’un joyau de Charlevoix en matière d’observation des oiseaux, et de la rencontre avec une amatrice hors du commun, Doris Martel.

Il s’agit d’un secret bien gardé : le «Parcours des berges Alexis le Trotteur», situé à Clermont, le long de la rivière Malbaie. Ce site est peu fréquenté par les amateurs d’oiseaux, car aucun guide des sites d’observation d’oiseaux du Québec n’en fait mention. Le site WEB de la municipalité ne mentionne même pas l’observation d’oiseaux parmi les très nombreuses activités qu’on y pratique. Pourtant, on y trouve une bonne variété d’oiseaux à tout moment de l’année. Environ 127 espèces rapportées à ce jour, il y en a probablement beaucoup plus, autour de 160.

Le parc suit la rivière sur plus de trois kilomètres, et traverse plusieurs milieux naturels. La rivière avec ses rapides et ses berges, un étang avec un grand marécage, la plaine, et le milieu forestier. Au centre, entre l’étang et le boisé, se trouve l’usine de traitement des eaux de Clermont, avec ses 3 bassins. Paradis pour bien des espèces de canards, avec une belle piste asphaltée, des aires de pique-nique, un pavillon d’accueil.

Les sentiers sont maintenus par la municipalité tout au cours de l’année. Mme Doris Martel, résidente de Clermont, fait bénévolement l’entretien de plusieurs mangeoires et nichoirs. Sept nichoirs à hirondelles bicolores font présentement le bonheur des oiseaux, et pique-niqueurs. Le merle bleu tente bien d’y nicher, mais les logements sont rares.

Il y a 20 ans, l’organisme «Canards illimités» y installe une vingtaine de nichoirs. Faute d’entretien, les nichoirs se sont détériorés avec les années. C’est alors que Doris est intervenu auprès du maire. Elle a bâti une petite équipe de bénévoles, et installé de nouveaux nichoirs qu’elle entretient. Avec un peu plus de ressources, le parcours des Berges pourrait facilement accueillir 20 nichoirs de plus, pour le bonheur des merles et des amateurs. Quel bel outil de valorisation du site, et quel attrait pour les ornithologues de partout au Québec!

Les bassins, qui ne gèlent pas l’hiver à cause du mouvement de l’eau, servent de refuge pour beaucoup d’espèces de canards.

Tout au bout du sentier, la piste descend dans le boisé et permet d’accéder aux berges de la rivière, avec juste en face des falaises de sable. On y observe en saison le martin-pêcheur qui y réside. Les jeunes et moins jeunes peuvent s’y rafraîchir lors des grandes chaleurs de l’été.

On y observe régulièrement l’aigle à tête blanche, perché au sommet d’un arbre mort surplombant la rivière, qui guette sa proie qui remonte les rapides. L’aigle pêcheur en fait également son territoire de pêche.

Depuis quelques années, l’urubu à tête rouge, grand rapace imposant, y abonde.

Lors de votre prochain passage près de Clermont, allez visiter ce merveilleux site, qui deviendra un arrêt obligatoire pour les ornithologues du Québec de passage chez nous. Et saluez Mme Martel si vous la croisez. C’est la dame qui se promène avec jumelles et caméra, dès le lever du soleil, tous les matins. Elle vous montrera les «raretés» du jour.

Vous en reviendrez ravis, reposés, et ferez de ce parc une halte habituelle.

Courrier des lecteurs : n’hésitez pas à commenter via l’adresse courriel oiseauxcharlevoix@gmail.com. J’invite les lecteurs à poser des questions, à faire des suggestions pour cette rubrique. Je tenterai de répondre aux courriels rapidement.


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